Pénurie et prix anarchique du carburant : faut-il craindre une rupture générale ?

Il n’est un secret pour personne que le prix du carburant connaît actuellement une hausse considérable dans beaucoup de localités du Mali. Si à Bamako, ces prix varient entre 700 et 800F CFA selon des stations, dans d’autres localités à l’intérieur du pays, le litre d’essence est vendu entre 2000 et 2500F CFA. C’est le cas dans les cercles de Koro, Douentza au centre du Mali. A Kéniéba dans la région de Kayes, le litre d’essence coûte entre 3000 et 3500F CFA. Malgré son prix exorbitant, l’essence se fait rare dans ces différentes localités. Cette situation préoccupe beaucoup les populations qui craignent une rupture du produit.

La question d’une rupture générale paraît certainement bête, mais elle garde une part de légitimité et de logique au vu des réalités du moment. Dans le passé, nous avons souvent connu des déséquilibres au cours d’une journée peut être dus à une grève générale, mais de là à passer des semaines avec des prix qui varient d’une région à une autre dans le même Mali est tout à fait inhabituel, d’où l’inquiétude de beaucoup de Maliens.

Au cours de la semaine dernière, sur deux journées consécutives, les habitants de Koro et de Douentza ont dû payer cher pour avoir du carburant pour leurs engins. Dans des images d’amateurs que l’on peut encore retrouver sur les réseaux sociaux, l’on voit des clients se ruer sur des stations à Koro comme à Douentza juste pour avoir un litre d’essence même à prix d’or. « Le prix d’un litre d’essence à Koro dans les stations est à 700F CFA, mais les commerçants détaillants le vendent à 2000 FCFA », témoigne Hamidou Guindo, un habitant de la ville de Koro.

Une semaine avant, des rumeurs faisaient état que le litre était vendu entre 3000 et 3500F CFA à Kéniéba. Joint par téléphone, Aldouma Doa, un habitant de Kéniéba, témoigne : « Effectivement, le litre d’essence a été vendu à Kéniéba à 3500F CFA et même jusqu’à 5000F CFA par endroits. En fait, ce jour-là, seulement deux stations fonctionnaient. Pensant à une rupture d’essence, certains sont allés faire le plein de bidons de vingt litres pour revendre litre entre 3500F CFA et 5000F CFA en détail. Heureusement, la situation n’a pas duré, parce que les forces de sécurité sont intervenues pour stopper la pratique. »

Selon lui, actuellement à Kéniéba, le prix de station est de 762F CFA contre 1000 à 1500F CFA le litre à la bouteille. « Dans certains villages et hameaux de Kéniéba le litre est parfois cédé à 2000F CFA », a-t-il ajouté.

Pour certains cette hausse de prix s’explique par la guerre entre la Russie et l’Ukraine ou encore par l’embargo de la CEDEAO et de l’UEMOA contre le Mali. Mais d’autres estiment qu’il n’en est rien, puisqu’à Bamako le litre d’essence est vendu à 762 FCFA et celui du gas-oil à 760 FCFA. Aussi, cette grande différence de prix est perçue par certains comme une inégalité en terme d’accès aux produits de premières nécessités.

Ce qui est certain, c’est qu’avoir du carburant aujourd’hui dans certaines localités est devenu la croix et la bannière. En plus de sa cherté, les populations de ces localités concernées déplorent le prix exorbitant par endroits et par moments. Elles s’inquiètent tout de même de la pénurie du produit.

Même si l’on sait qu’une rupture n’est pas pour l’heure d’actualité à Bamako comme dans d’autres grandes villes du pays, il est quand même souhaitable que les autorités continuent de veiller sur la disponibilité du produit et sur le respect du prix plafond indiqué partout au Mali.

Amadou Kodio

Source : Ziré