Mali : Dounantié Daou, président de la CN-CIEPA/WASH, s’exprime sur la gestion des boues de vidange de Bamako

Dans une interview accordée à Afrikinfos-mali.com, le 6 mai 2021, le président de la Coalition Nationale-Campagne Internationale pour l’Eau Potable et Assainissement (CN-CIEPA/WASH), Dounantié Daou, estime qu’il y a un manque de volonté politique concernant la gestion des boues de vidange à Bamako et environnants. Lisez plutôt l’entretien ! Bonjour, présentez-vous à nos chers lecteurs

Je suis Dounantiè Daou, président de la Coalition Nationale-Campagne Internationale pour l’Eau Potable et Assainissement (CN-CIEPA/WASH).

Il y a juste quelques semaines, vous avez lancé, avec d’autres partenaires, la plateforme nationale pour la gestion des boues de vidange (PN-GBV). Qu’est-ce qu’il a motivé cette initiative?

Merci, vous savez que la problématique des eaux de vidange se pose avec acuité au niveau du Mali en général, spécifiquement à Bamako. La situation devient une question de serpent de mer que personne ne veut affronter et pourtant, il nous faut l’affronter. Vous voyez, au niveau de Bamako, nous sommes l’une des rares capitales sur cette planète à ne disposer d’aucune station de traitement de l’eau de vidange. Ce sont les vidangeurs qui s’occupent de l’enlèvement et du déversement des ces eaux dans la nature. Donc, ce qui a une conséquence assez néfaste sur non seulement l’écosystème, mais également sur la sante humaine.

Vu aussi l’effort insuffisant des pouvoirs publics par rapport à la problématique de l’assainissement liquide en générale et celui de l’eau de vidange en particulier, nous avons jugé nécessaire de faire une synergie d’actions pour mutualiser les efforts et de se retrouver au sein d’une même plate-forme afin de mieux influencer les hautes autorités pour qu’elles puissent prendre à bras-le-corps la problématique des gestions des eaux de vidange au niveau du Mali en général et de Bamako en particulier.

Vous savez que depuis 2010, il a été conçu un schéma directeur d’assainissement du district de Bamako qui prévoyait la réalisation des stations de boues de vidange, mais faute de financement de l’Etat, faute même de site, l’on ne parvient pas à exécuter ce schéma directeur d’assainissement. Nous ne pouvons pas rester bras croisé face cette situation. C’est pourquoi, nous la qualifions de serpents de mer.

Il y a très longtemps que la CN-CIEPA/WASH, avec d’autres partenaires techniques et financiers, sont dans ce combat. Aujourd’hui, est-ce qu’on peut dire que c’est une question de moyen ou bien c’est juste que l’Etat ne veut pas s’impliquer davantage pour pourvoir mener des actions visant à sauver ou protéger la population ?

Notre lecture est qu’il y a manifestement un manque de volonté politique par rapport à la question, parce que le manque de volonté politique se traduit par le financement du secteur à travers le budget de l’Etat. Nous avons au niveau du budget de l’Etat, moins d’un pourcent (1%) accordé à l’assainissement dans sa globalité (l’assainissement solide et celui liquide). Nous pensons que cela ne traduit pas une volonté politique des plus hautes autorités. Donc, il faut travailler à renverser les tendances pour que l’Etat puisse inscrire la question dans ses priorités politiques et par conséquent mettre les moyens conséquents et amener les partenaires aussi à l’accompagner dans ce sens. Parce que, tant que l’Etat même ne met pas les moyens, il va être extrêmement difficile pour les partenaires de se mettre avant l’Etat. Nous voulons mieux influencer les autorités, faire le plaidoyer pour qu’elles puissent inscrire l’assainissement dans sa globalité, l’assainissement liquide en général, spécifiquement la gestion des déchets dans leurs politiques pour que nous pussions sortir de cette situation.

Nous avons connu plusieurs organisations et associations intervenant dans ce secteur. Est-ce que cette plate-forme est une initiative de plus, ou alors quelle est son arme de combat pour mener à bien ses missions ?

