Éditorial : ce qui est permis à jupiter ne l’est vraiment pas au taureau ?

Donald Trump, ancien Président des États-Unis d’Amérique qui ne cesse de défrayer la chronique depuis les dix dernières années, vient de fendre à nouveau l’air par une révélation surprenante. Il y a quelques jours, en déplacement en Caroline du Nord, dans le cadre de la campagne politique pour son retour à la Maison blanche, il a révélé, au grand ahurissement des Européens, qu’il avait eu à signifier aux dirigeants de l’Europe- vertement ou à la Donald Trump – qu’il leur faut payer à la puissante Amérique, régulièrement ou sans délai, la quote-part qu’ils doivent pour la protection que celle-ci leur assure. Sans quoi, il n’empêchera pas, lui  Trump, la Russie de leur casser la gueule. Quoi ? La France, la Grande-Bretagne, entre autres, ont donc un puissant protecteur qui les met à l’abri des foudres de la Russie ? L’Amérique jouerait-elle pour cela le rôle de bouclier imparable, voire d’une sorte de Wagner qui ne dit pas son nom, pour les pays d’Europe ?

On peut taxer Donald Trump de dire sans précautions oratoires les choses qui lui passent par la tête, mais il n’est pas un menteur. Sa parole d’ancien Président des USA pèse lourd, surtout lorsqu’elle porte sur des révélations. Fait notoire, il est en train de disputer la Maison blanche à Joe Biden qui n’est pas actuellement en odeur de sainteté auprès des Américains. On sait que celui-ci investit massivement dans la guerre en Ukraine, du reste menée en tandem par l’Amérique et l’Europe contre la Russie, et il a été mis à jour que 70% des colossaux investissements yankees chez Zelinsky profitent en réalité à l’industrie d’armements des USA. Tout cela montre que dans notre monde, ce qui fait la trame de la gouvernance mondiale, c’est le “deux poids, deux mesures”. Autrement dit, Jupiter s’autorise ce que le Taureau ne doit pas se permettre. Le proverbe latin exprime aussi une telle réalité : “Quod licet, non licet bovi”.

Triste réalité qui veut confiner l’Afrique dans la situation de dépendance éternelle; même sa sécurité doit confiée à ceux qui la violent, ces psychopathes du profit. Si on s’en tient à la logique de ces derniers, l’Afrique doit rester à la merci des Européens, servilité pour laquelle travaillent malheureusement les apatrides africains, de plus en plus mobilisés de nos jours pour contrarier la reprise de l’initiative historique par le Mali et l’A.E.S. Or, il est désormais clair que les pays européens eux-mêmes sont faibles individuellement et c’est pourquoi ils se sont mis ensemble pour créer l’Union européenne (UE). Mais, même avec ce regroupement, ils se sont vite rendus compte qu’ils sont voués à l’échec sans un protecteur contre le reste du monde. En somme, ils ont redouté, durant des années à l’avance, l’avènement d’une structure comme les BRICS, mais surtout l’apparition des souverainistes comme les Maliens et les autres Sahéliens désormais à tu et à toi avec la Russie, la Chine, la Türkiyé et l’Iran. C’est malheureux pour moi : malgré toute leur vigilance et toutes les précautions qu’ils ont prises en phagocytant sans cesse les organisations africaines (Union Africaine, CEDEAO, etc.), tout leur échappe désormais. Nicolas Sarkozy a pourtant bien fait de les avertir : “Pendant cinq siècles, l’Occident, violent et pilleur, a dominé le monde. Maintenant, c’est fini…”

Amadou N’Fa Diallo

Source : Le National