Situation de droits de l’homme : Amnesty International charge les autorités

Comme à l’accoutumée, l’organisation mondiale de défense de droits de l’homme, Amnesty international, a présenté son Rapport annuel 2020 sur la situation des droits de l’homme au Mali. Un rapport qui fait note de la dégradation de la situation des droits de l’homme dû surtout à l’insécurité. La présentation dudit rapport a eu lieu le 07 avril 2021 à la maison de la presse. C’était à travers une conférence de presse animée par sa directrice exécutive, Mme Ramata Guissé.

Des exécutions sommaires perpétrées par les groupes armés dans les conflits au nord et au centre du pays, des enlèvements, des exécutions extrajudiciaires, des recours excessifs à la force, des arrestations et détentions arbitraires, des violences faites aux femmes et aux enfants et des discriminations… Amnesty International n’a oublié aucun détail dans son bilan 2020 sur la situation des droits de l’homme au Mali.

Alors qu’une transition est en cours avec comme agenda : ‘’la refondation du Mali’’, Amnesty International ne compte pas laisser sous silence les graves violations des droits de l’homme commis sous le régime d’Ibrahim Boubacar Kéita. Un régime fortement secoué par une crise multiforme laissant derrière lui un nombre incalculable de morts civils et militaires.

Selon Amnesty International, courant 2020, le Mali a connu plusieurs formes de violations des droits de l’homme. Pour l’organisation mondiale des droits de l’homme, des groupes armés et les forces de sécurité ont commis des crimes de droit international en toute impunité. « La police a fait usage d’une force excessive, notamment contre des manifestants. Des militants et des représentants de l’État liés au gouvernement précédent ont été arrêtés et détenus arbitrairement. Les autorités n’ont pas suffisamment agi pour protéger les femmes et les filles des mutilations génitales féminines. Des personnes faisaient l’objet de discriminations en raison de leur statut social présumé. Le conflit en cours et la pandémie de COVID-19 ont gravement nui aux droits à la santé et à l’éducation », a introduit la directrice exécutive d’Amnesty International lors de cette conférence.

2020, une année de péché !

D’abord, les élections législatives tenues entre mars et avril 2020 ont provoqué une crise politique. Ensuite au mois de juin, une coalition de groupes d’opposition et de dignitaires religieux a créé le Mouvement du 5 juin, qui contestait les résultats du scrutin et réclamait la démission du président de la République. En août, le Comité national pour le Salut du Peuple (CNSP) a destitué le président et son gouvernement par un coup d’État. Un gouvernement de transition a été constitué en octobre. La situation sur le plan de la sécurité demeurait précaire compte tenu du conflit en cours, en particulier dans les régions centrales où opéraient différents groupes armés, notamment le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et des ‘’milices d’autodéfense autoproclamées’’. Du coup, 2020 a eu une couleur particulière de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Des exactions perpétrées par des groupes armés !

Dans son Rapport, Amnesty International note que des groupes armés ont commis des crimes de guerre et d’autres exactions, se rendant coupables notamment de dizaines d’attaques contre la population civile. Sur ce point, s’appuyant sur des rapports de la MINUSMA, Amnesty accuse les groupes armés sous toutes les formes. Des groupes terroristes aux groupes d’autodéfense, Amnesty ne dédouane personne. Des groupes qui, selon l’organisation international, ont orchestré les crimes commis dans les villages de Sinda ( 14 morts), Ogossagou (35 morts) et des disparus dans les communes de Tori et Diallassagou avec au moins trente-deux morts. Aussi, entre septembre et la fin de l’année 2020, des groupes armés ont assiégé le village de Farabougou, dans la région de Ségou, empêchant les villageoises et les villageois de se rendre sur leurs terres agricoles et de se déplacer librement.

Au Mali, l’année 2020 a été si spectaculaire en matière d’enlèvements. Au moins trois candidats ont été enlevés alors qu’ils faisaient campagne pendant les élections législatives dont feu l’honorable Soumaïla Cissé, chef de file de l’opposition d’alors. Le 25 mars, Soumaïla Cissé, chef file de l’opposition, et cinq membres de son équipe de campagne ont été enlevés par le GSIM à Niafounké, dans la région de Tombouctou et libéré le 8 octobre 2020.

