Pays dogon : Halte au règne des forces du mal

Malgré la montée en puissance de l’armée qui fait, depuis des mois, la fierté des Maliens, les populations du pays Dogon ne dorment que d’un seul œil jusque-là. Après des semaines d’accalmie, les terroristes ont repris les hostilités, cette fois-ci, en rang dispersé et continuent de terroriser les populations. Le pont Parou-Songobia devient une zone plus dangereuse qu’elle ne l’a été. Déjà, des voix se lèvent et interpellent les autorités. Elles réclament la fin du « règne » des forces terroristes.

« Nous avons senti, à un moment donné, la montée en puissance de l’armée. Nous en avons été fiers. Nous avions espéré la stabilité tant rêvée depuis des années. Mais ces derniers temps, la situation sécuritaire se détériore dangereusement. Attaques ; enlèvements, surtout au niveau du Pont Parou-Songobia ; vols de biens et bétails… nous sommes victimes de tous ces maux ». Ce message est une confidence qui nous a été faite par un habitant de Bankass, dans la région de Bandiagara. Eh oui, la situation sécuritaire n’est pas rose dans cette localité, même si l’armée engrange des résultats spectaculaires dans d’autres zones du pays. Ici, la population se sent délaissée. En tout cas, selon le témoignage d’un élu communal dans le cercle de Bankass.

Les terroristes jouent le roi sur le terrain

L’armée fait de son mieux. Elle se bat pour assurer la sécurité des personnes et leurs biens. Elle mène une lutte implacable contre l’insécurité. Mais au pays dogon, les terroristes continuent à dicter leur loi aux populations, surtout dans les cercles de Bankass et Bandiagara. Le hic encore, c’est même les localités signataires des accords locaux de paix ne sont pas épargnées. « Aujourd’hui, les terroristes jouent le roi sur le terrain sans adversaire aucun et cela malgré la signature des accords locaux dans certaines localités », déplore l’élu communal de Baye, une commune du cercle de Bankass. Selon ce dernier, la nouvelle méthode des terroristes dans les zones où il y a eu des accords locaux, c’est « reprendre les champs cultivables aux agriculteurs pour des zones de pâturage ». Pour M. Ziguimé, les signataires des accords locaux de paix souffrent au même titre que les non signataires. « Au-delà de l’aspect religieux édicté par eux, ils embrassent actuellement le banditisme. On a l’impression que les zones non signataires se sentent plus à l’aise que ceux qui ont signé vu le comportement de ces terroristes sur le terrain », déplore notre interlocuteur qui ajoute que les terroristes créent du « désordre dans toutes les foires, empêchent les commerçants des zones non signataires des accords d’accéder les foires des zones signataire ». Ces forces du mal vandalisent jusqu’à présent, selon notre source, les édifices de l’état. Les mêmes propos sont confirmés par le président du mouvement Baguine SÔ, l’ancien député Hamidou Djimdé. « Dans le cercle de Bankass, certains villages ont signé des pactes de non-agression. Dans certains villages, les djihadistes demandent le paiement de la jakat. On exige à certains villages de fournir des combattants », dit-il avant d’ajouter que les signataires des accords locaux souffrent au même titre que les non signataires

Le pont Parou-Songobia, un enfer pour les passagers

Si la situation n’est pas rose dans l’ensemble dans les cercles de Bandiagara et Bankass, elle est grave sur la Route Nationale N°15, spécifiquement au niveau du pont de Parou-Songobia. A en croire Mamoudou Ziguimé, responsable d’association et élu communal, « la situation va de mal en pis ; le voyage sur la RN15 est devenu quasiment impossible ». Des centaines de personnes ont été tués au niveau de ces ponts. « Il y a eu plus 300 morts sur ce pont, quelques dizaines de véhicules incendiés et d’autres emportés », déplore Hamidou Djimdé. La dernière attaque au niveau de pont a été commise contre un camion qui devait approvisionner l’EDM en carburant. « Les terroristes voulaient amener la citerne mais avec la promptitude du gouverneur de Bandiagara et les FAMa, le camion a été sauvé. Le pont Songobia-Parou demeure une épine dans le pied des autorités », affirme le leader du mouvement Baguine SÔ. « Les terroristes, au lieu de se regroupés dans les sanctuaires, ils sont dispersés dans des villages pour mener des actions spectaculaires. C’est ce qui fait que depuis un certain moment, depuis le début du mois d’Avril, il y a un regain de violence sporadiques : des pauses de mine, l’attaque entre Bandiagara-Bankass, des enlèvements. Il y a une recrudescence des violences dans le cercle de Bankass et dans le cercle de Bandiagara », ajoute Adaman Diongo, président du collectif des associations du pays Dogon qui a également soulevé ses inquiétudes en ce qui concerne la situation du pont de Parou.

Plus d’une centaine de personnes en otage depuis novembre 2021

En novembre2021, plus d’une centaine de personnes ont été enlevées par les terroristes entre Bankass-Bandiagara. Si les deux cars ont été libérés, plus de la centaine de passagers restent toujours dans les mains de leurs ravisseurs. La question a été évoquée lors de l’interpellation du Premier ministre par le CNT. « Les Bankassois ne peuvent pas aller à Bamako. Nous sommes quotidiennement victimes d’enlèvements, de tueries. Plus de 100 ressortissants du cercle Bankass sont en otage depuis des mois. Nous n’avons toujours pas leurs nouvelles », a dénoncé une ressortissante de Bankass lors d’une manifestation le 28 avril dernier.

Ce qui est recommandé aux autorités de la transition


L’armée malienne a la capacité et les moyens de mettre en déroute ces terroristes dans le pays dogon. Les autorités, selon nos interlocuteurs, doivent installer une base au niveau du pont de Parou-Songobia. « Il faut mettre en place une base militaire au niveau du pont de Parou. Ça pourra apaiser la situation et diminuer les attaques. Ce travail, il faut le faire très rapidement », recommande Mamoudou Ziguimé . La même recommandation a été faite par Hamidou Djimdé et Adaman Diongo. Pour Diongo, « pour réduire ces actions macabres, il faut mettre en place une sorte de collaboration fonctionnelle entre les chasseurs et l’armée ».

B. Guindo

Source: Le Pays

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