Ouvert le vendredi 16 janvier 2026 au Tribunal de grande instance (TGI) de Koupéla, le procès impliquant plusieurs magistrats, douaniers et avocats poursuivis pour des faits présumés de corruption a été renvoyé pour jugement au 2 février 2026. Le tribunal a, dans le même temps, rejeté l’ensemble des demandes de mise en liberté provisoire ainsi que les requêtes de dégel de comptes formulées par la défense.
Les prévenus sont poursuivis pour divers chefs d’accusation, notamment l’acceptation de cadeaux indus, la corruption d’agent public, la divulgation de l’identité de témoin, la détention d’arme à feu, le blanchiment de capitaux et le trafic d’influence. Parmi les mis en cause figurent plusieurs magistrats en fonction.
Un renvoi acté après concertation des parties
Dès l’ouverture de l’audience, les avocats de la défense ont sollicité une suspension afin de se concerter, avant de demander un renvoi du dossier. Le parquet ne s’y est pas opposé. Les conseils ont justifié cette requête par la nécessité de mieux s’approprier le dossier, en se fondant sur l’article 321 du Code de procédure pénale, qui prévoit le renvoi d’une affaire lorsque celle-ci n’est pas en état d’être jugée.
« Comment défendre des prévenus dont on ne maîtrise pas le dossier ? », s’est interrogée Me Antoinette Ouédraogo, estimant qu’un jugement dans ces conditions exposerait les mis en cause à une procédure inéquitable.
Si le principe du renvoi a fait consensus, de longs échanges ont toutefois opposé le parquet, le siège et la défense sur la date et la forme de ce renvoi, entraînant une nouvelle suspension de l’audience. À l’issue de cette pause, le tribunal a fixé la date du jugement au 2 février 2026.
Débats nourris autour de la liberté provisoire
Après l’adoption du renvoi, les débats se sont prolongés sur les demandes de mise en liberté provisoire et de dégel des comptes bancaires de certains prévenus. Les avocats de la défense ont plaidé le caractère exceptionnel de la détention préventive, assurant que leurs clients se tiennent à la disposition de la justice et que leur libération ne compromettrait ni la procédure ni la manifestation de la vérité.
Ils ont également soutenu qu’aucun risque de pression sur les témoins n’existait et que l’acceptation de leurs requêtes permettrait le dénouement de nombreuses procédures judiciaires actuellement en attente, au bénéfice de plusieurs justiciables.
Le parquet invoque l’ordre public
De son côté, le Procureur a reconnu certaines garanties de représentation, tout en estimant que la mise en liberté provisoire des prévenus pourrait provoquer des troubles à l’ordre public et susciter un sentiment d’injustice au sein de l’opinion publique. Il a par ailleurs évoqué l’insuffisance des garanties sécuritaires pour justifier le maintien en détention jusqu’au 2 février 2026.
Concernant la demande de dégel des comptes, le parquet a jugé cette requête prématurée, estimant qu’y faire droit à ce stade pourrait laisser entrevoir l’orientation future du dossier.
Ces positions ont suscité de vives réactions de la défense, qui a rejeté l’argument sécuritaire et contesté la notion de trouble à l’ordre public, rappelant qu’aucune plainte n’a été enregistrée contre les mis en cause depuis 2021. Les avocats ont insisté sur le fait que les décisions de justice ne sauraient être dictées par la pression de l’opinion publique.
Décision du tribunal
Statuant publiquement en matière correctionnelle et avant l’examen du fond, le Tribunal de grande instance de Koupéla a finalement rejeté les demandes de mise en liberté provisoire et de dégel des comptes des personnes poursuivies.
Pour mémoire, cette affaire fait suite à un communiqué publié le 12 novembre 2025 par le Korag, mettant en cause dix magistrats et un avocat pour des faits de corruption et d’infractions connexes. Les investigations menées en octobre 2025 ont mis au jour l’existence d’un vaste réseau d’agents présumés indélicats au sein de la Cour d’appel de Ouagadougou.
Conformément à la loi, les magistrats en fonction à Ouagadougou ne pouvant être jugés dans leur ressort, l’affaire a été délocalisée à Koupéla, juridiction relevant de la Cour d’appel de Fada N’Gourma.
IT / Afrikinfos-Mali
Last Updated on 19/01/2026 by Ousmane BALLO

