Des combattants peulh chez des communautés dogon : « Nous regrettons les faits passés »

Il y a trois semaines, alors que l’insécurité montait d’un cran dans la région de Mopti avec des attaques ciblant les paysans dans leurs champs, une équipe de combattants répondant au nom de la communauté peulh a sillonné les différents villages dogons dans le but de demander pardon aux populations pour le malentendu existant entre les deux communautés. Cela s’est passé dans le cercle de Koro.

A leur arrivée, les prenant pour des assaillants, les brigades d’autodéfense dogon ont aussitôt voulu ouvrir le feu sur l’équipe apparue les mains à l’air. A la grande surprise de tous, les combattants autrefois ennemis jurés, sont donc venus vers la communauté dogon avec un message de la paix. Ils ont demandé une extinction du feu qui assaille toute une région depuis quatre (04) ans. « Nous ne sommes pas venus pour surprendre qui que ce soit. Nous sommes venus au nom de la paix et de la réconciliation. Nous sommes vraiment désolés d’avoir semé autant de terreur entre nous. Nous savions depuis longtemps que nous étions dans l’erreur et nous voulons nous ressaisir. Nous savons qu’il est difficile de s’accepter les uns des autres après tant de pertes, mais sachons que nul ne gagne en matière de guerre. Nous regrettons les faits passés. Nous voulons aller de l’avant »,ont transmis les missionnaires physiquement très affaiblies aux  brigades d’autodéfense dogon.

Surprise et méfiance à la fois !

Ladite mission a entamé sa visite à Kamoukorou dans la commune de Madougou, cercle de Koro. Au départ, les villageois étaient très surpris par cette visite curieuse et ne voulaient rien comprendre. Mais finalement, ils ont accepté de faire la paix si telle était réellement la volonté des frères voisins et cousins devenus adversaires. Ainsi, les vieilles personnes ont reçu à calmer la fougue de la jeunesse qui voulait tout simplement exécuter la trentaine de combattants.

Après une réunion avec les populations de Kamoukorou et celles des villages environnants, les faiseurs de paix ont été escortés par des jeunes combattants dogons les aidant ainsi à sillonner les différents villages du cercle en toute sécurité. Ainsi, de Madougou à Douna-pen en passant par Dangatene, l’équipe a pu faire entendre sa volonté de restaurer la paix et le vivre ensemble. « C’est nous qui combattions au nom de la communauté peulh. Comme vous le voyez, nous ne sommes qu’une délégation, mais nous allons tout faire pour convaincre tous les autres peulh à cesser le feu et à accepter la paix pour toujours », ont-ils soutenu au cours des différentes rencontres.

Les dogons prêts à pardonner !

Après des séries d’échanges, la délégation arrive à convaincre une belle partie des villages du cercle de Koro. « Nous n’avons jamais voulu faire la guerre avec qui que ce soit. Mais quand on t’impose quelque chose, tu n’as pas le choix. Comment pourrons-nous nous battre sans adversaire ? Ce n’est tout simplement pas possible. Nous sommes un peuple qui a toujours voulu la paix, donc nous acceptons de donner une chance à la réconciliation si cela est sincère, mais dans le cas contraire, nous sommes prêts à mourir pour notre défense », a souligné le chef du village de Dangatene.

Depuis cette visite, l’on a constaté la présence des peulh dans trois foires hebdomadaires qui venaient tout juste de rouvrir. Il s’agit des foires de Madougou, de Dangatene et celle de la ville de Koro. Pour l’instant dans les trois autres cercles à savoir : Bankass, Bandiagara et Douentza, les populations observent avec prudence l’avancée progressive de cet effort de réconciliation qui n’est pas encore effective, car les éléments de Dana Ambassagou et les acteurs sociopolitiques de la région ne se sont pas encore prononcés de façon officielle. Mais une chose est sûre, depuis trois semaines, aucune attaque n’a été enregistrée à travers la région de Mopti.

Les raisons d’un changement brusque !

Au cours de nos investigations, plusieurs témoins nous ont confié que les combattants peulh ont été toujours soutenus par des mercenaires venus des pays étrangers. Mais, ces derniers, se trouvant coupés de financement depuis quelques mois, menaceraient de se retourner contre les mêmes communautés peulh. « J’ai appris que des mercenaires étaient payés à plus de 100 milles francs CFA par jour pour faire le combat avec les milices peuls et depuis quelques mois ceux-ci menacent de retourner la mission contre la même communauté, parce que les sources de financement sont totalement coupées en ce moment », nous a confié un leader communautaire dans la région de Mopti sous anonymat.

Amadou Kodio

Source : Ziré