La situation sécuritaire du Mali a connu une tournure spectaculaire ces derniers temps, avec la concentration de la pression des djihadistes vers le sud, aujourd’hui totalement acculé entre blocus routiers, attaques contre les citernes, saccage des villages et récoltes, brimades, tueries et déplacement des civils… Des actions et attaques terroristes, qu’on ne voyait qu’au nord et au centre, qui semblent se migrer vers le sud ! Que faut-il faire aujourd’hui pour sortir de ce bourbier ? Voilà tout le défi qui se pose aux autorités de la Transition et aux Maliens en général.
De Kayes à Sikasso, de Niono du Sahel à Nara, de Nampala à Ségou, les maliens sont sur le qui-vive entre insécurité résiduelle et attaques terroristes. Les déplacements à l’intérieur du pays deviennent un véritable parcours de combattant entre contrôle, violence et humiliation djihadistes contre les transporteurs et les civils. Les habitants des contrées comme Kayes et Nioro du Sahel font l’objet de chantages permanents, contraints à rester cloîtrer chez eux. Presque toutes les grandes villes, à l’exception de Bamako, sont sous pression et sous couvre-feu.
Le pays en lui-même est soumis à une crise sans précédent de carburant du fait des attaques terroristes contre les citernes de transport d’hydrocarbures sur l’axe Bamako-Abidjan, la route de Kayes étant quasiment hors service. Des même, de nombreuses localités du sud sont sous le diktat des terroristes, pendant que les ressortissants d’autres sont littéralement chassés de chez eux. Le dernier en date est le cas du Cercle de Loulouni, où l’État est absent depuis des mois. Situé à une cinquantaine de kilomètres de Sikasso, les villages de Loulouni se vident de leurs habitants.
Le spectacle pitoyable et révoltant, les habitants contraints d’abandonner toute leur vie, des années d’efforts et de réalisations qui se brisent en l’espace de quelques instants. Plus de quatre mois qu’il n’y a ni Préfet et subordonnés, ni Forces de Défense et de Sécurité (le poste de gendarmerie vide et en abandon), ils ont pourtant alerté et résisté, via les chasseur traditionnels, mais ont fini par céder, en l’absence de tout espoir, de secours et de renfort sollicité de Sikasso, à seulement une cinquantaine de kilomètres de la localité où il ne reste plus que désolation et ruines. Si plusieurs localités du nord et du centre ont connu de tels désarrois, avec des villages entiers abandonnés et brûlés, des biens, vivres et cheptels décimés, le fait que cette hécatombe gagne peu à peu les villes et villages du sud doit interroger et interpeller.
Après Loulouni, la peur demeure toujours
Pourquoi les alertes lancées, les secours et renforts sollicités, après que les chasseurs traditionnels ont pu résister et affronter les terroristes pendant plusieurs semaines avant de céder face à la puissance de feu des armés sophistiquées et des drones kamikazes de l’ennemi en face, n’ont pas eu d’échos à Sikasso ? Ces questions interpellent les autorités de la Transition, leur mission, celle pour laquelle elles ont battu leur légitimité, à savoir la lutte contre le terrorisme et l’insécurité plus globalement, leur confère l’obligation de protéger les Maliens et leurs biens, où qu’ils se trouvent et sur l’ensemble du territoire national.
Les défis sont nombreux, les enjeux sont de taille, les priorités aussi, mais c’est la capacité de faire face à tout cela à la fois qui fait un État, un pouvoir et un régime. Nous devons, face à la situation, trouver le ressort nécessaire en nous pour trouver une solution.
Abdallah SANOGO
Source : La Rédaction du Mali
Last Updated on 22/11/2025 by Ousmane BALLO