Des exactions… !

Dans son rapport 2020, Amnesty international n’a pas hésité à charger l’armée malienne qui aurait commis des exactions au cours de sa mission de protection des populations et leurs biens. «L’armée malienne a commis des crimes de guerre et d’autres violations des droits humains à l’encontre de la population civile au cours de opérations. Entre le 3 février et le 10 mars, au moins 23 civils ont été tués par des militaires dans le cercle de Niono (région de Segou) et au moins 27 autres ont été victimes d’une disparition forcé », a soutenu Amnesty international dans son rapport.

Répression et recours excessifs à la force !

Selon la directrice exécutive, le régime déchu n’a pas fait exemple de démocratie pendant la période des fortes manifestations. Ainsi, pour disperser des manifestations à Bamako et dans les capitales régionales, Amnesty International estime que les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive et notamment meurtrière, en toute inégalité. « Un arrêt de la Cour constitutionnelle validant trente un résultats contestés à l’issue du scrutin a suscité des mouvements de protestation sur tout le territoire. Le 7 mai, à Sikasso, les forces de sécurité ont tiré à munitions réelles pour disperser des manifestations. Cinq manifestants ont été blessés et un a succombé à ses blessures. Le 11 mai, un motocycliste de 17 ans a été tué à Kayes, lors de son arrestation par un policier qui n’était pas en service. Cet homicide a déclenché des manifestations dans la ville le lendemain, au cours desquelles la police a abattu deux personnes, dont un garçon de 12 ans. Entre le 10 et le 12 juillet, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants à Bamako, la capitale. Ceux-ci occupaient des bâtiments publics et avaient dressé des barricades pour réclamer la démission du président de la République. Quatorze d’entre eux ont été tués par balles et des centaines d’autres ont été blessés », souligne Amnesty International Mali.

Arrestations et détentions arbitraires !

Si les manifestants ont fait l’objet d’attaques, les leaders eux ont vu leurs libertés réduites au silence à travers des arrestations de grandes envergures. Amnesty International cite un cas parmi d’autres. Il s’agit de Clément Dembélé.   « Le 9 mai, alors qu’il circulait en voiture à Banconi, un quartier de Bamako, Clément Dembélé, un militant anticorruption, a été enlevé par huit agents encagoulés des Services de renseignements. Il avait appelé les forces de sécurité à cesser de recourir à la violence face aux manifestants à Sikasso. Il a été détenu au secret pendant 12 jours par les services de renseignement. Libéré le 21 mai, il a été inculpé d’incitation adressée aux forces armées et de sécurité dans le but de les détourner de leurs devoirs militaires et de l’obéissance qu’ils doivent à leurs chefs. Le 29 septembre, il a été acquitté de toutes ces charges », explique le rapport.

Aussi, Amnesty estime-t-il qu’à la suite du coup d’Etat d’août 2019, plusieurs hauts représentants de l’État et officiers de l’armée, dont le président de la République, le Premier ministre et le président de l’assemblée nationale qui étaient en exercice à l’époque, ont été détenus illégalement sans inculpation.

Des enfants privés de leur droit !

Pour l’organisation mondiale des droits de l’homme, l’un des cas de violation des droits de l’homme est la privation des enfants de leur droit fondamental. De la grève illimitée des enseignants à la fermeture de plusieurs établissements dans le nord et au centre du pays, les enfants ont été les grands oubliés de la République, selon Amnesty International. « Des enfants étaient privés de leur droit à l’éducation en raison des activités de groupes armés, en particulier dans le centre du Mali. A cela se sont ajoutés douze mois de grève du personnel enseignant, qui protestait contre le fait que l’État soit revenu sur l’accord relatif à la revalorisation de leur salaire. Selon l’UNICEF, 1261 écoles étaient fermées en mars dernier en raison de la menace constante que représentaient les groupes armés et 370 000 élèves, ainsi que 7 500 enseignants, étaient concernés par cette situation », précise Amnesty International.

Amadou Kodio

Source : Ziré