Créée en juin 2026 à Niamey, l’entreprise Sahel Agro-Ingénierie ambitionne de s’imposer comme un acteur de référence de la transformation agroalimentaire au Niger. À travers la production d’huile végétale et la valorisation des coproduits agricoles, cette jeune unité industrielle entend contribuer à la réduction des importations, à la création d’emplois et à la valorisation des filières agricoles nationales.
Face aux défis liés à la sécurité alimentaire et à la dépendance aux produits importés, Sahel Agro-Ingénierie a fait le pari de transformer sur place les ressources agricoles disponibles au Niger. L’entreprise intervient principalement dans l’extraction mécanique et le raffinage d’huiles végétales issues de cultures locales telles que l’arachide, le soja, le sésame ou encore le souchet. Les résidus de cette transformation, notamment les tourteaux, sont destinés à l’alimentation animale, dans une logique de valorisation intégrale des matières premières. Pour les responsables de l’entreprise, cette approche permet non seulement de limiter les pertes après récolte, mais également de créer davantage de valeur ajoutée au profit de l’économie nigérienne.
« Notre contribution à la souveraineté alimentaire repose sur la production locale d’huile végétale, la création de débouchés pour les producteurs, la valorisation des coproduits, la création d’emplois et le maintien de la valeur ajoutée au Niger », souligne la direction de Sahel Agro-Ingénierie. L’ambition affichée par l’entreprise est de proposer une huile végétale de qualité, produite localement et accessible aux consommateurs nigériens.
Selon le responsable marketing, Mohamed Kadri, l’objectif est de développer une alternative crédible aux huiles importées tout en renforçant la filière nationale des oléagineux. « Nous voulons mettre sur le marché une huile végétale locale de haute qualité capable de concurrencer progressivement les produits importés, tout en valorisant les tourteaux pour l’alimentation animale », explique-t-il.
Un processus de production axé sur la qualité
La fabrication repose sur un processus industriel rigoureux. Après la réception des graines, celles-ci sont triées, nettoyées et soumises à plusieurs contrôles portant notamment sur leur humidité, leur état de conservation et l’absence d’impuretés.
L’extraction mécanique par pression est suivie d’un raffinage comprenant plusieurs étapes techniques : dégommage, désacidification, lavage, séchage, décoloration, filtration, désodorisation sous vide, refroidissement, contrôle final puis conditionnement. L’entreprise indique également effectuer des analyses en laboratoire lorsque cela est nécessaire afin de garantir la qualité sanitaire des huiles, notamment à travers la recherche d’aflatoxines.
L’objectif est de proposer aux consommateurs une huile stable, au goût neutre et répondant aux exigences de qualité. Sahel Agro-Ingénierie dispose actuellement d’une capacité de production estimée à 2 000 litres d’huile brute par jour et 1 000 litres d’huile raffinée quotidiennement. Sur une base de vingt-deux jours de fonctionnement par mois, cela représente un potentiel de près de 44 000 litres d’huile brute et 22 000 litres d’huile raffinée. Toutefois, les responsables précisent que ces performances demeurent étroitement liées à la disponibilité des matières premières, à l’approvisionnement énergétique ainsi qu’au bon fonctionnement des équipements industriels.
Une chaîne de valeur construite autour des producteurs nigériens
L’entreprise s’approvisionne essentiellement auprès de producteurs, de collecteurs et de commerçants agricoles installés dans plusieurs bassins de production, notamment à Aguié, Doutchi, Gaya et Sambéra. En stimulant la demande locale en graines oléagineuses, cette unité industrielle entend offrir de nouveaux débouchés aux exploitants agricoles tout en réduisant les pertes post-récolte.
Les promoteurs souhaitent également mettre en place, à moyen terme, des contrats d’approvisionnement plus structurés afin d’assurer une meilleure visibilité aux producteurs sur les volumes, les critères de qualité et les perspectives de commercialisation.
L’activité de Sahel Agro-Ingénierie génère actuellement 20 emplois directs et 14 emplois indirects, soit 34 emplois répartis entre la production, le raffinage, la maintenance, la logistique, le contrôle qualité, la commercialisation ainsi que les différents acteurs de la chaîne de valeur.
L’entreprise ambitionne également de développer des prestations de raffinage et de filtration pour d’autres industriels, tout en nouant des partenariats avec des distributeurs, des entreprises agroalimentaires et des acheteurs institutionnels. La valorisation commerciale des tourteaux constitue par ailleurs un levier stratégique destiné à améliorer la rentabilité globale de l’activité et à réduire le coût de production de l’huile.
Des défis à relever pour accélérer l’industrialisation
Malgré ses ambitions, la jeune entreprise fait face à plusieurs contraintes qui freinent son développement. Les promoteurs évoquent notamment l’irrégularité de l’approvisionnement en matières premières, la volatilité des prix agricoles, le manque de fonds de roulement, le coût élevé de l’énergie, l’accès limité à des financements adaptés aux unités de transformation ainsi que les difficultés liées à la maintenance industrielle et à l’acquisition de pièces de rechange.
S’y ajoutent le coût des emballages, le renforcement des compétences techniques, l’accès aux laboratoires de certification, les difficultés d’intégration dans les grands réseaux de distribution et la forte concurrence des huiles importées commercialisées à des prix souvent plus compétitifs. Officiellement créée et immatriculée le 3 juin 2026 à Niamey, Sahel Agro-Ingénierie affirme vouloir contribuer durablement aux recettes fiscales de l’État à travers le développement de ses activités.
Convaincus que le Niger dispose d’un important potentiel agricole encore sous-exploité, les promoteurs appellent les pouvoirs publics à renforcer l’accompagnement des industries de transformation, notamment par un meilleur accès au financement, à une énergie fiable, aux équipements modernes, aux laboratoires de contrôle, à la formation technique et aux marchés institutionnels.
Pour eux, le développement de la transformation locale constitue un levier essentiel de développement économique. « Soutenir la transformation locale, c’est soutenir les producteurs, créer des emplois, réduire les importations et renforcer durablement la souveraineté alimentaire du Niger », résument-ils.
IT / Afrikinfos-Mali
Last Updated on 28/07/2026 by Ousmane BALLO
