Cheick Modibo Diarra : la vraie raison du « non »

S’il veut être candidat à la prochaine présidentielle, l’astrophysicien et ancien premier ministre  devrait sortir de cette confortable situation de citoyen américain et de décider de garder la seule nationalité malienne. Un choix qui se révèle cornélien.

Cheick Modibo Diarra, candidat malheureux à la dernière présidentielle, l’astrophysicien de renommée internationale, après avoir occupé le fauteuil de premier ministre doté de pleins pouvoirs sous la précédente transition, a appelé ses partisans du Rassemblement pour le développement du Mali (RpDM) à voter « non » au référendum du 18 juin. Né en 1952 à Nioro-du-Sahel, au Mali cet homme d’État malien est également citoyen américain. Or, au regard d’une disposition du projet de constitution s’il aspire briguer la magistrature suprême, Cheick Modibo Diarra devrait au préalable renoncer à sa nationalité américaine. Sortir de cette confortable situation et de décider de garder la seule nationalité malienne se révèle un choix cornélien. Renoncer à sa nationalité américaine est lourd de conséquence car on perd son passeport, son droit de vote et la possibilité de circuler librement.

Depuis quelques années, la bi nationalité fait débat en de multiples endroits du globe. Dans un contexte de surenchères identitaires et de tensions géopolitiques, elle est appréhendée comme un danger pour les cohésions nationales. La double allégeance évoque sous bien de cieux la trahison, la subversion, l’espionnage. En clair, les binationaux demeurent souvent l’objet de méfiance. Un binational serait naturellement enclin à privilégier dans les marchés, les sociétés et les expertises, le pays étranger dont il porte la nationalité, en considérant que, ce faisant, il sert la patrie et ses intérêts supérieurs et que le pays dont il porte la nationalité propose le nec plus ultra et que son offre est toujours la meilleure.

Bouée de sauvetage perdue

Aussi, les binationaux ont l’impression de disposer d’asiles potentiels vers lesquels ils pourraient recourir au cas où la situation économique, sociale ou politique du pays d’origine ne leur permettrait pas de protéger ou d’élargir davantage leurs intérêts. De ce fait, ils considèrent qu’ils ont un autre pays où s’établir allègrement, en laissant derrière la ruine. Ce faisant, ils rechignent à assumer une quelconque responsabilité dans la gestion du pays d’origine, dès lors qu’ils sont liés à un pays tiers par le lien de la nationalité qui leur sert de bouée de sauvetage.

Le changement ne rend vraiment pas service à Cheick Modibo Diarra qui peste contre le projet de constitution soumis à référendum le 18 juin, usant de dénonciation de ce qu’il considère comme « une violation de l’article 118 de la loi fondamentale du 25 février 1992, de la Chartre de la transition », entre autres.

Cet article auquel il fait référence stipule que « l’initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au président de la République et aux députés. Le projet ou la proposition de révision doit être voté par l’Assemblée nationale à la majorité des deux tiers de ses membres. La révision n’est définitive qu’après avoir été approuvée par référendum. Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire. »

Fanfan

Source : L’Informateur