Les humeurs de Facoh : L’anachronisme politique

Les dérives  démocratiques au Mali sont telles que des situations politiques d’un grotesque certain se produisent de façon quasi cyclique. L’histoire démocratique de ce pays est parsemée de crises politiques tantôt logiques et réfléchies, tantôt idiotes et saugrenues.

Sous le président Alpha Oumar Konaré, ce fut le Collectif des partis politiques de l’opposition (Coppo) qui avait défrayé la chronique par des marches violentes dont la conséquence avait été l’embastillement de la quasi-totalité de ses leaders. Un certain Ibrahim Boubacar Keita avait été l’homme de cette situation qui avait mis fin aux prétentions des marcheurs et de leur suite composée majoritairement de loubards et de voleurs.

Sous le régime actuel, tout en reconnaissant que celui-ci ne tient pas toutes ses promesses électorales, on est sidéré de constater qu’une infime partie de la classe politique et des leaders religieux, rue inutilement dans les brancards en réclamant au président démocratiquement élu de se démettre. Il est curieux de constater qu’aucune grande formation politique ayant beaucoup d’élus à l’Assemblée nationale ne fait partie de cette contestation politique. Mieux, le fait que ce mouvement  soit en partie dirigé par des religieux n’ayant aucune base politique en dit long sur sa crédibilité réelle. Et puis, n’oublions pas que parmi les responsables du M5-FRP se trouvent d’anciens ministres de ce même régime qui ayant perdu leurs postes réclament maintenant l’échafaud pour le président de la République. Mais étant en partie comptables de son bilan, si descente aux enfers  il y aura, ils en feront partie obligatoirement.

Le président IBK, c’est vrai, a déçu mais de là à vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, il y a loin. Surtout qu’il est en fin de mandat et que le spectre de novembre 2012 plane sur le pays avec le vide constitutionnel occasionné par le putsch d’Aya et consorts et l’occupation des ¾ du territoire national par les djihadistes et les narcotrafiquants.

La mission de la Cédéao conduite récemment à Bamako par l’ancien Président nigérian Goodluck Jonathan a bien fait de recadrer les responsables de la contestation/subversion en leur rappelant qu’ils ne représentent rien car ne disposant pas d’élus à l’Assemblée nationale, et donc pas qualifiés pour réclamer le départ du Président. Maintenant, les ténors du mouvement ne parlent plus le même langage car quand les uns hurlent la démission du chef de l’Etat, les autres font savoir en couinant qu’ils souhaitent seulement un changement de gouvernance politique et économique. Il reste qu’il y eut des morts et des dégâts matériels considérables qu’il faut bien réparer et rechercher les auteurs.

La leçon de tout cela est que la démocratie intégrale est mortelle pour les jeunes régimes ayant fait ce choix. Des garde-fous sont nécessaires entre la scène politique et la religion. Dire qu’un religieux est avant tout un citoyen et peut faire de la politique ne veut rien dire parce qu’il y a une différence entre un musulman et un leader. Le citoyen musulman a le droit de mener des activités politiques mais pas l’imam ou le prédicateur. Il faut choisir son bord et éviter l’amalgame.

Facoh Donki Diarra (écrivain, Konibabougou)

Source: Mali Tribune