Crise socio-politique : Dr Boubou Cissé, la cible impossible à atteindre

Il apparaît évident chaque jour que les enchères sur la tête du Premier ministre montent à mesure que la crise politique perdure. Majorité et opposition veulent se l’offrir coûte que coûte dans la perspective de rafler une mise incertaine. Mais charger Dr. Boubou Cissé de tous les maux d’Israël, pardon du Mali dans l’épreuve, ne sera pas chose aisée.

En rempilant à la tête du gouvernement par décret présidentiel le 11 juin dernier, Dr. Boubou Cissé est apparu aux yeux de l’opinion publique nationale et internationale comme le remède de cheval, le seul, que le président de la République a en main. En effet, à cette époque, le pouvoir avait douloureusement subi un assaut foudroyant qui lui  avait été donné par la mobilisation gigantesque du 05 juin, qui finira par se structurer en un mouvement absolument insurrectionnel prenant le nom de M5-RFP (Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces Patriotiques). Celui-ci réussit en plus le 19 juin, seulement huit petits jours après la reconduction de Dr. Boubou Cissé à la tête du gouvernement, une deuxième mobilisation beaucoup plus déferlante que la première. Ce qui fait que la République aurait pu sauter si le chef de l’État, Ibrahim Boubacar Keïta, n’avait pas une force sur laquelle il pouvait tenir bravement. Ce pilier de bon augure, c’est incontestablement son Premier ministre à qui il venait de renouveler sa confiance. Une première d’ailleurs en sept ans car, de 2013 à 2018, cinq Premiers ministres n’avaient pas pu résister aux difficiles épreuves auxquelles Ibrahim Boubacar Keïta a été régulièrement confronté, eu égard à plusieurs contingences nées du coup d’État de 2012 et les plâtrages plus ou moins inefficaces de la Transition qui s’en est suivie.

Bref, Dr. Boubou Cissé est apparu, sinon la meilleure trouvaille pour le président de la République, du moins l’aubaine inespérée pour un IBK en mal de sainteté  auprès de son peuple et qui ne cesse d’ailleurs de booster avec constance le désamour populaire contre lui-même. C’est en ces moments extrêmement difficiles que son Premier ministre, la digue qui tienne encore pour protéger sa citadelle, est le point de mire de toutes les convoitises, de toutes les méchancetés et de toutes les perfidies aussi bien de la part des propres alliés du Président que des insurgés du M5-RFP. Si l’on peut comprendre l’inimitié politique des acteurs du M5-RFP contre le maintien de Dr. Boubou Cissé dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale suggéré par la communauté internationale et par beaucoup d’intellectuels maliens fort avisés, il est difficile par contre de saisir le bien fondé d’une certaine fronde développée de moins en moins en sourdine par l’EPM (Ensemble Pour le Mali), autrement dit la majorité présidentielle sensée servir de garde prétorienne autour d’un président de la République malmené et traîné dans la boue par ses contestataires, et qui a grand besoin des siens. Malheureusement, Dr. Bocari Tréta et ses compères embouchent, à quelques nuances près, la même trompette que le M5-RFP contre le Premier ministre. Quand le M5-RFP exige un chef de gouvernement de plein pouvoir dans son Mémorandum, la majorité présidentielle demande à IBK la nomination d’un Premier ministre consensuel. Les deux formulations se valent, sauf que le M5-RFP est sincère et clair dans sa revendication tandis que les gars de la majorité présidentielle agissent comme des conjurés qui poignardent Ibrahim Boubacar Keïta dans le dos, un coup de Jarnac aux seules fins de voir leur “Premier ministre consensuel” choisi dans leur camps, peut-être des rangs du RPM, parti majoritaire qui n’a jamais eu le bonheur d’avoir été consulté pour le choix d’un chef de gouvernement, encore moins d’imposer au président de la République son candidat à ce poste prestigieux. On voit bien chez les amis du chef d’État l’expression d’indicibles rancœurs. Mais la faute n’est-elle pas à eux et à eux seuls? Le RPM n’a jamais été un foudre de guerre, pas plus d’ailleurs que les autres micro-partis de la galaxie IBK. Si l’ensemble avait été une réelle force de frappe, la contestation populaire ne serait pas arrivée jusqu’à la formation du M5-RFP, et encore. En plus, tous les supposés barons de l’EPM qui ont eu la chance d’avoir été appelés au gouvernement y ont laissé des plumes, des casseroles retentissantes et des trous noirs. L’affaire des engrais frelatés reste comme une balafre sur le visage du RPM à travers son tonitruant numéro 1, Dr. Bocari Tréta. Me Baber Gano ne brille ni ne reluit pas non plus.

Malheureusement, il ne manque pas à la majorité présidentielle d’hommes au langage pervers, des bonimenteurs, diseurs de nouveautés et spécialistes des meilleures stratégies qui ne conduisent jamais à la victoire. Des séducteurs, qui sont toujours sujets d’erreurs. Mais les artisans d’erreurs, IBK les connaît bien dans sa famille politique. Il n’y a donc pas à aller les chercher chez les ennemis déclarés, c’est-à-dire au M5-RFP. Ils se cachent, mais ils ont déjà jeté le masque, dans le sein même et au cœur des dispositifs de défense du président de la République. C’est un sujet d’appréhension et d’angoisse pour Ibrahim Boubacar Keïta qui doit enfin montrer à ces ennemis-là, qui sont d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement, qu’il les connaît bien et qu’il leur dise de cesser leurs manœuvres de déstabilisation, en laissant Dr. Boubou Cissé tranquille dans sa tâche.

Le M5-RFP, lui, ne se fait plus d’illusion. Qu’il ait compris ou pas que ce n’est pas dans la rue qu’on impose un Premier ministre de plein pouvoir, il sait tout de même qu’Ibrahim Boubacar Keïta ne se séparera pour rien au monde de son Premier ministre dont il connaît la valeur intrinsèque. C’est d’ailleurs pour cette raison que quand le Président a invité le M5-RFP à le rencontrer le 05 juillet dernier, Boubou Cissé était à ses côtés. Comme pour dire à tous : cette cible doit cesser d’être visée, elle est impossible à atteindre. Il y a mille autres baudets sur lesquels crier haro, allez les chercher.

N.D

Source: Prétoire