Samou Samaké, président de l’association des vidangeurs du Mali : « On ne peut pas dire qu’il n’est pas normal de déféquer à l’air libre et continuer de déverser les déchets dans la nature »

La rubrique ‘’L’invité de la semaine’’ de Ziré, votre hebdomadaire préféré d’analyses, d’enquêtes et d’informations générales, reçoit cette semaine M. Samou Samaké, président de l’association des vidangeurs du Mali. Avec lui, nous avons parlé du financement et de la gestion des boues de vidange au Mali. C’est un entretien réalisé le 14 octobre 2022, en partenariat avec le site d’informations générales, ‘’www.afrikinfos-mali.com’’. C’était à l’occasion d’une table ronde sur les stratégies de mobilisation de fonds pour la filière Boue de vidange au Mali.

Ziré: Monsieur, présentez-vous à nos chers lecteurs !

Samou Samaké : Je m’appelle Samou Samaké, président de l’association des vidangeurs du Mali.

Vous venez de prendre part à une table ronde avec les différents acteurs du secteur Eau, Hygiène et Assainissement (Wash) pour parler de la gestion des boues de vidange au Mali.  Comment appréciez-vous cette rencontre ?

Disons que je suis très heureux. Comme vous le savez, la bonne gestion des boues de vidange est plus qu’une priorité de nos jours. Jusqu’ici, le Mali est l’un des rares pays à ne pas avoir une station de boues de vidange, d’ailleurs s’il n’est pas le seul. Au Mali, nous avons commencé par les régions, les cercles. Alors que Bamako, la capitale, est plus confrontée au problème de gestion de boue de vidange.

Ce n’est pas normal que Bamako n’ait pas une station de boue de vidange. Les déchets liquides gênent bien plus que les déchets solides et cela est une réalité. Voilà pourquoi, je pense que la priorité doit être donnée à Bamako. Cela est une préoccupation majeure pour les vidangeurs du Mali et avoir aujourd’hui une table ronde pour discuter des pistes de solutions à cela, est bien un motif d’espoir pour nous. En réalité, nous avons honte de déverser les déchets dans la zone aéroportuaire, derrière le village de Guana. Parce que c’est un acte d’incivisme, mais nous n’avons pas le choix.

Ça veut dire que la situation est extrêmement gênante pour vous les vidangeurs ?

Évidemment. Comme je vous ai dit, c’est un acte d’incivisme. On ne peut pas dire aux populations qu’il n’est pas normal de déféquer à l’air libre et que les déchets de toute la capitale soient encore déversés dans la nature. Cela est extrêmement délicat. Cette situation explique le niveau de développement de la gestion de ce secteur qui reste un facteur de santé publique. Ce qui est sûr, la façon de gérer ce secteur est très inquiétante.

La vérité est que nous (les vidangeurs) n’avons aucun moyen, aucun financement, aucune considération de la part de l’État malien. Parce que cela fait plus de vingt ans que nous sommes dans cette situation. Donc, tout le souhait aujourd’hui est d’avoir un bon partenaire pour que cela change et nous espérons beaucoup sur ces rencontres pour avoir le financement qu’il faut afin que la filière Boue de vidange soit bien gérée et que les agents puissent travailler dans les conditions idoines.

Les partenaires certes, mais c’est quand même le rôle de l’État à travers les collectivités ?

Exactement. Mais malheureusement, nous voyons comment la mairie gère ce secteur. Le vrai problème est qu’il y a un manque de volonté politique. Nous déplorons le manque d’implication de l’État pour ce secteur. En 20 ans de plaidoyer, aucune structure digne de ce nom n’a été mise en place dans le District de Bamako. Vous voyez quand même que la société civile à travers la CN-CIEPA se bat bien pour démarcher des partenaires. Mais, tant que l’État, qui est détenteur des terres et des autres moyens, ne s’implique pas, rien ne sera réglé.

Quel est votre cri de cœur ?

Vraiment, le message pour nous, c’est de nous aider dans ce que nous faisons. Mais aussi, que l’État fasse tout pour mettre en place les infrastructures nécessaires pour la transformation des déchets sans quoi, ces déchets ne pourront être gérés et l’environnement ne sera jamais propre.

Entretien réalisé par Amadou Kodio

Source : Ziré