Chantiers de la transition : poser les balises de la réconciliation

Dans notre série de dossiers consacrés aux défis qui attendent la transition, nous nous intéressons aujourd’hui au défi de la réconciliation.  Elle est une voie majeurepour sortir le pays des cycles de crises qu’il traverse depuis 2012.

La réconciliation reste problématique, mais elle reste possible. En quinze mois, la transition ne pourra pas panser toutes les plaies et résorber les multiples fractures de la société Malienne. Mais, elle peut poser les jalons d’un véritable processus de réconciliation entre Communautés, Religieux, Politiques, ….

Certes, les Autorités de la transitons auront du pain sur la planche, tant le Régime défunt s’était singularisé par sa propension de la politique de diviser les maliens à tous les niveaux pour régner. Les regroupements politiques, associatifs et confessionnels illustrent à suffisance cette « insouciance collective ».

Aujourd’hui encore plus qu’hier, ils (ces différents regroupements) n’ont jamais joué leur véritable rôle. Et chacune des organisations est permanemment en proie à des petites querelles internes.

Pire, dans certaines Régions du pays, les divisions ont tourné à des affrontements inter communautaires.  C’est le cas au Centre du pays où, depuis 2016, les violences contre les civils s’amplifient dans la zone située aux Sud et Sud-est de la Région de Mopti. Inédites dans notre pays, ces violences, qu’elles soient perpétrées par des jihadistes, des groupes d’autodéfense mobilisés contre eux ou les forces de sécurité, associent tueries de masse, vols et destruction des Biens personnels et collectifs. D’abord, localisées et sporadiques, elles prennent une dimension communautaire de plus en plus marquée. Ces violences facilitent le recrutement de combattants par les groupes jihadistes et d’autodéfense au Centre du pays.

Les conflits ont fait plus de 200 morts et près de 1500 Déplacés internes tant du côté des Peulhs que celui des Dogons, en 2020. Deux communautés qui coexistent depuis des siècles dans une cohésion exemplaire.

Les nouvelles Autorités de transition n’ont pas encore dévoilé de plan particulier pour leurs actions dans le Centre du pays.Elles se sont limitées, pour le moment, à des déclarations générales contenues dans la feuille de route de la transition qui prévoit, pour les Régions du Centre et du Nord du pays, de désarmer les milices d’autodéfense, de redéployer les services administratifs de l’Etat, de promouvoir le dialogue entre les communautés, mais aussi d’engager un dialogue avec les « groupes radicaux maliens ».Déclarations déjà faites par les précédents gouvernements. Il est encore trop tôt pour savoir quelles directions concrètes les Autorités de transition vont suivre.

Réconcilier les cœurs

Les Autorités de transition ont en tout cas l’occasion d’amorcer un virage. Et, pour cela, elles devraient rapidement consacrer une attention accrue à la Région du Centre et à la zone inondée en particulier, où les violences sont, certes, moins importantes qu’il y a quelques mois, mais où rien n’est réglé durablement.

Elles (les Autorités) devraient harmoniser et consolider les efforts des services de l’Etat ou des ONG de médiation pour négocier des cessez-le-feu locaux et y impliquer les élites régionales, le Pouvoir central et les forces de sécurité. A plus long terme, elles devraient réunir les conditions d’une réconciliation durable en préparant une réforme ambitieuse en termes de modes d’accès aux ressources naturelles, notamment foncières, qui pourra être adoptée après la transition.

L’autre foyer où les Autorités  doivent accélérer  la réconciliation demeure le Nord où  la  mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, signé en juin 2015, à Alger et ici à Bamako, représente encore un défi majeur.

Sur le plan politique, plusieurs autres détails restent à régler et le processus de paix ne progresse que lentement. Dans le même temps, les violences commises par des groupes extrémistes se multiplient de même que les conflits inter- et intracommunautair

À l’heure actuelle, l’application effective de l’Accord et la coopération de toutes les parties impliquées, y compris de la société civile et des populations, restent les meilleurs moyens de lutter contre cette évolution. De même, il est nécessaire de développer des approches impliquant la société civile et les populations dans leur ensemble afin de garantir la paix.

Au niveau local, toutes les parties prenantes et les acteurs externes concernés doivent développer, par le biais des forums de dialogue et de réconciliation existants, des approches permettant de faire fonctionner des écoles, de créer des dispensaires et de résoudre les conflits inter et intra-communautaires. On pourrait, par exemple, combiner des Accords de réconciliation limités dans l’espace et dans le temps avec des plans locaux de développement intégrant toutes les Autorités traditionnelles et religieuses, mais aussi les Représentants locaux du Gouvernement, les femmes et les jeunes. Ces Accords locaux, qui bénéficieraient du soutien et de l’accompagnement d’acteurs internationaux, ne gêneraient pas la mise en œuvre d’une solution politique au niveau national, au contraire, en s’appuyant sur les efforts de réconciliation déjà en cours au niveau local, ils auraient pour but de répondre aux besoins immédiats des populations, de créer un contexte de confiance et de préparer le terrain à une solution politique nationale pour les questions encore non réglées.

Mémé Sanogo

Source : L’Aube