Plan d’Action du Gouvernement de la Transition : Ouane, soyez réaliste !

Six (6) axes déclinés en vingt-trois (23) objectifs, adossés à 275 actions à évaluer à travers 291 indicateurs. Voilà en gros ce que l’on retient du Plan d’Action du Gouvernement (PAG) de la Transition présenté aux membres du Comité National de Transition (CNT), le 19 février 2021, par le Premier ministre, Moctar Ouane. Lequel a été finalement adopté, le 22 Février 2021, par les conseillers nationaux avec cent (100) voix pour, quatre (4) contre et trois (3) abstentions. Un beau texte très ambitieux, mais sa mise en œuvre effective est pratiquement  impossible pour le reste des treize mois de la transition. Donc, Moctar Ouane aurait dû proposer un document beaucoup plus simplifié et réalisable pendant la période de la transition.

Certes, ce Plan d’Action répond, en grande partie, aux aspirations de la majeure partie du peuple malien. Autrement dit, sa réalisation ou sa mise en œuvre effective permettra logiquement de tourner une page sombre de l’histoire de notre pays. Mais soyons objectifs et réalistes, l’ensemble de ces actions ne peut pas être totalement exécuté durant cette transition. Donc, le Premier ministre, Moctar Ouane, devrait être un peu raisonnable ou même prudent en élaborant uniquement des actions de priorité réalisables durant le reste de la transition.

Le premier point de l’Axe 1 de ce Plan d’Action du Gouvernement de la Transition, « diligenter la relecture, l’appropriation et la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger », est le souhait le plus ardant du peuple malien dans sa majorité. Mais, l’on sait tous que vue la position des ex-rebelles et la pression de la communauté internationale, ce point risque de prendre toute la période de la transition sans être effectivement ou correctement exécuté.

Parlant des groupes d’auto-défense, le Premier ministre a précisé : « Les groupes d’auto-défense ou des milices armées, qui ne sont pas partie prenante de l’Accord pour la paix et la réconciliation, ont fait leur apparition au Nord et au Centre. Cette présence d’acteurs armés non étatiques contribue à l’aggravation de l’insécurité et à l’exacerbation des conflits locaux. Dans ce contexte, il apparaît urgent d’engager des actions intelligentes et fortes afin de procéder à la dissolution effective de ces groupes. Ceci est un impératif pour créer les conditions favorables à la mise en œuvre d’actions de stabilisation et de développement. »

Oui ! Nous sommes tous conscients que la sécurité demeure la priorité des priorités pour notre pays. Mais pour relever ce défi, la dissolution effective de toutes les milices d’auto-défense comme proposé Moctar Ouane, n’est pas forcément la solution. Pour vaincre ces terroristes et sécuriser tout le pays pour la tenue des élections générales crédibles, transparentes sur l’ensemble du pays et à bonne date, le gouvernement de la Transition doit faire recours à toutes compétentes nécessaires. Donc, il faut plutôt recadrer toutes les milices d’auto-défense qui se réclament toujours du côté de l’Etat malien et qui sont prêtes à combattre l’ennemi commun sous les ordres des Forces Armées Maliennes.

En se prêtant à ce jeu de dissolution de milices que le gouvernement ne contrôle plus, le Premier ministre se fait passer pour un père Noël chargé d’annoncer la bonne nouvelle au peuple. Il ne faut pas du tout avoir honte de le dire et de l’admettre, certaines milices d’auto-défense maîtrisent mieux leur terroir que quiconque. C’est avec elles qu’il faut traiter sur le terrain pour combattre l’ennemi commun : les terroristes. Après cela, il reviendra aux autorités de trouver un compromis de manière consensuelle pour procéder en ce moment à leur dissolution. Parce qu’il faut reconnaître que certaines milices ont joué et continuer encore de jouer le rôle de l’Etat en absence de l’Administration à travers la protection des populations civiles et de leurs biens. Toutefois, il faut absolument empêcher la création d’autres milices. Pour cela, l’armée doit obligatoirement investir le terrain le plus rapidement possible.

A ce point, Moctar Ouane reconnaît : « Le redéploiement de nos Forces de Défense et de Sécurité sur l’ensemble du territoire national est une tâche ardue, mais pas impossible. Les récents succès militaires en sont une illustration. Ce redéploiement doit se poursuivre en plaçant au cœur de l’agenda stratégique la protection des populations civiles. Cela serait d’autant plus utile que le déficit de protection des civils et le sentiment pour nos populations d’être livrées à elles-mêmes affectent l’image des représentants de l’État, en général, et de notre armée, en particulier. »

Pour y parvenir, le Premier ministre annonce que le gouvernement prendra des mesures relatives au renforcement des capacités opérationnelles des FAMa à travers l’augmentation des effectifs de 25 000 nouvelles recrues ; la construction de 42 postes de sécurité ; l’acquisition de matériels et d’équipements militaires ; la formation d’unités organiques…

Les réformes politiques, le nœud gordien

Parlant des réformes politiques et constitutionnelles dans l’Axe 4 du Plan d’Action, le Premier ministre annonce comme priorités : «Parachever le processus de réorganisation territoriale ; réformer le système électoral en prenant en compte les Maliens établis à l’extérieur ; élaborer et adopter une nouvelle Constitution et poursuivre le chantier de la régionalisation. »

Le constat qui se dégage, c’est que ces réformes sont annoncées alors que le climat politique est encore un peu tendu. Déjà le lendemain de la dissolution de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) au profit d’un organe unique pour l’organisation des élections qui n’a pas encore été constitué, la réaction de la classe politique ne s’est pas fait attendre. « Ça montre simplement que c’est un gouvernement qui n’a aucun respect pour les lois. Ils ont déjà préparé leurs textes. Tout le reste est de la mise en scène »,a déclaré Choguel Kokalla Maïga, président du Comité stratégique du M5-RFP. Tout comme lui, plusieurs autres responsables politique ont qualité cette dissolution qui fait d’ailleurs partie des réformes politiques annoncée, d’une décision précipitée et sans consultation des forces politiques.

Aussi, au cours de la conférence régionale de son parti, le Rassemblement Pour le Mali (RPM) le 20 février 2021 à Ségou, Dr Bokary Tréta a laissé entendre : «C’est parce que le temps va manquer que nous avions eu de fortes attentes par rapport au Plan d’action du Premier ministre, Mr Moctar Ouane. Mais, pour le moment, tout au moins, c’est que nous sommes restés sur notre faim. Ce Plan d’action n’a décliné ni chronogramme, n’a indiqué ni échéance, pour des activités importantes qui relève de l’organisation de toutes ces élections. Nous voudrons espérer que les débats qui vont s’instaurer au Conseil national de transition dès lundi, amèneront le Gouvernement à bien préciser ses intentions, à dérouler un chronogramme précis, à indiquer des délais concrets pour la mise en œuvre de la Transition. »

Au regard de ces prises de position au niveau de la classe politique qui s’est vue marginalisée depuis le départ par les autorités de la Transition, l’on peut dire, sans se tromper, que ces réformes risquent d’être boudées par les acteurs politiques. Ce qui pourra faire traîner les choses un peu longtemps.

Pour l’heure, aucun chronogramme pouvant situer ce plan d’action dans le temps et conformément à la période de la transition n’a été encore rendu public. Seulement au regard de la situation actuelle du pays, l’on comprend aisément que c’est un document élaboré pour apaiser et dont la mise en œuvre effective avant la fin de la transition est pratiquement impossible.

Ousmane BALLO

Source : Ziré