Comme je l’ai dit, c’est pas une plate-forme de plus. C’est une plate-forme où tous les acteurs ont un engagement par rapport à la question des eaux de vidange et c’est la première particularité. La deuxième particularité, c’est qu’il s’agit là des acteurs multidimensionnels. Il y a des acteurs du secteur privé, ceux de la société civile, des Instituts de recherche… Il s’agit de tous les acteurs qui peuvent contribuer à mieux influencer pour une contribution significative à l’amélioration de la situation. Ce n’est pas une organisation, mais une plate-forme comme, un espace d’échanges, de réflexions, une synergie d’actions, de mutualisation des efforts pour aller dans le sens des renforcements mutuels pour mieux influencer les politiques en faveur du sous-secteur de l’assainissement.

Ça veut dire qu’il peut y avoir une possibilité que vos partenaires contribuent au financement du secteur, ou alors c’est juste pour alerter les autorités compétentes ?

C’est un peu dans ce sens, c’est d’attirer aussi l’attention des partenaires par rapport à la situation. Mais, les partenaires suivent toujours l’État, c’est pourquoi, je dis que la cible première pour le plaidoyer, c’est l’État, et ensuite ce sont les partenaires qui accompagnent l’État, qui le suivent toujours dans ses priorités de développement. Mais, il faut comprendre que ces partenaires ne peuvent pas se mettre à la place de l’État. Donc, si l’État ne considère pas la gestion de l’assainissement comme une priorité, il va être impossible pour les partenaires de se manifester. Donc, il faut amener l’État d’abord à prioriser le secteur et ensuite amener les partenaires aussi à l’accompagner dans cette dynamique. Donc encore, la cible première, c’est l’État et la cible secondaire, ce sont les partenaires financiers.

Aujourd’hui, est-ce que l’on peut dire que la population pour laquelle ce combat est mené, est consciente de la situation actuelle de gestion de l’assainissement ?

Il est extrêmement difficile de dire que la population en est consciente, parce qu’il n’y a pas d’indicateur par rapport à cela. Mais, ceux qui sont du secteur, qui connaissent un peu les méfaits, ne doivent pas attendre que la population exprime son état d’âme par rapport à la situation. C’est comme par exemple un patient et son docteur, peut-être le patient peut penser que sa maladie n’est pas grave et qu’il peut rentrer à la maison, mais le docteur peut lui prouver le contraire.

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Nous sommes conscients à notre niveau que la situation est dramatique, une ville de plus de deux millions d’habitants qui n’a même pas une station de traitement de boues de vidange, où tout est déversé à l’aire libre, je crois que la situation est regrettable et déplorable. Allez-y faire un tour vers l’aéroport, vous vous rendrez compte que la situation n’est pas enviable là où l’on déverse ces boues. Mais la population ne voit pas ce côté néfaste. Certaines personnes vont jusqu’à demander que ces boues soient versées dans leurs champs. Donc, ces personnes voient la dimension fortifiant, mais elles ignorent les conséquences graves de ces boues sur l’écosystème.

Je crois que nous qui sommes un peu dans le secteur avec beaucoup d’expériences, nous devons amener l’État à circonscrire toutes les conséquences pour protéger les populations ou les prévenir de beaucoup de maladies liés à ces excréments jetés dans la nature.

Monsieur le président, quel est le mode de fonctionnement  de la plate-forme?

Le mode fonctionnement est très simple, on a mis en place un dispositif assez léger où il y a une présidence tournante et un secrétariat permanent. Les autres organisations ont des représentants sous le vocable des points focaux. Il permet au président et au vice-président de travailler avec les points focaux et leurs suppléants de toutes les organisations pour essayer de fonctionner de manière légère, pour que ça ne soit pas une structure administrativement lourde.

Quel appel à lancer aux autres membres de la plate-forme, à l’État et à la population pour que la situation change ?

Je lance un appel à tous ceux qui se sont engagés dans la plate-forme, pour que nous pussions contribuer de façon collective et significative à améliorer la gestion des boues de vidange au niveau de notre pays.

Entretien réalisé par Ousmane BALLO / Afrikinfos-Mali