VIH/Sida au Mali : un cadre légal existe, mais la stigmatisation persiste

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Au Mali, les personnes vivant avec le VIH/Sida continuent de faire face à de nombreuses difficultés, notamment la stigmatisation, les discriminations sociales et professionnelles, ainsi que des atteintes à leur vie privée. Dans ce contexte, la question de la protection juridique dont elles bénéficient demeure au cœur des débats. La législation malienne protège-t-elle réellement les personnes séropositives ou existe-t-il un décalage entre les textes et leur application sur le terrain ? À travers les analyses d’experts, d’acteurs sociaux et de personnes concernées, ce reportage tente d’apporter des éléments de réponse.

D’un point de vue juridique, le Mali dispose d’un ensemble de textes visant à garantir les droits des personnes vivant avec le VIH/Sida. Ces dispositions s’appuient notamment sur la Constitution, les lois relatives à la santé publique et plusieurs engagements internationaux.

Selon Ibrahim Khalid Ben Mamata Touré, juriste, le VIH/Sida est reconnu comme une maladie encadrée par différents textes législatifs. Parmi eux figure la loi n°02-044 du 24 juin 2002 relative à la santé de la reproduction, dont l’article 6 impose à toute personne séropositive d’informer son partenaire et de prendre les mesures nécessaires pour éviter toute contamination. « La Constitution malienne protège également les citoyens contre la discrimination et garantit l’accès aux soins ainsi que le respect du secret médical », explique le juriste.

Le Code pénal malien prévoit également des dispositions spécifiques, notamment en érigeant la transmission volontaire du VIH/Sida en infraction. À cela s’ajoutent les engagements internationaux du Mali avec des organisations comme l’OMS, ONUSIDA ou encore le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Pour Me Touré, ces textes offrent en principe une protection contre les abus, les discriminations sociales ou professionnelles et contribuent à préserver la dignité des personnes concernées.

Des stratégies nationales pour renforcer la protection

Au niveau institutionnel, plusieurs initiatives ont été mises en place pour renforcer la réponse nationale. Joseph Dougnon, de la Cellule nationale de lutte contre le Sida, rappelle que le pays dispose notamment de la loi n°06-028 du 29 juin 2006 relative à la prévention, à la prise en charge et au contrôle du VIH/Sida.

Il souligne également que le Cadre stratégique national 2022-2026 prévoit un renforcement des droits des personnes vivant avec le VIH et des populations vulnérables. « L’objectif est que d’ici fin 2026, les obstacles liés aux droits humains, au genre et à l’accès aux services soient levés, y compris dans les zones de conflit et d’accès difficile », explique-t-il.

Cependant, malgré ces avancées juridiques et stratégiques, l’écart entre les textes et la réalité reste important, reconnaît-il. Si le cadre légal est relativement étoffé, son application effective demeure un défi majeur. Pour Me Touré, l’efficacité des lois dépend aussi de leur mise en œuvre et de la précision des sanctions. « Pour améliorer leur impact sur la santé publique, il serait nécessaire de préciser davantage la nature des sanctions pour chaque infraction afin de mieux protéger les personnes vivant avec le VIH », recommande-t-il.

Du côté de la Cellule nationale de lutte contre le Sida, Joseph Dougnon admet également que la stigmatisation persiste, y compris dans certains services de santé. « Le Mali dispose aujourd’hui d’un cadre stratégique plus précis et plus centré sur les droits humains. Mais le véritable défi reste de transformer ces textes en réalité : réduire la stigmatisation, rapprocher les services des populations et garantir un financement durable », souligne-t-il.

Le témoignage d’une vie marquée par la stigmatisation

Au-delà des textes, la réalité quotidienne des personnes séropositives reste souvent difficile. Maïmouna Togola, séropositive depuis 2005, raconte un parcours marqué par le rejet et l’exclusion. « Je ne me rappelle pas avoir été protégée. Quand j’ai contracté la maladie et perdu mon mari à cause du VIH, j’ai été expulsée de mon logement. Ma famille aussi s’est éloignée de moi, personne ne voulait m’approcher », confie-t-elle.

Elle explique n’avoir jamais réclamé ses droits, faute d’information et d’instruction. Sa situation s’est améliorée après son accompagnement par le Centre d’Écoutes, de Soins, d’Animations et de Conseils (CESAC), qui l’a aidée à changer de quartier et à reprendre progressivement une vie normale.

Pour les organisations engagées dans la lutte contre le VIH, la problématique dépasse largement l’existence des lois. Hawa Oumar Dicko, administratrice de l’action sociale et chargée du suivi-évaluation des activités communautaires à ARCAD Santé Plus, estime que la situation reste complexe.

« La loi protège les personnes vivant avec le VIH, mais dans la pratique il y a encore beaucoup de stigmatisation et de discrimination », explique-t-elle.

Selon elle, les personnes séropositives rencontrent encore des difficultés dans l’accès aux soins, au travail ou au logement, surtout lorsque leur statut sérologique est connu dans leur entourage.

Elle reconnaît toutefois les efforts engagés par l’État malien et les organisations de la société civile, notamment à travers le Plan stratégique national intégré 2023-2026, qui vise à réduire de 60 % la mortalité liée au VIH.

Au terme de ces analyses et témoignages, un constat s’impose : le Mali dispose bel et bien d’un cadre juridique de protection des personnes vivant avec le VIH/Sida. Toutefois, les défis restent nombreux pour traduire ces dispositions dans la vie quotidienne.

La sensibilisation des populations, la vulgarisation des lois, le renforcement de l’accompagnement social et la lutte contre la stigmatisation apparaissent aujourd’hui comme des priorités pour garantir une véritable protection des personnes concernées.

Car au-delà des textes, l’enjeu demeure le même : faire en sorte que personne ne soit laissé de côté dans la lutte contre le VIH/Sida.

Amadou Kodio / Afrikinfos-Mali

Last Updated on 12/03/2026 by Ousmane BALLO

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