Malgré le recul de la production industrielle d’or, passée de 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes en 2025, les recettes tirées des exportations aurifères et les versements des sociétés minières à l’État ont atteint des niveaux importants. Pour 2026, la tendance s’inverse : la production industrielle d’or a progressé de plus de 30 % au premier semestre, tandis que les réformes du cadastre minier se poursuivent.
Le secteur minier malien affiche des résultats contrastés. En 2025, la production industrielle d’or s’est établie à 42,2 tonnes, contre 54,8 tonnes en 2024, soit un recul de 12,6 tonnes, équivalant à environ 23 %.
Cette baisse n’a toutefois pas empêché une progression significative de la valeur des exportations aurifères. Selon les chiffres présentés par le ministre des Mines, le Pr Amadou Keïta, lors d’une rencontre avec la presse le 22 septembre 2026, les exportations d’or ont atteint 2 750 milliards de FCFA en 2025, contre 1 610 milliards de FCFA en 2024. La hausse s’élève ainsi à 1 140 milliards de FCFA, soit environ 70,8 %.
Dans le même temps, les sociétés minières ont versé 940 milliards de FCFA à l’État en 2025, contre 978 milliards de FCFA en 2024. Les recettes annoncées ont donc diminué de 38 milliards de FCFA, soit près de 3,9 %, malgré la hausse de la valeur des exportations.
Après le recul enregistré en 2025, la production industrielle d’or montre des signes de reprise. Au premier semestre 2026, elle a atteint 23,5 tonnes, contre environ 18 tonnes à la même période de l’année précédente. Cela représente une augmentation de plus de 30 %.
Le résultat dépasse également la prévision de 21,2 tonnes annoncée pour cette période, soit un écart positif de 2,3 tonnes. Les performances des principaux sites contribuent à cette évolution. Fekola a produit 8,85 tonnes au premier semestre 2026, tandis que Loulo a atteint 6,9 tonnes. Selon les chiffres communiqués par le ministre, la production de Loulo sur les six premiers mois de 2026 dépasse déjà celle enregistrée sur l’ensemble de l’année 2025.
Pour l’ensemble de l’année 2026, l’objectif fixé est de 43,2 tonnes d’or industriel. Son atteinte dépendra toutefois du maintien du rythme de production au second semestre. Le rebond observé est un indicateur encourageant pour l’activité minière et les recettes potentielles de l’État. Il reste néanmoins nécessaire de distinguer les objectifs de production des résultats définitifs, qui ne seront connus qu’à la clôture de l’exercice.
Au-delà de l’or, le lithium prend une place croissante dans les perspectives minières du Mali. La mine de Goulamina a commencé à exporter sa production en juin 2025. À Bougouni, la mine inaugurée en novembre 2025 a expédié son premier chargement en décembre de la même année.
Entre janvier et juin 2026, Bougouni a produit 53 195 tonnes de concentré de spodumène, selon les données présentées par le ministre des Mines.
Ensemble, les deux projets devraient permettre au Mali d’atteindre une capacité de 590 000 tonnes de concentré en 2026. Ce chiffre correspond à l’objectif annoncé pour les deux mines et ne doit pas être confondu avec une production déjà réalisée.
109,14 milliards FCFA mobilisés pour les infrastructures
Les retombées du secteur minier concernent également le financement des collectivités et des infrastructures nationales. Le Fonds minier de développement local (FMDL) a mobilisé 18,4 milliards de FCFA au titre de l’exercice 2025. Sa répartition repose sur trois catégories : 50 % pour les communes directement affectées par les activités minières, 25 % pour les autres collectivités des zones minières et 25 % pour les collectivités des autres régions du pays.
Sur la base de cette répartition, les communes directement affectées doivent recevoir environ 9,2 milliards de FCFA. Les deux autres catégories disposent chacune d’une enveloppe indicative de 4,6 milliards de FCFA. Selon le ministre, les 819 communes du Mali ont bénéficié de ce mécanisme, dont l’utilisation fait l’objet d’un suivi aux niveaux communal, régional et national.
Par ailleurs, le Fonds de financement des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport a mobilisé 109,14 milliards de FCFA entre janvier 2025 et juin 2026. Ces ressources doivent contribuer au financement de routes, de voies ferrées et d’infrastructures énergétiques.
La réforme du secteur minier repose également sur une remise à plat du cadastre et un contrôle accru des titres. Selon les informations présentées par le ministre, plus de 90 permis de recherche ont été annulés en octobre 2025, leurs titulaires n’ayant pas fourni les documents exigés par la réglementation. En parallèle, le Conseil des ministres a autorisé, lors de trois séances tenues entre le 21 août et le 30 septembre 2026, le renouvellement de 24 permis de recherche portant notamment sur l’or et le lithium.
Les chiffres de 2025 et du premier semestre 2026 montrent ainsi un secteur en transition : recul de la production aurifère annuelle en 2025, progression de la valeur des exportations, reprise de la production au premier semestre 2026 et développement du lithium.
Le principal défi reste de convertir ces performances en recettes publiques durables, en infrastructures fonctionnelles, en emplois et en retombées mesurables pour les populations. Au-delà du nombre de permis renouvelés ou annulés, l’efficacité des réformes se jugera à la capacité du Mali à mieux contrôler ses ressources minières et à accroître la valeur économique qu’il en tire.
Ismaël Traoré
Source : Le Capital
