MINGA S. Siddick, journaliste-écrivain : « Tout porte à croire que la politique est incompatible avec la bienséance… »

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La rubrique ‘’L’invité de la semaine’’ de Ziré, votre hebdomadaire préféré d’analyses, d’enquêtes et d’informations générales, reçoit cette semaine MINGA S. Siddick, journaliste-écrivain. Né en Côte d’Ivoire, M. MINGA vit et travaille au Mali depuis 2002. Auteur du roman ‘’La femme de Dieu’’ paru aux Éditions la Sahélienne en 2015, le sexagénaire qui est aussi enseignant et président-fondateur de l’association culturelle Écritures des Suds, revient à la charge avec un nouveau roman annoncé pour très bientôt. C’est justement en prélude à cette prochaine publication dont la pré-campagne promotionnelle est déjà en cours sur les réseaux sociaux, que nous l’avons rencontré. C’est un entretien réalisé le 10 Juin 2023, en partenariat avec le site d’informations générales, ‘’www.afrikinfos-mali.com’’.  Lisez plutôt…

Après la ‘’La femme de Dieu’’, vous revenez sur la scène littéraire avec un nouveau roman intitulé ‘’Le père du lion était un chien ou les ombres du pouvoir’’. Pourquoi aimez-vous les titres énigmatiques ?

Cela fait partie de ma démarche d’écriture car il me plaît toujours d’amener le lecteur potentiel à commencer sa réflexion sur l’œuvre avant même de l’avoir ouverte. Le titre étant en général le reflet de ce qui est écrit dans le livre, le lecteur est ainsi invité à se poser des questions qui vont le pousser à aller chercher les réponses en le lisant.

De quoi parle ce nouveau roman et en quoi est-il différent de ‘’La femme de Dieu’’ ?

‘’Le père du lion était un chien ou les ombres du pouvoir’’ explore l’idée du destin et la notion du pouvoir, plus exactement la problématique de la gestion du pouvoir politique en Afrique. L’une des différences entre les deux livres c’est que ‘’La femme de Dieu’’ était plutôt une réflexion sur l’amour, sur les intrigues sentimentales avec en arrière-plan une critique de la gouvernance politique dans un pays imaginaire appelé la Fernalie, tandis que ce nouveau roman est essentiellement construit autour de la critique du pouvoir politique tel qu’il est exercé en Afrique, mais sans nommer de pays.

Parlez-nous un peu des personnages principaux de ce livre et leurs rapports avec le pouvoir.

Dans ‘’Le père du lion était un chien ou les ombres du pouvoir’’, il y a deux personnages principaux antinomiques : un anti-héros et un héros. L’anti-héros qui se nomme Novice (novice comme non initié, mais aussi novice comme ‘’nos vices’’ par opposition à nos vertus) est un opportuniste, un arriviste qui passe par tous les moyens possibles y compris les plus criminels, pour assouvir sa soif du pouvoir. Il doit son ascension sociale à la délation, aux mensonges, aux coups bas. Pour lui, le pouvoir est une matraque pour sévir contre les personnes sans défense. Le héros qui s’appelle Zranqueuwon (‘’ce que Dieu a fait’’ en langue dan de Côte d’Ivoire), est le fils de l’anti-héros. Un enfant dont il avait refusé la grossesse quand il était en fonction et qu’il va ramasser sur la route, en pleine déchéance. Cet enfant devenu grand va agir comme la réincarnation de son père revenu se racheter en utilisant le pouvoir comme un instrument au service du développement de son peuple en humanisant la politique dans la mesure de ses moyens.

Votre critique du pouvoir politique est parfois dure, même quelque peu subversive par moments. Qu’est-ce qui motive un tel acharnement contre la chose politique ?

L’observation attentive de la scène politique, ici comme ailleurs, m’a fait désespérer de la politique. J’ai finalement l’impression que politique rime avec immoralité, illégalité, indécence : on peut se permettre de mentir impunément, de tuer impunément et mieux, de faire endosser ses crimes par des personnes sans défense et sans voix. Voilà ce qui m’inspire tant d’aigreur à l’égard de la chose politique. Tout porte à croire que la politique est incompatible avec la bienséance.

N’avez-vous pas peur d’être considéré par certains régimes comme un écrivain hors-la-loi ?

Un écrivain qui cherche à savoir ce que les gens vont penser de lui à cause de ce qu’il écrit n’écrira jamais juste, à mon avis. Un écrivain est un porteur de message. Il doit écrire ce que l’inspiration lui dicte et laisser les lecteurs le juger librement. On ne peut pas être applaudi par tout le monde. Même Dieu le créateur, Il n’aura pas l’unanimité du choix des hommes si on organisait un vote entre Satan et Lui. Cela veut tout dire. Vous n’y pouvez rien, moi non plus. Alors, qu’on me considère quelque part comme un écrivain hors-la-loi ne me fera ni chaud ni froid.

Peut-on dire que vous êtes un écrivain engagé ?

