L’exécution du budget de l’État malien pour l’exercice 2025 révèle des recettes de 2 836,7 milliards de FCFA, supérieures de 97 milliards aux prévisions. En même temps, les dépenses exécutées sont restées en dessous des crédits prévus. Ces résultats méritent une analyse approfondie, en particulier concernant l’équilibre budgétaire et la qualité de la dépense publique.
Le Conseil des ministres du vendredi 23 octobre 2026, réuni au Palais de Koulouba sous la présidence du Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition et Chef de l’État, a adopté le projet de loi portant règlement du budget de l’État pour l’exercice 2025.
Les chiffres montrent une performance supérieure aux attentes en matière de recettes publiques. Sur un objectif initial de 2 739,697 milliards de FCFA, l’État a collecté 2 836,707 milliards de FCFA, soit un taux de réalisation de 103,54 %.
En valeur absolue, les recouvrements ont dépassé les prévisions de 97,010 milliards de FCFA. Ce résultat signifie que les recettes effectivement encaissées ont dépassé les objectifs fixés dans le budget.
Cependant, ce dépassement ne suffit pas à conclure à une amélioration structurelle de la mobilisation des ressources publiques. Pour comprendre l’impact économique, il faudrait connaître la contribution de chaque catégorie de recettes, leur évolution par rapport à 2024 et la part respective des recettes fiscales et non fiscales.
L’analyse de ces éléments permettrait de savoir si la performance observée provient d’une progression durable des ressources de l’État ou de facteurs propres à l’exercice 2025.
Du côté des dépenses, les crédits prévus s’élevaient à 3 279,886 milliards de FCFA. L’exécution s’est terminée à 3 091,253 milliards de FCFA, soit un taux d’exécution de 94,25 %.
L’écart entre les prévisions et les dépenses exécutées est de 188,633 milliards de FCFA. Cela signifie que près de 5,75 % des dépenses initialement prévues n’ont pas été réalisées pendant l’exercice, selon les données fournies.
Cette différence nécessite une interprétation prudente. Une exécution inférieure aux prévisions peut indiquer une maîtrise des dépenses, mais elle peut aussi s’expliquer par des retards dans la mise en œuvre des projets, des difficultés d’exécution administrative ou l’impossibilité de consommer certains crédits.
Le document présenté au Conseil des ministres ne précise pas les raisons de cet écart. Il ne permet donc pas d’évaluer si les dépenses non exécutées représentent des économies réelles ou des activités et investissements non réalisés comme prévu.
Cette distinction est cruciale : la discipline budgétaire ne se mesure pas seulement par la réduction des dépenses, mais aussi par la capacité de l’État à utiliser les ressources disponibles pour atteindre ses objectifs.
Un écart budgétaire à analyser
La comparaison entre les recettes et les dépenses exécutées révèle un écart négatif de 254,546 milliards de FCFA, car les dépenses dépassent les recettes encaissées.
Ce montant correspond à la différence arithmétique entre les deux agrégats. Il ne doit toutefois pas être automatiquement considéré comme un déficit budgétaire officiel, dont le calcul et l’interprétation nécessitent de prendre en compte les règles comptables applicables, les opérations budgétaires concernées et les modalités de financement de l’État.
Cette situation soulève un enjeu majeur pour les finances publiques : même quand les recettes dépassent les objectifs, leur niveau peut rester inférieur aux dépenses exécutées.
Pour évaluer correctement l’équilibre financier de l’exercice 2025, il serait important d’examiner le solde budgétaire officiel, les ressources de financement mobilisées, les charges de la dette et les éventuels arriérés de paiement.
Ces informations permettraient de mieux comprendre les besoins de financement de l’État et leurs conséquences sur la gestion de la trésorerie.
Au-delà des chiffres, l’adoption du projet de loi de règlement constitue une étape importante dans le contrôle de l’exécution budgétaire.
Ce texte permet de constater les montants définitifs des recettes encaissées et des dépenses ordonnancées. Il sert également à rendre compte de la gestion de la trésorerie, à arrêter les comptes et les états financiers de l’État, à régulariser certaines opérations budgétaires et à rendre compte des résultats des programmes.
Son examen par le Conseil national de Transition (CNT) doit ainsi contribuer au contrôle de l’utilisation des ressources publiques et à l’évaluation des écarts entre les prévisions et les réalisations.
Pour que cet exercice aboutisse à une véritable appréciation de la performance publique, l’analyse ne doit pas se limiter aux taux de recouvrement et d’exécution. Elle doit également porter sur la destination des dépenses, les résultats obtenus et les effets des programmes financés sur l’économie et les conditions de vie des populations.
Le défi : transformer les recettes en résultats économiques
Les données de l’exercice 2025 montrent deux constats majeurs : les recettes publiques ont dépassé les prévisions, tandis que les dépenses exécutées sont restées inférieures aux montants initialement programmés.
Ces résultats constituent une base utile pour évaluer la gestion budgétaire, mais ils ne suffisent pas à mesurer l’efficacité globale de la politique financière de l’État.
L’enjeu est maintenant de rapprocher les résultats financiers des réalisations concrètes. Les ressources mobilisées ont-elles permis de financer les investissements prioritaires ? Les crédits prévus pour les services publics ont-ils été utilisés dans les délais ? Quels résultats ont réellement produit les programmes budgétaires ?
Les réponses à ces questions sont essentielles pour évaluer la qualité de la dépense publique et la contribution du budget à l’activité économique.
Au Mali, le bilan budgétaire de 2025 met en évidence une double exigence : consolider la mobilisation des recettes et renforcer l’efficacité de leur utilisation. Car la performance des finances publiques ne dépend pas seulement de la capacité à encaisser davantage de ressources, mais aussi de celle à les convertir en investissements, en services publics et en résultats mesurables pour la population.
Ousmane BALLO
Source : Le Capital
