Un véritable chèque en blanc à l’arbitre naturel du processus de retour à l’ordre constitutionnel que cache mal l’extension de la mesure aux autres acteurs de la Transition également inéligibles dans la Charte initiale, en l’occurrence les membres du Gouvernement et de l’organe législatif. En clair, l’article 9, pourtant insusceptible de révision, va tout simplement disparaître au détour de ce deuxième tripatouillage qui dépouille la Charte de la Transition de sa teneur limitative de pouvoir ainsi que de sa sacralité en tant que dépositaire du serment présidentiel. Des législateurs de circonstance s’arrogent ainsi le pouvoir d’instaurer la monarchie absolue là où les principes de la République et de démocratie sont clairement consignés dans une constitution investie de suffrages populaires. Mais, en intronisant le nouveau roi de la sorte, les autorités de Transition ne torpillent pas seulement les dispositions immuables de la Charte, elles défient également celles de la nouvelle loi fondamentale en vigueur selon laquelle le fondement de tout pouvoir réside dans la constitution et ne peut découler que de la souveraineté inaliénable du peuple. Or la nouvelle version de la Charte, sur laquelle la constitution prime en légitimité, autorise le souverain à se soustraire aussi longtemps que le contexte politique ne lui sera pas propice pour la conquête du pouvoir par les urnes.
C’est l’étape ultime des multiples transgressions qui ont jalonné le laborieux combat d’accomplissement du coup d’Etat du 18 août 2020. Reste à savoir si les résistances éventuelles qu’elle pourrait engendrer et rencontrer seront moins solides que les précédentes marches que la Transition a pu franchir sans coup férir les unes après les autres. Du coup d’Etat contre Bah N’Daou aux multiples escamotages sur la durée initiale de la Transition au détour d’agenda réformiste (dont le référendum constitutionnel), en passant par la chasse aux voix dissidentes et la liquidation méthodique du politique au profit du tout militaire, le processus aura été long. Il est passé par d’innombrables émotions avant que la transgression n’atteint son apogée avec les récents soubresauts de la dernière couche : abrogation de la charte des partis, dissolution des formations politiques et associations à caractère politique pour étouffer par avance toutes potentielles vagues contraires au vent de l’autocratie à durée indéterminée.
A.KEÏTA
Source : Le Témoin
Last Updated on 08/07/2025 by Ousmane BALLO
