Crise énergétique : des stations à l’arrêt

La crise énergétique continue de faire son lot de victimes à Bamako. Les activités dépendantes de l’électricité continuent leurs chutes. C’est le cas notamment des stations d’essences qui peinent à assurer leurs services convenablement. Si certaines stations sont complètement à l’arrêt, d’autres sont au bord du précipice.

Depuis quelques mois, les groupes électrogènes ont tendance à remplacer le service de l’Energie du Mali (EDM.sa) dans les stations de service. Presque 80 à 90% du service est désormais assuré par des groupes électrogènes. Ce qui constitue un surplus de dépenses pour les opérateurs pétroliers, dont la plupart vendent à perte.

Au quartier de Banconi en Commune I du District de Bamako, une mini station (Benkè service) est complètement à l’arrêt pour faute d’électricité. Ici, pour ne pas laisser le vide, Moussa Traoré, un jeune du quartier, sert les clients à l’aide de bouteilles. Il nous confie : « C’est une station qui fonctionnait bien auparavant, mais ces derniers temps, les services sont devenus très irréguliers faute d’électricité. Apparemment, le propriétaire n’a pas pu avoir un groupe électrogène et les deux jeunes qui assuraient le service ont été remerciés ; et les clients continuent de venir demander de l’essence. C’est pourquoi, je les sers à l’aide de bouteilles. Il y a des gens qui préfèrent aller un peu devant à la prochaine station, mais d’autres acceptent d’acheter par bouteille. Sinon la station Benkè service est à l’arrêt total ».

« Nous vendons à perte »

À Nafadji, toujours en Commune I du District de Bamako, sur la route de Kognoumani, se trouve la station Sababou. Là, le bruit du groupe électrogène envahit tout l’entourage pendant toute la journée.  Son propriétaire, Fabègué Kamissoko, nous explique le calvaire qu’il vit actuellement : « C’est une situation extrêmement difficile. Moi, je vais vous faire un point assez scientifique. Ici, j’utilise au minimum dix mille francs CFA (10 000F CFA) de carburant par jour. L’essence nous est cédée à 750F CFA et nous la revendons à 790 CFA, soit un bénéfice de 40 CFA sur le litre. Le gasoil nous est cédé à 720 CFA et nous le revendons à 750 CFA, soit un bénéfice de 30 CFA sur le litre. Je vends au maximum 150 litres par jour. Si vous faites la somme des ventes, je n’ai pas plus de 9 000 à 10 000 CFA de bénéfice par jour. Au même moment, je mets 10 000 CFA dans le carburant pour alimenter le groupe électrogène. Si vous faites bien le calcul, nous vendons à perte. C’est pour vous dire clairement que l’objectif pour nous aujourd’hui est de faire en sorte que nous ne perdions pas la clientèle après cette période difficile ».

Mady Sissoko est gérant de la station de service Biliko non loin de la Mairie de la Commune I. Il nous explique : « Nous avons un groupe électrogène à Gasoil. Ce qui fait que la consommation est un peu faible et estimée à environ 30 litres chaque quatre jours. Donc, nous perdons ainsi 30 litres de gasoil en raison de 750 CFA le litre. Je vous dis très sincèrement que les charges du groupe électrogène ne sont pas comparables à celles de l’électricité. Honnêtement, le fonctionnement sur les groupes électrogènes est difficile à porter par les stations ».

Pour M. Sissoko, à cause de manque d’électricité, beaucoup de stations sont actuellement à l’arrêt. « Je connais beaucoup de stations qui ont complètement arrêté de travailler. Et si la situation continuait comme ça, d’autres vont rejoindre le rang. La situation est intenable, sauf pour quelques stations », a-t-il ajouté.

Dans les plus grandes stations de service, les efforts pour compenser le manque d’électricité sont colossaux. A la station Somayaf Korofina Tournant, un gérant, estime, sous anonymat, qu’entre 80 et 100 litres d’essences sont utilisés pour alimenter le groupe électrogène. « Ce n’est pas une petite station. Nous avons quatre grandes pompes ici et nous utilisons entre 80 et 100 litres d’essence par jour dans le groupe électrogène. Parce que nous passons plus de temps sur le groupe que sur l’EDM », a-t-il souligné.

En général, les stations-service sont à bout de souffle, puisqu’elles sont appelées à servir leurs clients quels que soit la quantité et le moment. Ce sont des groupes électrogènes qui doivent permanemment alimenter tout le système en l’absence de l’EDM. Face à cette situation, les promoteurs des stations sollicitent des mesures d’urgences pour rétablir les réseaux électriques de l’Énergie du Mali-Sa.

Amadou Kodio

Source: Ziré

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