Réunis le 12 août 2026 à Bamako, les principaux acteurs du secteur de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement (EHA) ont engagé une nouvelle étape dans l’appropriation du Pacte de durabilité 2026-2035. L’initiative vise à transformer les engagements pris en actions concrètes, avec l’ambition d’améliorer durablement l’accès des populations aux services essentiels.
L’accès à l’eau potable et à l’assainissement ne se résume pas à la construction d’infrastructures. Leur pérennité, leur entretien, leur gouvernance et leur accessibilité à toutes les catégories de la population constituent désormais des enjeux majeurs. C’est dans cette perspective que la Coalition Nationale – Campagne Internationale pour l’Eau, l’Hygiène et l’Assainissement (CN-CIEPA), avec l’appui financier de WaterAid Mali, a organisé, mercredi 12 août 2026, un atelier de dissémination du Pacte de durabilité 2026-2035.
La rencontre, tenue au Conseil national du Patronat du Mali à Bamako, a réuni des représentants des départements ministériels chargés de l’eau et de l’assainissement, des partenaires techniques et financiers, des organisations internationales, des collectivités territoriales, de la société civile et d’autres acteurs intervenant dans le secteur.
L’objectif principal de l’atelier était de favoriser l’appropriation du Pacte par l’ensemble des parties prenantes à l’horizon 2028, afin de faciliter sa mise en œuvre effective. Il s’agissait notamment de permettre à chaque acteur de mieux comprendre son rôle et ses responsabilités, mais également de créer une dynamique de collaboration autour des engagements contenus dans le document. Les participants devaient aussi réfléchir à une feuille de route permettant de traduire les orientations du Pacte en actions concrètes.
Le Mali s’est fixé l’objectif d’atteindre l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement d’ici 2030, conformément à l’ODD 6 et à ses engagements continentaux et nationaux.
Le nouveau Pacte de durabilité s’inscrit dans cette ambition. Il succède à un premier pacte couvrant la période 2014-2023 et élargit la démarche à l’échelle sectorielle pour la période 2026-2035.
Le document se veut un cadre d’engagement réunissant l’État, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé, les médias ainsi que les populations. Son ambition est de garantir non seulement la réalisation des infrastructures, mais surtout leur fonctionnement durable et leur capacité à répondre aux besoins des communautés.
Trois piliers pour assurer la durabilité
Le Pacte 2026-2035 repose sur trois axes majeurs. Le premier concerne la gouvernance renforcée, avec l’objectif d’améliorer la planification, la transparence et la redevabilité des acteurs. Le deuxième porte sur la durabilité des infrastructures. Il s’agit de garantir leur maintenance, leur résilience et l’efficacité des investissements réalisés. Et enfin le troisième axe est consacré à l’équité et à l’inclusion, afin de réduire les disparités entre les zones urbaines et rurales et de permettre aux populations les plus vulnérables d’accéder à des services fiables et dignes.
Ces trois dimensions traduisent une évolution de l’approche du secteur : construire davantage, mais surtout faire en sorte que les ouvrages réalisés restent fonctionnels et accessibles dans le temps.
Dans son mot de bienvenue, Bourama Tabalaba, directeur exécutif de la CN-CIEPA/WASH, a rappelé l’engagement de longue date de la société civile en faveur d’un accès équitable aux services EHA. « En tant qu’acteurs de terrain, nous, organisations de la société civile, avons compris combien l’eau et l’assainissement sont au cœur de la dignité humaine, de la santé publique, de l’éducation et du développement économique », a-t-il souligné.
Il a également attiré l’attention sur les difficultés auxquelles restent confrontées de nombreuses communautés : insuffisance des infrastructures, disparités territoriales, vulnérabilité des populations défavorisées et conséquences du changement climatique sur les ressources en eau.
Pour lui, le droit d’accès à l’eau potable étant un droit fondamental, les efforts doivent être poursuivis afin de garantir à chaque citoyen un accès effectif à ce service essentiel.
WaterAid appelle à passer des engagements aux actes
Partenaire financier de l’atelier, WaterAid Mali, par la voix de son représentant, Mamadou Keita, a insisté sur la responsabilité collective dans la mise en œuvre du Pacte. « Les engagements pris le sont pour tous les acteurs du secteur. On se doit, dans cette optique, de suivre et d’opérationnaliser lesdits engagements », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette opérationnalisation passe nécessairement par une large dissémination du document. WaterAid Mali a, à cet égard, réaffirmé sa disponibilité à accompagner le processus jusqu’à son terme.
La question de la durabilité concerne également directement les collectivités territoriales, qui sont au contact quotidien des populations. Boubacar Sangaré, représentant de l’Association des Municipalités du Mali, a ainsi estimé que le Pacte était « avant tout une affaire des maires ». Il a annoncé que le document fera également l’objet d’une dissémination au sein des collectivités.
Cette implication locale apparaît essentielle dans un contexte où les besoins en eau en hygiène et en assainissement varient fortement selon les territoires. Les collectivités sont appelées à contribuer à la planification, au suivi des infrastructures et à la sensibilisation des populations.
Au nom des partenaires techniques du secteur EHA, Kalifa Keita de l’UNICEF a, pour sa part, placé la durabilité au centre de la performance du secteur.
Selon lui, elle constitue « le début et la fin de tout processus », puisqu’elle conditionne la capacité des ménages, des établissements publics et des structures privées à bénéficier durablement des services d’eau, d’hygiène et d’assainissement.
Cette approche rejoint la volonté affichée par les autorités de renforcer la gouvernance du secteur et d’améliorer la gestion des infrastructures et des services.
L’État réaffirme son engagement jusqu’en 2035
Dans son discours d’ouverture, Drissa Traoré, s’exprimant au nom des deux départements ministériels en charge de l’eau et de l’assainissement, a rappelé l’engagement du Mali en faveur de l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement.
Il a souligné que cet engagement s’inscrit dans le cadre des Objectifs de développement durable, de la Vision 2063 du Mali, de la Charte africaine de l’eau et des engagements internationaux relatifs au droit à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement.
Le représentant du gouvernement a également insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination des interventions et d’un renforcement de la redevabilité de l’ensemble des acteurs.
Selon lui, le Pacte de durabilité s’inscrit ainsi dans le prolongement des politiques nationales de l’eau et de l’assainissement et du Cadre stratégique de la refondation de l’État. L’ambition affichée est de disposer, à l’horizon 2035, de services EHA durables, équitables et résilients, notamment dans les zones rurales et fragiles.
Cette rencontre de Bamako marque une étape importante, mais elle ne constitue qu’un point de départ. La réussite du Pacte 2026-2035 dépendra largement de la capacité des acteurs à transformer les engagements en actions coordonnées, financées et évaluables.
Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique, les disparités territoriales et la pression croissante sur les ressources en eau, la durabilité ne peut plus être considérée comme une question secondaire.
Le défi est désormais de construire une véritable chaîne de responsabilité, allant de l’État aux collectivités, en passant par les partenaires, la société civile, le secteur privé et les communautés.
À travers cette démarche, le Mali entend faire de l’accès durable à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement non seulement un objectif de politique publique, mais une réalité quotidienne pour l’ensemble de sa population. Le Pacte 2026-2035 se présente ainsi comme une feuille de route collective dont la crédibilité se mesurera, dans les prochaines années, à ses résultats concrets sur le terrain.
OB / Afrikinfos-Mali
Last Updated on 13/08/2026 by Ousmane BALLO
