Mme Diawara Mariétou Diarra, promotrice de AGRIBIO Mali : « Je demande à l’Etat d’accompagner les projets féminins »

Le 9 mars 2021 à Radisson Collection  (ex Sheraton de Bamako) s’est tenu le Forum des Femmes cheffes d’Entreprise. Une cérémonie au cours de laquelle nous avons croisé une jeune entrepreneure œuvrant dans le domaine de la transformation des produits locaux. Il s’agit de Mme Diawara Mariétou Diarra, promotrice d’AGRIBIO-Mali. Au cours de cet entretien, la cheffe d’entreprise nous parle de valeurs de ses produits et invite l’Etat à soutenir les initiatives féminines en République du Mali.

Bonjour madame, présentez-vous à nos fidèles lecteurs !

Je m’appelle madame Diawara Mariétou Diarra. Je suis la promotrice d’AGRIBIO Mali qui est une entreprise de production des produits 100% bio. Nous sommes une entreprise féminine et spécialisée dans la transformation et la commercialisation des tisanes bio certifiées bio local sous la marque de Kenya Nutrition.

Vous avez pris part au forum des femmes cheffes d’entreprise. Que peut-on retenir de la rencontre ?

Ce qu’on peut retenir de ce forum, c’est d’abord une opportunité d’échange et de partage d’expériences. Ce forum pousse, selon moi, la femme vers l’entreprenariat. Certes, j’ai un peu traîné après les études. Parce que je fais partie de ceux et celles qui ont eu quelques soucis à avoir un emploi, donc nous avons dû perdre un peu de temps. Mais, je dirais que j’ai eu la chance de tomber sur un homme (mon époux) qui m’a poussé dans l’entreprenariat. Aujourd’hui, je le remercie vivement pour cela.

Parlez-nous de vos débuts dans le monde de l’entreprenariat.

Ce fut comme tout début, donc pas facile. C’est venu un peu du hasard. Un jour, j’ai fabriqué les tisanes que j’ai bien conditionnées et exposées dans un super-marché. Alors, j’ai été la première personne à être surprise parce que ces produits sont sortis très vite. Au fait, les gens n’avaient pas l’habitude de voir les tisanes telles que les quinquéliba dans les sachets et bien conditionnées. Donc tout de suite, beaucoup de gens étaient attirés par les produits et les premiers échantillons ont été rapidement écoulés.

Est-ce que vous avez bénéficié d’un accompagnement quelconque ?

Non ! Au début, nous avons commencé sur fonds propre et juste après, nous avons eu la chance d’avoir ONU-Femmes grâce à qui nous avons bénéficié de séances de formation sur l’entreprenariat. Puis, nous avons eu un soutien financier du PASEJ, un programme de l’ambassade du Danemark au Mali. A part ça, je n’ai pas bénéficié de soutien de l’Etat du Mali.

Parlez-nous des difficultés que vous avez rencontrées jusqu’ici ?   

Pour les difficultés, c’est plutôt d’ordre financier. Comme je l’ai dit, nous avons commencé sur fonds propre et quand nous avons voulu diversifier nos produits, tout de suite, nous avons vu nos limites. Vous savez, l’entreprenariat ne peut se faire tout le temps de la même manière. A un moment forcément, vous allez penser à innover et là cela nécessite des fonds. Et pour être honnête, nous avons eu beaucoup de difficultés à avoir des fonds même si nous avons serré la ceinture en donnant le meilleur de nous-mêmes. C’est surtout grâce au PASEJ que nous avons commencé à sortir la tête de l’eau.

Au-delà de tout ça, les difficultés que nous rencontrons sont aussi d’ordre technique. Nous avons des moyens assez limités. Une jeune entreprise qui fabrique des produits industriels manuellement, ce n’est pas du tout évident de percer aussi rapidement. Aujourd’hui grâce à Dieu, nos produits commencent à se faire connaître. Mais des fois compte tenu des moyens limités, nous n’arrivons pas à honorer les commandes dans les meilleurs délais. Notre objectif à nous est que nos produits soient prêts à chaque demande et qu’on puisse les livrer à temps. Nous avons vraiment besoin des moyens techniques comme des machines performantes qui pourront nous aider à produire davantage afin de faire face à la demande du marché.

Vous êtes une femme mariée. Est-ce que cela a eu un impact dans votre vie de cheffe d’entreprise ?

Merci pour cette question ! Bien sûr (sourire), être mariée et emprunter la voie de la femme entrepreneure, cela suppose des contraintes supplémentaires. Vous savez d’abord qu’il y a la vie familiale. Donc le matin, il faut se lever très tôt, s’occuper des enfants et les emmener à l’école et après prendre le chemin du travail. Donc, vous voyez qu’il y a déjà un double effort à fournir. Et en tant que cheffe, vous avez plusieurs responsabilités à la fois, notamment la gestion, la transformation, la commercialisation…

En tant que jeune startup, nous sommes déjà appelés à être au-devant de toutes ces choses et en même temps il ne faut pas oublier la maison. Je me renseigne régulièrement sur ce qui se passe à la maison, notamment les enfants, la cuisine. Voilà, évidemment que c’est difficile, mais il faut s’investir même si je reconnais quand même que cela a un impact négatif dans ma vie d’entrepreneure.

Combien de personne employez-vous aujourd’hui ?

Nous sommes une entreprise féminine, je tiens à le préciser. Aujourd’hui, je travaille avec sept femmes, donc nous formons une équipe de huit femmes dont moi-même. Nous sommes composées de transformatrices, de gestionnaires et de commerçantes. L’un des plus grands objectifs d’AGRIBIO-Mali est de contribuer à l’autonomisation des femmes tout en valorisant nos produits locaux

Comment est la clientèle actuellement ? 

La clientèle est composée de toute tranche d’âge, parce que tout le monde peut consommer nos produits, notamment les enfants, les jeunes et les adultes parce que nous travaillons avec des plantes locales comme le quinquéliba, la mangue, la citronnelle, le moringa, le gingembre, etc. Il s’agit de tout ce qui est plante aromatique et médicinale qui favorise la santé de l’homme.  C’est pourquoi notre marque est ‘’Keneya Nutrition’’.

Madame Diawara, il y a beaucoup de femmes qui veulent entreprendre, mais qui hésitent toujours. Qu’est-ce que vous avez à leur dire ?

Je leur dirai tout simplement de cesser d’hésiter et de ne plus croiser les bras. C’est difficile, mais on peut commencer avec nos maigres moyens et émerger petit-à-petit. Donc, je demande à l’Etat d’accompagner les projets féminins, car l’entreprenariat peut beaucoup contribuer à l’économie nationale. Aux Maliens, je demande de consommer nos produits locaux, ils font beaucoup de bien à la santé.

Entretien réalisé par Amadou Kodio

Source : Ziré