Cour d’assises de Bamako : Meurtre non élucidé

Le vieil homme détenait un fusil chez lui. Il est suspecté de l’avoir utilisé pour commettre un meurtre. Les juges ne sont pas parvenus à apporter la preuve formelle de sa culpabilité dans la commission du crime

Inculpé pour « meurtre et détention illégale d’arme à feu » ; OK a comparu en assises pour s’expliquer et éventuellement se défendre contre les infractions citées dont la victime est un certain CT. Courant 2015, le corps sans vie de ce jeune homme a été retrouvé dans le secteur du quartier de Samé en Commune III du District de Bamako. Peu de temps après les faits qui se sont déroulés nuitamment, le sexagénaire OK, détenteur d’un fusil, a été aperçu dans les parages, selon l’acte d’accusation.

Selon certains témoins, il semble qu’il tentait d’appréhender celui qui semble être « son » voleur. Certainement, c’est à la suite de cette tentative qu’il a dû commettre l’irréparable sur la personne de CT, comme cela a été clairement dit par de nombreux témoins interrogés dans les alentours des lieux où les faits se sont passés. Et du coup, le vieil OK est tombé sous le coup des articles 119 ; 201 du code pénal et de la loi n°04-050 du 12 novembre 2004 régissant les armes et munitions en République du Mali.

Même si durant le procès, la participation du vieil homme dans la commission de cet acte criminel n’a pu être établie, ce chasseur et guérisseur traditionnel aura passé cinq ans en détention préventive pour « détention illégale d’arme à feu ». C’est pourquoi, le sexagénaire est sorti libre de la cour aux termes de son procès.

L’arrêt de renvoi fait ressortir qu’en décembre 2015, la direction générale de la police nationale (DGPN) a informé le commissariat du 2è arrondissement d’un cas d’accident survenu à Samé-Kôkô. Peu de temps après, une équipe d’enquêteurs s’est rendue sur la place afin de tirer les choses au clair. Mais avant, les sapeurs-pompiers avaient déjà transporté le corps sans vie de celui qui sera identifié comme CT. Malheureusement, le jeune homme a été déclaré mort des suites de blessures par balles de fusil, quelques temps plus tôt. Il ne restait plus aux policiers que de respecter la logique judiciaire en pareilles circonstances.

Ils ont ainsi engagé la procédure après avoir recueilli des témoignages dans les parages du secteur où l’histoire s’est passée. Quasiment, tous les témoignages ont convergé vers le nommé OK. Certains témoins étaient formels sur le fait qu’ils l’avaient identifié dans les alentours des lieux où le corps du malheureux a été retrouvé. Dans la même veine, d’autres ont confirmé que le sexagénaire est allé jusqu’à les réveiller nuitamment en leur expliquant qu’il a appréhendé son voleur.

C’est à partir de ce moment que de lourds soupçons ont commencé à peser sur le vieux chasseur-guérisseur traditionnel dans la commission de cet acte criminel qui a coûté la vie à CT. L’auteur présumé des faits est, dans la foulée, interpelé. Les policiers effectuèrent une perquisition chez lui, au cours de laquelle, ils ont saisi, un fusil de fabrication artisanale et une cartouchière. Les choses ont évolué suivant la procédure judiciaire normale avant que OK ne se retrouve devant les juges pour s’expliquer.

à l’audience, l’inculpé n’a reconnu que les faits de « détention illégale d’arme à feu ». Il n’a pas non plus hésité à réfuter ceux de meurtre. En somme, le vieil homme a juste endossé la responsabilité d’une partie du dossier d’accusation. Et apparemment, il est resté constant dans cette attitude depuis le début de l’instruction de son dossier jusqu’à la barre. En face des jurés, il a mordicus soutenu ne rien à avoir avec le meurtre du jeune homme.

