Lutte contre les violences à l’égard des femmes et filles : La nécessité de renforcer les mécanismes

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Le Mali, pays de l’Afrique de l’Ouest, comme plusieurs autres pays d’Afrique, reste toujours dominé par des normes sociales et des pesanteurs culturelles qui continuent d’entraver le pouvoir d’agir des femmes pour faire entendre leur voix et de faire respecter leurs droits.  Dans ce reportage, l’on retient la nécessité de renforcer les mécanismes de lutte contre les violences à l’égard des femmes et des filles.

« Nous constatons, le plus souvent, que les sanctions ne sont pas à la hauteur des actes commis ». Une réaction de Mme Bintou Founè Samaké de Women in Law and Development in Africa (WILDAF Mali), qui appelle les décideurs à s’impliquer davantage dans la lutte contre les violences basées sur le genre au Mali. Estimant que ces violences, à majorité sexuelles, touchent presque toutes les catégories de femmes, Mme Bintou Founè Samaké témoigne : « Les victimes de ces violences sexuelles sont entre 3 et 85 ans ».

Ainsi, elle invite les victimes à ne pas garder le silence. « En gardant le silence, les victimes peuvent s’autodétruire », ajoute-t-elle. Aux décideurs, Mme Bintou Founè Samaké demande le renforcement du mécanisme de lutte contre ces violences. « Il faut former tous les hommes des corps habillés. Il faut aussi renforcer les capacités des magistrats, qui sont appelés à pouvoir sanctionner les auteurs de ces violences sexuelles. Il faut sensibiliser les magistrats, les renforcer, les accompagner et mettre à leurs dispositions des outils nécessaires visant à protéger les femmes et les filles contre ces violences sexuelles », insiste-t-elle.  

Dans plusieurs communautés au Mali, les femmes et les filles sont très souvent exposées à des violences au nom des pratiques traditionnelles ou religieuses.  Parmi ces formes de violence, celle la plus rependue est bien le mariage précoce, qui est devenu normal au sein de certaines communautés du pays, bien que des leaders religieux à l’image de l’imam Cheick Ibrahim Diallo de Bamako, appelle à une meilleure compréhension de la religion musulmane.  « L’islam ne fixe pas un âge précis pour le mariage, mais il insiste sur la maturité physique et mentale des mariés. Malheureusement, certains marient leurs filles trop tôt, sans les préparer à la vie conjugale. Cela va à l’encontre de l’esprit même de l’islam, qui prône la protection, l’éducation et le respect de la femme. Le mariage est permis, mais pas au détriment de la dignité », précise l’imam Cheick Ibrahim Diallo.

Chez les citoyens, le débat est loin d’être tranché. Entre préservation des traditions et besoin de changement, les avis sont partagés. Mme Fatoumata Niambélé, 42 ans et vendeuse au marché de Sabalibougou à Bamako, pense que le mariage précoce fait partie de la culture malienne. « Moi-même, j’ai été mariée à 15 ans. C’était comme ça à l’époque. On ne parlait pas d’école. Aujourd’hui, les choses ont changé. Mais dans les villages, ça continue », soutient-elle.

Moussa Camara, un psychologue et spécialiste des violences basées sur le genre, explique qu’une fille mariée trop tôt est souvent soumise, isolée, et exposée à des violences sexuelles et psychologiques. « Elle n’a pas la maturité émotionnelle pour faire face à la vie de couple et cela peut entraîner des traumatismes profonds : anxiété, dépression, sentiment de rejet », précise-t-il.

Des mesures en place !

« Les formes de violences à l’égard des femmes et des filles au Mali sont surtout les violences physiques, psychologiques, sexuelles, les mariages précoces et forcés et les violences économiques », nous témoigne Mme Nansa Konaté, membre de l’Alliance Droits et Santé du Mali et du Groupe Pivot Droits et Citoyenneté des Femmes (GP/DCF).

Selon Mme Nansa, le Mali a mis en place plusieurs dispositifs pour lutter contre ces violences. Il s’agit, pour elle, du Code Pénal ; du Code de protection de l’enfant ; de la loi sur la prévention et la répression de la traite des personnes ; du programme national pour l’abandon des violences basées sur le genre (PNVBG) ; de la collaboration avec les Organisations de la Société Civile dans une synergie d’action.

Mme Nansa Konaté estime également que le fonctionnement de ces mécanismes concerne la prévention des violences ; la prise en charge et la protection des victimes ; et enfin la Coordination des actions en faveur de la lutte contre les violences à l’égard des femmes et des filles sous toutes ses formes. « Le plan National de lutte contre les violences basées sur le genre est un document stratégique adopté par le gouvernement du Mali pour prévenir toutes les formes de violences à l’égard des femmes et des filles ; améliorer la prise en charge des survivantes ; garantir la coordination avec les organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers », ajoute-t-elle.

Malgré ces efforts consentis à tous les niveaux, Mme Nansa Konaté souligne que ce Plan National de lutte contre les violences basées, ne suffit pas pour protéger les femmes et les filles contre les violences. « Non, le plan à lui seul ne suffit pas. Il faut une meilleure application des textes et des lois ; il faut des moyens (financiers et humains) et l’implication de tous (synergie d’action) », lance-t-elle.

Le PNVBG est resté muet…

Le Code Pénal et le Code de protection de l’enfant existent déjà pour une meilleure protection des femmes et des filles contre les violences basées sur le genre au Mali. Aussi, la loi sur la prévention et la répression de la traite des personnes ; le Plan National de lutte contre les violences basées sur le genre ; le programme national pour l’abandon des violences basées sur le genre (PNVBG)…, le dispositif ne manque pas, les acteurs non plus, pour une meilleure protection des femmes et des filles contre les violences dans toutes ses formes. Mais dans la pratique, il faudrait encore plus d’engagement, plus d’ouverture et plus de responsabilité pour parvenir à l’abandon total de cette pratique.

NB : Cet article a été produit avec le soutien de l’Alliance Droits et Santé.

Ousmane BALLO

Source : Ziré