10 ans après la bataille de Konna : encore des révélations…

à la une Accueil Actualités Au Mali Flash infos Infos en continus Politique

Dans son livre intitulé ‘’Konna, l’ultime bataille pour la liberté’’,  édité par Bandama Editions en ce mois d’août 2023, le magistrat et écrivain malien, Modibo Diabaté, raconte le combat entre les djihadistes et les forces armées maliennes en janvier 2013 à Konna, une ville située à quelques 55 km au nord de Sévaré, dans la région de Mopti.

‘’Konna, l’ultime bataille pour la liberté’’ est un témoignage de 81 pages qui relate en français facile la bataille que les forces armées maliennes ont livré du 9 au 10 janvier 2013 à Konna contre les groupes armés terroristes.

Dans cet ouvrage, le personnage principal, le sergent-chef Tiesson Diarra dit Bienkènè, sous-officier des forces armées maliennes et élément de la Cavalerie de l’Escadron, sous la plume de Modibo Diabaté, auteur, rappelle qu’avec la chute des régions du nord du Mali, les forces de défense et de sécurité nationales se sont réorganisées sur la ligne de démarcation passant par les régions de Ségou et Mopti, avec des verrous sur les localités de Konna dans le fuseau est et de Dogofri dans le fuseau ouest.

Dans cette nouvelle reconfiguration de la ligne de défense, Konna était le poste avancé et ne devrait pas tomber sous les mains des assaillants. Ainsi pendant neuf mois d’occupation, les militaires maliens préparaient la reconquête dans le cadre de l’opération ‘’Badenko’’ commandée par le colonel Didier Dacko.

Le Taureau noir ligoté…

Trois jours avant l’attaque de Konna, souligne Bienkènè, la menace était pesante de façon perceptible. « Des informations qui nous parvenaient, transmises par les habitants et les autorités locales, faisaient état d’un grand rassemblement de djihadistes à N’Gouma, dans le cercle de Douentza et à Bambara Maoudé, dans le cercle de Gourma-Rharous. Le mercredi soir, veille de l’attaque, un bus de transport en commun, en provenance de Gao, est arrivé à Konna, dans l’après-midi, aux environs de 15 heures. Son conducteur est venu nous informer à notre poste que lors de son passage dans la ville de Douentza, il a coïncidé avec l’embarquement d’un taureau noir ligoté à bord d’un camion-remorque à la locomotive blanche et au wagon rouge. Il ajouta qu’aux dires des témoins, cet animal aurait été travaillé par Amadou Kouffa pour la prise victorieuse de la ville de Konna dans l’avancée des djihadistes vers le sud du pays », explique le sergent-chef.

Effectivement, ajoute-t-il, deux ou trois heures après, ledit camion dont les indications nous avaient été données, est arrivé à Konna au poste de contrôle. « Il avait à son bord un gros taureau noir, ligoté. À sa vue, moi, j’ai dit au chef du commandement de l’amener à Bima, une bourgade située à 13 km de Konna, et de le fusiller. Comme j’insistais, le chef m’a lancé à brûle-pourpoint, la casquette de Dozo vissée sur le crâne, qu’il était un fils de Kolokani et qu’il savait ce qu’il faisait. Il n’a pas suivi mes conseils et a plutôt instruit au conducteur du camion-remorque de rebrousser chemin en retournant avec l’animal à Douentza où il avait été embarqué. Le conducteur a feint d’obtempérer mais est parti débarquer le taureau noir à Bima au lieu de Douentza… », souligne-t-il.

Selon le sergent-chef Tiesson Diarra, personne n’a su ce qu’est devenu le taureau noir. « Il avait été instruit au conducteur du camion-remorque de retourner avec sa cargaison à Douentza, mais à cause de la grande menace qui planait sur toute la zone, le camion-remorque n’a pu retourner à Douentza ; il est plutôt parti débarquer le taureau noir à Bima, y a passé la nuit pour continuer sa route le lendemain vers Mopti. Or, lorsque les hostilités éclataient le jeudi matin, on a remarqué le passage d’un troupeau de vaches qui longeait la route à gauche, non loin du théâtre d’opération. Et il a été rapporté que le sortilège d’Amadou Kouffa avait été conçu de telle sorte que toute ville ou localité, traversée par le troupeau de bovidés contenant ce taureau noir, serait conquise par les djihadistes », explique-t-il.

