Uemoa-Cemac : taux directeurs différents soulignant des réalités et priorités distinctes !

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La politique monétaire est un levier essentiel pour la stabilité économique et la croissance pour une grande partie des économistes. En Afrique de l’Ouest et Centrale, les banques centrales de l’UEMOA, de la CEMAC, du Ghana ainsi que celle du Nigéria adoptent des approches distinctes, façonnées par leurs contextes économiques uniques, leurs défis inflationnistes, leurs passés et leurs objectifs de croissance surtout. Cette analyse comparative met en lumière ces dynamiques.

1. La Zone UEMOA : La Stabilité Avant Tout

L’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA),  qui regroupe le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Togo et le Sénégal, est régie par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ayant son siège à Dakar. Son mandat principal est d’assurer la stabilité des prix.

Pour ce faire, elle utilise plusieurs instruments, le plus courant est appelé taux directeur. Le taux directeur, également appelé taux d’intérêt directeur, est le taux d’intérêt que la banque centrale d’un pays ou d’une zone fixe pour les prêts qu’elle accorde aux banques commerciales. Ce taux influence directement les taux d’intérêt pratiqués par les banques commerciales pour les  prêts qu’elles accordent aux particuliers et aux entreprises. En d’autres termes, c’est le coût minimal auquel les banques peuvent emprunter de l’argent à la banque centrale, et ce coût est ensuite répercuté, avec une marge bénéficiaire, sur les taux d’intérêt des prêts qu’elles octroient. 

S’agissant du taux de prêt marginal, également appelé taux marginal, il est le taux d’intérêt auquel les banques peuvent emprunter des fonds à très court terme (généralement 24 heures) auprès de la banque centrale, dans des situations où elles ont un besoin urgent de liquidités. Il est généralement plus élevé que le taux de refinancement qui ne sera pas abordé dans la présente note de synthèse.

Nous allons passer en revue le taux directeur en suite mettre en exergue le contexte actuel et boucler l’élément par son rôle dans le contrôle du système bancaire et cela pour chaque zone et pays respectif : UEMOA, CEMAC, Ghana et Nigeria.

Taux directeurs récents : La BCEAO a récemment opté pour un assouplissement de sa politique monétaire. Au 5 juin 2025, le taux directeur de la BCEAO était de 3,25%, avec un taux d’intérêt du guichet de prêt marginal à 5,25%. Cette décision vise à soutenir la croissance économique, d’autant plus que l’inflation dans la zone était très faible (0,1% en mars 2024).

Contexte et rôle : l’UEMOA bénéficie d’une économie dynamique, avec une croissance du PIB réel de 5,1% au premier trimestre 2024. En abaissant ses taux, la BCEAO cherche à stimuler le crédit aux ménages et aux entreprises pour maintenir cette impulsion. Le régime de change fixe du Franc CFA par rapport à l’euro (1 € = 655,957 Francs CFA) confère à la BCEAO une approche souvent alignée sur celle de la Banque Centrale Européenne (BCE), favorisant une grande prudence.

La Zone CEMAC : Gérer la Rente Pétrolière et l’Inflation

La Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) regroupe le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale et le Tchad. Son siège se trouve à Yaoundé. Elle définit et conduit la politique monétaire de la zone. Les économies de la CEMAC sont fortement dépendantes des exportations de pétrole, ce qui influence considérablement leurs décisions monétaires.

Taux directeurs récents : Contrairement à la BCEAO, la BEAC a maintenu des taux directeurs plus élevés, reflétant des préoccupations distinctes. Au 25 mars 2024, le taux d’intérêt des appels d’offres de la BEAC était de 5,00%, le taux de facilité de prêt marginal à 6,75%. De passage, rappelons que le taux  d’intérêt des  appels d’offres (TIAO) est le taux directeur principal de la BEAC. 

Il est à noter que la BEAC avait précédemment réduit son principal taux directeur de 5,00% à 4,50%, mais les préoccupations concernant la gestion de la liquidité excédentaire due aux revenus pétroliers et la nécessité de contenir une inflation (bien qu’en baisse, elle reste supérieure à la cible régionale de 3,0%) ont dicté des niveaux plus élevés.

