Dernier volet d’une série en trois articles proposée par APA, ce texte s’intéresse aux choix stratégiques des autorités sénégalaises pour accompagner l’essor du secteur pétrolier et gazier : formation d’une main-d’œuvre qualifiée, infrastructures adaptées et soutien à l’industrialisation, au service d’une croissance inclusive et durable.
Alors que le Sénégal entre dans une phase active d’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières, les autorités multiplient les initiatives pour garantir une exploitation durable, inclusive et à forte valeur ajoutée locale. La stratégie repose notamment sur trois piliers : la formation d’une main-d’œuvre qualifiée, le développement d’infrastructures gazières et le soutien à l’industrialisation nationale.

Au cœur de cette dynamique se trouve l’Institut national du pétrole et du gaz (INPG), qui veut jouer un rôle structurant dans la montée en compétence des Sénégalais dans le secteur extractif. Placé sous la direction de Dr Fall Mbaye depuis juillet 2024, l’établissement ambitionne de devenir un pôle d’excellence régional.
« Nous avons répertorié 1 000 métiers dans le secteur pétrole, gaz et mines », affirme Dr Mbaye, précisant que chacun de ces métiers pourrait générer jusqu’à 20 000 emplois. Pour répondre à cette demande, l’INPG s’est fixé pour objectif de former 15 000 techniciens à travers un partenariat avec le Fonds de financement de la formation professionnelle et technique (3FPT).
L’établissement accueille déjà des étudiants étrangers, comme une vingtaine de Tchadiens. Il innove également dans ses offres de formation.
« Nous formons aujourd’hui des inspecteurs qui maîtrisent l’ensemble de la chaîne de l’aval : raffinage, transport, stockage et distribution du carburant », se réjouit le directeur.
Un centre BOSIET à Diamniadio
Pour favoriser l’accès à l’emploi offshore, l’INPG a lancé la construction à Diamniadio d’un centre de formation BOSIET (Basic Offshore Safety Induction and Emergency Training), certification indispensable pour embarquer sur les plateformes. « C’est comme un passeport pour le secteur. Les travaux vont démarrer dans deux semaines », a annoncé Dr Mbaye lors d’un entretien fin juin avec APA.
Parallèlement, l’INPG renforce son autonomie pédagogique : alors que 85 % des cours étaient dispensés par des formateurs étrangers en 2024, cette part est tombée à 60 %. « Nous visons 80 % de formateurs sénégalais d’ici 2027 », affirme M. Mbaye.
Des collaborations avec des partenaires nationaux et internationaux – Petrosen, SAR, BP, Woodside, Kosmos, Modec – permettent de mettre en pratique ces formations. « Nous formons aujourd’hui les techniciens de Woodside ici à Dakar, après des sessions à Londres ou en Australie », souligne Dr Mbaye.
L’INPG s’implique aussi dans l’accompagnement technique des PME dans le cadre du projet GTA (Grand Tortue Ahmeyim), contribuant ainsi à l’objectif national d’atteindre 50 % de contenu local d’ici 2030.
« Beaucoup de PME n’ont ni la compétence technique ni l’accompagnement », rappelle le directeur.

En outre, la stratégie sénégalaise de valorisation du gaz repose en grande partie sur le Réseau gazier du Sénégal (RGS), qui coordonne le développement des infrastructures de transport du gaz issu des projets GTA, Yakaar-Teranga et Sangomar.
« Sans réseau, nous ne pourrons pas prendre ce gaz produit pour l’utiliser », explique Pape Momar Lô, directeur général du RGS.
Ce réseau permettra d’acheminer le gaz vers les centrales électriques (Tobène, Mboro, Cap-des-Biches) dans le cadre de la stratégie Gas to Power. A terme, cela permettra de produire de l’électricité à moindre coût et de « réduire les factures d’électricité ». Ce basculement vers le gaz naturel offre aussi des bénéfices environnementaux, avec « des gains carbone de 30 millions de mètres cubes ».
Valorisation locale du gaz
Une autre orientation stratégique, le Gas to Industry, permettra d’alimenter des secteurs industriels clés comme les cimenteries, les usines d’urée ou le secteur minier.
« Lorsqu’elles sont alimentées en gaz, les cimenteries pourront produire à moindres coûts, ce qui impactera positivement le coût de la vie », détaille M. Lô.
Pour Petrosen Holding, la compagnie nationale des hydrocarbures, la transformation économique passe par une gestion rigoureuse et productive des revenus issus du pétrole et du gaz. Papa Samba Ba, directeur du contrôle des opérations, met l’accent sur une nouvelle approche : « Les sociétés nationales comme Petrosen et Somisen sont en train d’impulser une nouvelle façon de voir les choses. L’argent doit aller vers des projets productifs ».
Selon lui, la viabilité à long terme de l’exploitation repose aussi sur le respect des engagements sociaux et environnementaux.
« Ce sont des plans qui devront être mis à jour au fur et à mesure que la connaissance avance », dit-il à propos des projets GTA et Sangomar.
Le récent accord signé entre le Sénégal et la Mauritanie pour harmoniser leur politique de contenu local dans le cadre de GTA est perçu comme un pas en avant. Il permet aux entreprises nationales de collaborer davantage, renforçant leur poids face aux multinationales : « Il encourage les sociétés à se mettre ensemble pour peser davantage ».
Enfin, Petrosen envisage des synergies entre les ressources gazières et les industries minières : aciérie, production d’urée ou raffinage local.
« Ces ressources doivent être un catalyseur du développement », conclut Papa Samba Ba.
Source: apanews.net
Last Updated on 24/07/2025 by Ousmane BALLO