L’ultime bataille…

La bataille de Konna s’est déroulée du 9 au 10 janvier 2013. Sur le théâtre de cette opération, selon Bienkènè, les hommes alignés venaient des régions militaires de Gao, Ségou, Koulikoro, Bamako, Kayes, Tombouctou, Mopti, Kidal et Sikasso. C’était sous le commandement des officiers envergure : le lieutenant-colonel Kassoum Goïta qui était à la tête du détachement de Gao ; le lieutenant-colonel Abass Dembélé du Groupement des Commandos volontaires (GCV) ; le lieutenant-colonel Mamadou Massaoulen Samaké qui commandait le détachement de Sikasso ; le capitaine Pascal Berthé qui dirigeait l’artillerie ; le colonel Makan Alassane de la compagnie des renforts ; le capitaine Hamidou Kodio ; le capitaine Tounkantou Koné ; le capitaine Fousseyni Traoré ; le lieutenant Salif Samaké ; le lieutenant Moussa Sidibé du Génie et le lieutenant Guindo, chef du service Shlika.

« La nuit, la menace était très grande. Konna était encerclée et quadrillée par nos forces qui occupaient les différentes positions de la ville. Certains éléments étaient postés sur la route de Korientzé, d’autres au niveau du ravin situé à la hauteur d’une radio privée de la ville. Pendant ce temps, les djihadistes en traient dans la ville à pied, à dos d’âne, à bord des charrettes ou en feignant d’être des bergers transhumants ou des marchands de bétail qui suivaient leurs animaux en cette veille de foire, le jeudi étant le jour de foire à Konna. Mais déjà, quelques jours auparavant, les habitants, alertés par les mouvements inhabituels de leur ville, avaient remarqué que Konna se remplissait de jour en jour d’étrangers. En prélude à l’attaque qui était désormais imminente, des tirs d’obus se sont abattus sur les positions tenues par nos forces, suivis de plusieurs tentatives d’incursion et d’assaut sur ces positions, mais sans succès. Ces tirs qui ont cessé tard dans nuit, ont quand même impacté des dépôts logistiques et usé nos forces qui n’ont pas eu le temps de se réapprovisionner. Cela nécessita le déplacement nocturne du commandant de l’opération, le colonel Didier Dacko qui se rendit sur les lieux, accompagné d’officiers de renseignement et conduite, dont le Commandant Ibrahim Sanogo et le lieutenant – colonel Mamadou B. Traoré, pour rappeler et marteler aux troupes que leur mission était de défendre Konna », témoigne-t-il.

Bienkènè précise également que le lendemain matin, un car de la compagnie SONEF est arrivé au poste de contrôle à Konna, transportant apparemment des civils, dont quatre femmes et deux enfants (un garçon et une fille). « En réalité, ce véhicule qui ressemblait à première vue à un car de transport en commun ordinaire, connu sur cet axe routier, était rempli de djihadistes qui avaient détourné ledit véhicule en faisant débarquer les passagers et en montant à bord, se faisant passer pour des civils. À la vue des femmes et des enfants, les militaires ont laissé le car continuer son chemin jusqu’au poste de gendarmerie, vers la sortie de la ville, à l’emplacement du monument dédié à Damien Boiteux, le premier soldat français tombé en terre malienne dans la croisade contre les islamistes. Croyant avoir à faire à un car de transport de civils, les gendarmes, à leur tour, ont également laissé le car continuer sa progression sans avoir pris le soin de vérifier les identités de ses occupants. Immédiatement, des tirs d’obus retentirent. Un obus atteignit un BRDM – 2 qui était posté à droite sur la route de Gao au niveau du parc à bétail. Le projectile alla tomber juste dans le moteur de l’engin qui prit feu aussitôt. A son bord, se trouvait son pilote, le caporal Abdoulaye Touré dit Bec rouge qui fut la première victime militaire tombée à Konna », raconte-t-il.

Il poursuit en précisant que le car débarqua, au tournant de la route de Takoutala, ses passagers qui étaient en réalité des djihadistes armés jusqu’aux dents qui prirent immédiatement position sur la route de Sévaré et tendirent une embuscade meurtrière à l’entrée et à la sortie de Konna. « Nos forces qui étaient rassemblées à Soufroulaye, à quelques encablures de Sévaré, dont certaines avaient été appelées en renfort, tombèrent tragiquement dans cette embuscade tendue par l’ennemi. Ce fut le carnage. Beaucoup de nos compagnons d’arme sont tombés là-bas », ajoute-t-il.

Sauver la patrie et laver l’affront !