Il tentera même de se justifier. Il a, dans ses explications, précisé que c’est un certain IK (certainement un voisin) qui est venu l’informer de la présence du corps sans vie de la victime. Comme cela s’est passé très tardivement dans la nuit, il aurait demandé à ce dernier de le devancer sur les lieux, le temps qu’il se rhabille pour le rejoindre sur place. L’inculpé a déclaré d’ailleurs qu’il a été dénoncé par le voisin en question quelques jours plus tard, avant qu’il ne soit interpelé par la police pour se retrouver empêtré dans cette histoire de meurtre.

En dépit de ces explications détaillées de l’accusé, les juges sont restés sceptiques. Estimant que le vieil homme use de la stratégie de dénégation comme moyen de défense pour se soustraire à la justice. Sinon, se sont-ils interrogés, qu’est ce qui explique la présence d’un fusil et d’une cartouchière dans la chambre du suspect ? En vieux chasseur, la réponse du sexagénaire était claire à ce propos : « Je chasse avec ce fusil depuis que je l’ai hérité de mon père qui possédait d’ailleurs une autorisation de port d’arme », a rétorqué l’accusé.

Pas convaincus, les juges ont procédé à une confrontation de l’inculpé et de son voisin qui a été le réveiller la nuit des faits pour l’informer de la présence du corps sans vie du pauvre jeune homme. Malgré tout, le vieil homme est resté constant en soutenant qu’il n’a rien à avoir avec le meurtre dont il est accusé. Il s’expliquait souvent avec une attitude de moquerie obligeant les juges, visiblement irrités, à le rappeler à l’ordre. Par la suite les témoins qui sont passés à la barre ont tous reconnu que le vieux chasseur avait été réveillé par IK pour l’informer de la présence d’un corps sans vie.

Ils ont été unanimes sur le fait que, l’accusé avait également dit quelques temps avant, qu’il avait appréhendé «son » voleur. Pour les jurés, la question était de savoir comment cela s’était-il passé. Apparemment, cette question est restée sans réponse. D’où, la volonté des juges de vouloir coûte que coûte avoir un lien entre la mort du jeune homme et le fait que le vieux chasseur possède un fusil. Mais surtout qu’il avait clairement dit qu’il a « attrapé son  voleur ». Un voleur dont le corps a été retrouvé avec des traces de balles de fusil.

Mieux, les jurés étaient confortés dans leurs idées par le fait que le certificat de décès du jeune homme faisait clairement savoir qu’il a été victime d’un coup de fusil. Après tout ce bruit pour pouvoir situer leur contexte, l’oncle de la victime est passé pour témoigner. Sans en avoir la preuve formelle de ce qu’il a avancé, il a soutenu que le responsable du coup de feu fatal à son neveu n’est autre que le vieil homme présent à la barre devant les juges. Pour soutenir ses propos, ce témoin a expliqué que

l‘accusé avait clairement dit qu’un jour, il sera obligé de tuer celui qui vole ses sacs de charbon chez lui.

Sans vouloir détailler, le ministère public a juste plaidé pour une « application de la loi » en l’espèce. L’avocat de l’accusé était loin d’être de cet avis. Il a balayé d’un revers de main toute idée tendant à faire croire que son client a tiré sur le jeune homme provoquant la mort de celui-ci. Raison pour laquelle, il a centré sa plaidoirie sur la non culpabilité de son client et la relaxe de celui-ci.

Pour soutenir ses propos, la robe noire est allée jusqu’à mettre en doute les propos des témoins qui se sont succédé à la barre. Selon elle, détenir un fusil hérité de son père et le garder à la maison ne doivent pas être un motif pour être accusé d’un meurtre. « Il y a eu mort d’homme certes ; mais ce n’est pas OK. Mieux vaut libérer un accusé que de condamner un innocent »,ont-t-il plaidé.

En fin de compte, aux termes d’intenses débats, les jurés se sont passés de l’accusation portant sur le meurtre. Ils ont retenu l’infraction qui prohibe et punit la « détention illégale d’arme à feu ». Ainsi le sexagénaire s’est retrouvé avec une peine de trois ans de prison ferme alors qu’il avait déjà passé cinq ans en détention préventive. D’où sa relaxe pour regagner les siens.

Tamba CAMARA

Source: L’Essor 

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