Accès à l’eau pastorale : le Sahel affine ses propositions à Dakar

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Réunis les 6 et 7 octobre 2026 dans la capitale sénégalaise, dix pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel travaillent à harmoniser leurs recommandations sur la gouvernance de l’eau destinée à l’élevage. L’objectif est de mieux sécuriser l’accès des pasteurs et agropasteurs à cette ressource vitale, dans la perspective du dialogue mondial porté par la FAO.

L’accès à l’eau demeure un enjeu majeur pour la mobilité du bétail, la préservation des moyens de subsistance des communautés pastorales et la stabilité des territoires sahéliens. C’est autour de ces défis que le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), en partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), organise les 6 et 7 octobre 2026 à Dakar, au Sénégal, un atelier de dialogue régional sur la tenure de l’eau à usage pastoral.

Cette rencontre rassemble des représentants des services techniques chargés de l’élevage et de l’eau, des chercheurs, des organisations pastorales et agropastorales, ainsi que des professionnels de l’information et de la communication issus de dix pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad et Togo. Des responsables et experts du CILSS et de la FAO prennent également part aux échanges.

Au cœur des discussions figure la notion de tenure de l’eau, qui renvoie aux droits, aux règles et aux pratiques déterminant l’accès à cette ressource, son utilisation et sa gestion. Dans les espaces pastoraux, où les communautés dépendent souvent de points d’eau partagés et de ressources soumises à une forte pression, la reconnaissance des différents modes d’accès constitue un enjeu déterminant.

À l’ouverture des travaux, le Secrétaire exécutif adjoint du CILSS, Dr Nafiba Sylvain Ouédraogo, a insisté sur la nécessité de prendre en compte aussi bien les droits formels consacrés par la loi que les régimes coutumiers, les pratiques locales et les autres arrangements légitimes qui organisent l’accès effectif à l’eau dans les communautés rurales et pastorales.

Cette approche vise à mieux concilier les cadres juridiques nationaux avec les réalités du terrain. Elle est particulièrement importante dans les zones où les éleveurs et les agriculteurs doivent partager des ressources hydriques limitées, parfois sources de tensions entre les différents usagers.

Dix pays pour une position régionale commune

Les participants poursuivent un travail engagé lors d’une concertation virtuelle organisée le 15 septembre 2026. À Dakar, ils examinent les douze éléments de la gouvernance responsable de la tenure de l’eau, affinent une note technique régionale consacrée à l’évaluation de la tenure de l’eau à usage pastoral et élaborent des recommandations opérationnelles adaptées aux réalités de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel.

L’ambition est de dégager une contribution régionale cohérente au dialogue mondial sur la tenure de l’eau engagé par la FAO. La phase finale de ce processus doit se tenir à Rome à partir du 12 octobre 2026.

Pour les pays concernés, l’enjeu dépasse la seule disponibilité physique de l’eau. Il s’agit également de renforcer les mécanismes institutionnels et communautaires qui permettent aux pasteurs et aux agropasteurs d’accéder à cette ressource dans des conditions équitables et durables.

Représentant la FAO, Patrick Bahal’Okwibale, fonctionnaire chargé de la gestion des terres et de l’eau au Bureau sous-régional pour l’Afrique de l’Ouest, a souligné le rôle central de l’eau dans les systèmes pastoraux. Il a également mis en avant la nécessité de mécanismes garantissant un accès inclusif et durable à cette ressource.

Le représentant de l’organisation onusienne a réaffirmé sa disponibilité à accompagner la valorisation des résultats issus des concertations régionales. Cet engagement vise à favoriser la prise en compte des réalités pastorales dans les réflexions internationales sur la gouvernance de l’eau.

De leur côté, les organisations pastorales attendent des avancées concrètes. Par la voix de Cheick Ahmed Khatar, représentant en Mauritanie de l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en Savane (APESS), elles ont salué l’initiative et appelé à un renforcement de l’action des États pour faciliter l’accès des pasteurs et des agropasteurs aux ressources hydriques.

Le Sénégal dispose, à cet égard, d’expériences susceptibles d’alimenter les échanges régionaux. Le Secrétaire permanent du Comité national du CILSS au Sénégal, Dr El Hadj Maodo Ba, a notamment évoqué les unités pastorales organisées autour de points d’eau.

Il a également rappelé l’adoption, en 2023, du Code pastoral sénégalais, qui encadre notamment l’organisation et l’exploitation des points d’eau pastoraux. Cette expérience illustre l’importance de disposer de règles adaptées aux besoins des éleveurs et à la gestion collective des ressources.

Un enjeu stratégique pour l’avenir du pastoralisme

Cette concertation s’inscrit dans le cadre de l’Année internationale des parcours et des pasteurs, qui met en lumière la contribution du pastoralisme à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, au développement des économies rurales et à la stabilité des territoires.

Dans une région confrontée à la variabilité climatique et aux pressions croissantes sur les ressources naturelles, la sécurisation de l’accès à l’eau apparaît ainsi comme une condition essentielle à la pérennité des activités pastorales.

Les recommandations attendues de l’atelier de Dakar devront contribuer à mieux reconnaître les droits des usagers, à améliorer les mécanismes de gouvernance et à promouvoir une gestion plus inclusive de l’eau. Leur portée dépendra toutefois de leur traduction en mesures concrètes dans les politiques publiques et les dispositifs nationaux.

Au-delà de la formulation d’une position commune, le défi pour les pays participants sera donc de faire de la tenure de l’eau un véritable levier de développement pastoral, de prévention des conflits d’usage et de résilience des communautés rurales.

OB / Afrikinfos-Mali

Last Updated on 12/10/2026 by Ousmane BALLO

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