Je ne sais pas. Je peux cependant dire que je suis un écrivain militant apolitique. J’estime qu’un écrivain qui a décidé de mettre sa plume au service de la cause populaire en critiquant les régimes politiques à tendance totalitaire se doit d’être un observateur neutre, donc sans parti pris.

Et pourquoi, vu que plusieurs écrivains ont été de grands leaders politiques ?

(Rire) Je vous parle de moi et de ma conception de la mission d’un écrivain, comme d’ailleurs celle d’un artiste ou d’un journaliste, quand ces personnes ont choisi d’être des porteurs de messages destinés à l’humanité sans coloration raciale, religieuse ou politique. Pour moi, l’appartenance d’un écrivain, d’un artiste ou d’un journaliste à un parti politique peut biaiser leurs messages ou les contraindre à se contredire sans fin. L’écrivain militant doit être un veilleur impartial toujours prêt à rappeler à l’ordre les gouvernants qui sont prompts à abuser de la générosité naturelle de leurs peuples, de quelque bord politique qu’ils soient.

A quel public est destiné votre livre et quel en est le message-clef ?

Ce livre est destiné à tous ceux qui savent lire et qui peuvent comprendre ; à tous ceux qui rêvent de gouverner un jour, que ce soit une entreprise ou un pays mais il est surtout écrit pour ceux qui gouvernent aujourd’hui afin qu’ils comprennent qu’avoir le pouvoir entre ses mains n’est pas la fin du monde et qu’ils doivent savoir raison garder. Le message-clef est donc que la vie est si pleine de mystères insondables qu’il ne faut jamais ni se surestimer, ni sous-estimer son prochain. L’exercice du pouvoir ne doit pas faire oublier l’après-pouvoir.

Y a-t-il un auteur qui vous a particulièrement marqué, qui serait à la base de votre carrière d’écrivain ou qui vous inspire votre démarche littéraire ?

Je suis le produit d’une très grande variété d’influences littéraires car j’ai toujours été très éclectique dans mes choix de lecture. Au-delà des auteurs des classiques de la littérature mondiale, des noms comme ceux de l’américain Henry Miller, du Russe Rafaël Pividal, du Français Jean Hougron dont j’ai lu les œuvres très jeune, avant d’arriver au lycée, m’ont beaucoup marqué par leurs styles, leurs démarches narratives et leurs approches esthétiques. Sans oublier Camara Laye à qui je m’identifiais quand je n’avais pas encore 12 ans. Et puis Senghor, Césaire et Damas entre autres, m’ont ouvert les yeux sur la nécessité pour l’écrivain de mettre son art au service des sans-voix, des sans-défense. Après, je me suis trouvé un style et une approche esthétique personnels.

Pour parler du livre en général, pensez-vous que par ces temps où les réseaux sociaux ont pris le pouvoir, une œuvre littéraire a encore des lecteurs ? En d’autres termes, l’écriture aujourd’hui n’est-elle pas une tâche vaine ?

(Rire) Ils sont certainement nombreux ceux qui pensent comme vous. Mais pensez-vous réellement que le fait qu’il y ait partout des pharmacies par terre ou que les gens pratiquent de l’automédication, peut pousser les pharmacies à disparaître ou les facultés de médecine à fermer ? Je crois que non. Il y a toujours des personnes attachées au livre parce qu’elles savent que le livre est le réservoir de la connaissance et que la connaissance est une arme galante pour un combat intellectuel. Pour être un bon acteur des réseaux sociaux, il faut avoir un certain niveau de culture et cela ne peut s’acquérir que grâce au livre. Il n’y a donc pas à désespérer de l’avenir du livre car même parmi ceux qui s’en détournent aujourd’hui, beaucoup y reviendront, tôt ou tard. Le livre aura donc toujours des lecteurs et écrire ne sera jamais une tâche vaine.

Votre mot de la fin.

Je voudrais inviter tous les jeunes mais surtout les élèves et les étudiants, à prévoir un temps de lecture d’œuvre littéraire dans leur planning quotidien. Le livre est une clef qui ouvre les portes de notre esprit sur le monde, un guide qui donne des ailes à notre imagination. Je l’ai souvent dit à mes élèves : écrire, c’est construire ; lire, c’est se construire. Et aujourd’hui plus que jamais, les jeunes ont besoin de se construire mentalement, moralement, intellectuellement et culturellement. C’est seulement ainsi que nous pourrons mettre fin à cette mauvaise gouvernance que nous décrions tant. Merci à Ziré-Hebdo de m’avoir offert cette opportunité de m’exprimer sur mon nouveau roman publié par Bandama Éditions et qui sera disponible très bientôt en librairie.

Entretien réalisé par Amadou KODIO / Afrikinfos-Mali

Last Updated on 19/06/2023 by Ousmane BALLO

17 thoughts on “MINGA S. Siddick, journaliste-écrivain : « Tout porte à croire que la politique est incompatible avec la bienséance… »

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