Bienkènè estime aussi que le 10 janvier 2013, dès 8 heures, les forces armées maliennes ont assisté au déferlement d’une impressionnante attaque des djihadistes qui croisa sur son chemin la farouche détermination des fils du pays prêts à verser leur sang pour sauver la patrie et laver l’affront de l’exécution sauvage d’une centaine de leurs compagnons d’arme tombés à Aguelhoc. « Pendant ce temps, d’autres camarades tenaient les secteurs de Bandiagara, Koro et Bankass pour éviter que les djihadistes ne profitent de la concentration de nos efforts sur Konna pour étendre leur offensive à ces localités limitrophes de Sévaré. Ces éléments étaient sous les ordres du colonel Elysée Dao qui commandait le Groupements Tactiques Interarmées (GTIA) de la Garde nationale.  Par la suite, les combats sont devenus âpres. Nous avons reçu une pluie d’obus en provenance du côté du village de Bima, en allant vers Gao, sur la route nationale (RN 16).  En fait, ces tirs étaient une diversion pour contourner les positions de nos forces par le sud. Ces projectiles ont atteint certains de nos blindés positionnés sur le flanc droit du dispositif. Nous avons riposté et les échanges de tirs ont continué presque dans l’après-midi. L’armée tenait fermement ses positions », souligne-t-il.

Le repli tactique…

Mais finalement, continue-t-il, l’ennemi est parvenu à s’infiltrer par le flanc gauche et le flanc droit du dispositif pour lancer une attaque dans notre dos. Ce qui a désorganisé notre plan et obligé nos forces à se regrouper au niveau de la station – service située à la sortie de Konna, à l’emplacement du monument de Damien Boiteux. « Instruction fut donnée à tous les combattants de se disperser. Le commandement ordonna alors le repli tactique. L’ennemi avait réussi à prendre toutes les issues. Il fallait s’extirper de l’engrenage en déverrouillant l’étau qui s’était fermé sur nous. Cela nous a coûté beaucoup de pertes dans nos rangs et des dégâts matériels importants », précise-t-il.

Le sergent-chef Tiesson Diarra estime que l’armée venait de perdre ses positions, le verrou sur lequel elle veillait nuit et jour depuis la chute des trois régions du nord, venait de sauter. « Le bilan était lourd : il y avait beaucoup de blessés et de morts, à telle enseigne que le commandement a imaginé un système d’évacuation des morts pour ne pas saper le moral des combattants. Les blessés se désignaient entre eux pour établir un ordre d’évacuation en fonction de la gravité des blessures des uns et des autres. Les combats se sont poursuivis dans l’après-midi vers Bima, au bord du fleuve dans une plaine verdoyante de bourgoutières et de mangueraies. C’est là où le capitaine du Génie, Fousseyni Traoré a été tué. Il commandait le Génie à Konna », raconte-t-il.

Selon lui, les frappes françaises ont permis à l’armée de rependre ses positions à Konna avant de réussir finalement à chasser l’ennemi et à reprendre le contrôle total de la ville, le 18 janvier 2013. « Ce jour – là, nous sommes accueillis à Konna, en compagnie des soldats français, en libérateurs, acclamés par les habitants en liesse qui jubilent en brandissant les drapeaux malien et français, soulagés d’être débarrassés d’étrangers indésirables à la barbe fournie, teinte de henné et au pantalon re troussé, qui commençaient déjà à leur imposer leur ‘’Sharia’’ sous la menace des fusils… », poursuit-t-il.

Ainsi, le livre  »Koonan, l’ultime bataille pour la liberté » de Modibo Diarra est un très beau témoignage dont l’intérêt historique est indéniable. Voilà pourquoi il mérite d’être lu.

Ousmane BALLO

Source : Ziré

 

Last Updated on 24/08/2023 by Ousmane BALLO

253 thoughts on “10 ans après la bataille de Konna : encore des révélations…

  1. I would like to thank you for the efforts you have put in writing this website. I am hoping the same high-grade site post from you in the upcoming also. Actually your creative writing skills has inspired me to get my own web site now. Really the blogging is spreading its wings fast. Your write up is a great example of it.

  2. You made some good points there. I did a search on the issue and found most individuals will consent with your blog.

  3. What is Alpha Tonic? Alpha Tonic stands as a natural health supplement designed to comprehensively address men’s overall well-being.

  4. What is Boostaro? Boostaro revolutionizes romantic performance enhancement through its reliance on the wisdom of natural ingredients

  5. I’ll immediately clutch your rss as I can’t in finding your email subscription hyperlink or newsletter service.
    Do you have any? Kindly permit me understand in order that
    I could subscribe. Thanks.

    My website ::

  6. It’s actually a cool and helpful piece of info. I’m happy that you just shared this helpful info with us. Please keep us informed like this. Thank you for sharing.

  7. I have read some just right stuff here. Certainly price bookmarking for revisiting. I surprise how a lot effort you place to create this sort of wonderful informative web site.

  8. Thanks for the sensible critique. Me & my neighbor were just preparing to do a little research about this. We got a grab a book from our local library but I think I learned more from this post. I am very glad to see such wonderful information being shared freely out there.

  9. I think other website proprietors should take this site as an example , very clean and good user pleasant layout.

  10. I’ve been absent for a while, but now I remember why I used to love this web site. Thank you, I will try and check back more frequently. How frequently you update your website?

Comments are closed.