Contexte et rôle : La CEMAC a connu un ralentissement de sa croissance du PIB réel (2,3% en 2023), en partie dû à la fluctuation des prix du pétrole. La BEAC doit donc naviguer entre la maîtrise de l’inflation et la gestion de situations budgétaires parfois tendues dans ses États membres. Le contrôle de change spécifique à la CEMAC lui offre une certaine flexibilité pour faire face à ses contraintes monétaires.

Le Ghana : Une Lutte Ardue Contre l’Inflation

Le Ghana, membre de la CEDEAO mais indépendant des zones UEMOA et CEMAC, gère sa propre politique monétaire via la Bank of Ghana (BoG). Le pays a récemment été confronté à des pressions inflationnistes importantes.

Taux directeurs récents : La Banque du Ghana a maintenu des taux directeurs significativement plus élevés que ceux des deux zones de la monnaie (XOF et XAF),  CFA, en raison d’une inflation persistante. Le taux d’intérêt de référence au Ghana était de 28% en mars 2025, après avoir atteint un pic de 30% en juillet 2023. Bien qu’une légère réduction de 100 points de base ait eu lieu en janvier 2024, ce niveau reste très élevé.

Contexte et rôle : L’inflation annuelle des consommateurs au Ghana, malgré un recul, demeure bien au-delà de la fourchette cible de la BoG (8%, avec une tolérance de 6% à 10%). La politique monétaire ghanéenne est donc principalement axée sur la désinflation et la stabilisation du cadre macroéconomique. Les décisions de la BoG sont directement influencées par les dynamiques inflationnistes internes, sans l’ancrage externe à une monnaie forte comme l’euro, ce qui lui confère une plus grande autonomie mais aussi une plus grande volatilité.

Au Nigéria : problématique de résolution d’une stagflation aiguë, marquée par une inflation élevée, une croissance faible, et un chômage élevé

Le Nigéria, première économie d’Afrique occidentale en termes de PIB et pays le plus peuplé du continent, est confronté à des défis macroéconomiques complexes, notamment une inflation élevée et persistante et des pressions sur sa monnaie, le Naira.

Taux directeurs récents : La Banque Centrale du Nigéria (CBN) a mené une politique de resserrement monétaire agressive pour lutter contre l’inflation. Le taux directeur de la CBN a été maintenu à 27,5% en mai 2025, après avoir été relevé à plusieurs reprises en 2024 et début 2025 (atteignant 27,25% en novembre 2024). L’inflation nigériane, bien qu’en légère baisse, reste très élevée (autour de 23% en mai 2025).

Contexte et rôle : La priorité absolue de la CBN est la désinflation et la stabilisation du Naira. La banque centrale cherche à freiner la demande et à restaurer la confiance dans la monnaie nationale. La libéralisation du marché des changes et la suppression des subventions sur le carburant ont également influencé la politique monétaire, entraînant des ajustements significatifs des prix. Les taux d’intérêt très élevés reflètent l’ampleur des pressions inflationnistes et la détermination de la CBN à les maîtriser.

En bref : la note de synthèse a porté sur des politiques monétaires aux visages multiples

En définitive, si l’UEMOA et la CEMAC partagent un régime de change fixe et une coordination implicite avec la politique de la zone euro, elles diffèrent sur les niveaux de leurs taux directeurs en fonction de leurs réalités économiques et de leurs priorités. Le Ghana, avec sa monnaie indépendante, affiche des taux d’intérêt bien plus élevés, témoignant d’une lutte plus intense contre l’inflation et la nécessité de stabiliser sa monnaie. Contribution sur les stratégies monétaires régionales et nationales en Afrique.

Boubacar DIALLO-ancien cadre de banque, macro-économiste

Dr Laya Amadou GUINDO-Enseignant-chercheur, macro- économiste

Source: L’oeil du Mali

Last Updated on 18/07/2025 by Ousmane BALLO