Choc à Niamana : la filière viande secouée

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La lutte contre l’occupation anarchique de l’espace public à Bamako franchit un cap avec des opérations d’envergure, dont la démolition du parc à bétail de Niamana. Présentée comme une action nécessaire pour restaurer l’ordre, la sécurité et la salubrité urbaine, cette décision marque un tournant. Mais au-delà de l’enjeu urbain, elle agit comme un révélateur et un facteur aggravant des fragilités de la filière bétail-viande, pilier essentiel de l’économie et de la sécurité alimentaire.

Le parc à bétail de Niamana n’était pas un simple espace informel. Il constituait un nœud central dans l’approvisionnement de Bamako en bétail, reliant zones de production rurales, convoyeurs, grossistes et bouchers urbains. Sa disparition soudaine entraîne une rupture immédiate dans les circuits traditionnels.

En l’absence de site de substitution pleinement fonctionnel, les flux se dispersent. Les transactions deviennent plus informelles, moins organisées, et surtout plus coûteuses. Le résultat est mécanique : une hausse des prix du bétail à l’entrée de la ville, répercutée ensuite sur le prix de la viande.

La filière viande, déjà sous pression en raison de la hausse du coût de l’aliment bétail et de l’érosion du cheptel, subit un choc supplémentaire. Le déguerpissement de Niamana agit comme un catalyseur d’inflation.

Les transporteurs doivent parcourir de plus longues distances ou négocier dans des circuits moins structurés. Les bouchers, quant à eux, font face à une raréfaction relative de l’offre et à une instabilité des prix d’achat. Cette situation réduit leurs marges et accentue la volatilité des prix pour les consommateurs.

Dans un contexte où le pouvoir d’achat est déjà fragilisé, la viande, produit de base pour de nombreux ménages, devient encore moins accessible.

Déplacement du problème plutôt que résolution

L’un des principaux risques observés après le déguerpissement de Niamana est le phénomène de reconstitution ailleurs. Des activités commencent déjà à se redéployer de manière anarchique de l’autre côté de la route ou dans d’autres zones périphériques.

Pour la filière viande, cela signifie une fragmentation accrue des marchés à bétail. Or, cette dispersion nuit à la transparence des prix, à la traçabilité des animaux et à l’efficacité des contrôles sanitaires. Autrement dit, sans encadrement, le problème ne disparaît pas. Il se complexifie.

Faladié : vers un effet domino ?

L’opération en cours au garbal de Faladié confirme une tendance lourde : la volonté des autorités de reprendre le contrôle des espaces stratégiques. Mais elle soulève aussi une inquiétude majeure pour la filière.

Si plusieurs marchés à bétail sont démantelés sans solutions alternatives coordonnées, c’est l’ensemble du système d’approvisionnement de Bamako qui risque d’être désorganisé. Un effet domino susceptible d’entraîner une hausse durable des prix de la viande ; une baisse de l’offre sur les marchés ; et une précarisation accrue des acteurs de la chaîne.

Le dilemme est clair : comment concilier la nécessité de rendre la ville plus fluide, plus sûre et plus moderne, avec celle de garantir un approvisionnement stable en denrées essentielles ?

Le déguerpissement de Nyamana met en évidence une limite majeure des politiques actuelles : l’absence d’anticipation suffisante des impacts économiques sectoriels.

Une réforme urbaine efficace ne peut se limiter à libérer des espaces. Elle doit intégrer une logique d’aménagement économique, en particulier pour des filières aussi sensibles que celle de la viande.

Quelles réponses pour stabiliser la filière ?

Pour éviter une crise durable, plusieurs leviers apparaissent indispensables. Il s’agit de la relocalisation rapide et structurée des marchés à bétail, avec des infrastructures adaptées ; de l’organisation des circuits d’approvisionnement, afin de limiter les surcoûts logistiques ; de la régulation des prix, notamment sur les intrants comme l’aliment bétail ; et du renforcement du dialogue entre autorités, interprofessions et collectivités.

La Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali pourrait jouer un rôle clé dans cette transition, en facilitant la concertation et en accompagnant la structuration du secteur.

Ce qui est certain, c’est que le déguerpissement du parc à bétail de Niamana dépasse largement le cadre d’une opération d’assainissement urbain. Il constitue un test de gouvernance économique.

S’il est suivi de mesures structurantes, il peut ouvrir la voie à une modernisation durable de la filière bétail-viande. Dans le cas contraire, il risque d’accentuer les déséquilibres existants et de fragiliser davantage l’accès des populations à une ressource essentielle.

Inutile de rappeler que Bamako est aujourd’hui à un carrefour. L’ambition de transformation urbaine est réelle, mais elle ne pourra aboutir sans une intégration fine des réalités économiques informelles.

Car derrière chaque déguerpissement, ce sont des chaînes de valeur entières qui sont impactées. Et dans le cas de Niamana, c’est toute la filière viande qui rappelle une évidence : on ne réorganise pas une ville sans réorganiser en même temps les circuits qui la nourrissent.

Ousmane BALLO

Source : Ziré

Last Updated on 23/04/2026 by Ousmane BALLO

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