Edito : Rififi pour le leadership de l’Islam au Mali

à la une Accueil Actualités Au Mali Flash infos Infos en continus Non classé Société

Une Association religieuse musulmane a fait un sit-in, le vendredi 19 mai, devant le siège du Haut Conseil Islamique du Mali  (HCIM). Elle réclame   la démission de son président.   Motif avancé par cette association : Ousmane Madani Haïdara, Guide des Ançardines,  ne  protégerait  pas  la religion musulmane. En l’occurrence, pour avoir  défendu Cheriffoula  TV dont son association religieuse en est la promotrice.

Pour les détracteurs de Haïdara, Cheriffoula TV n’aurait pas dû  accepter  la couverture médiatique d’une cérémonie organisée par des non musulmans.  Qui s’opposent  à l’Islam. Alors que   le président du HCIM  raisonne  que  Cheriffoula  TV est bien une entreprise commerciale. En tant que telle, elle  est tenue de faire ses prestations de service sans distinction de race ni de religion.

Cet épisode conflictuel n’est hélas  qu’un prétexte  pour le déclenchement des hostilités religieuses au Mali. Car en réalité,  ce sont deux visions (tendances)  du sunnisme qui sont visiblement en train de  s’opposer au Mali.  Alors que l’Islam sunnite y est majoritairement  pratiqué. Ces  deux principales tendances sont : D’une part,  la tendance  des confréries musulmanes qui pratiquent  les rites de : la Kadiriyya, la Tijaniyya  et de  la Hamalliyya ; D’autre part, la wahhabiyya qui prône le rite Wahhabite.

La Kadiriyya,  se réfère à Abd-el-Kadir al-Jilânî (1077-1166). Elle est présente dans notre pays depuis le 15ème siècle et reste majoritaire dans le Sahel, en bordure du Sahara. Elle a imprégné des générations de musulmans africains d’un esprit de tolérance et de rectitude morale. Alors que la Tijaniyya est  fondée dans le Nord de l’Afrique par Ahmed al-Tijânî (1737-1818) vers la fin du 18ème siècle. Elle s’est très vite répandue dans le monde musulman. En Afrique de l’Ouest, grâce au jihad d’Al-Hajj Umar Tall,  vers le milieu du 19ème siècle, la Tijaniyya est devenue dominante ;

Quant à la Hamalliyya, elle   se veut la vraie Tijaniyya originelle. Elle est désignée du nom du principal propagateur de la confrérie, le Checkh  Hamâ’ullah (mort en France en 1940). Ses membres sont aussi appelés les « onze grains », parce qu’ils récitent onze fois la prière nommée « la perle de la perfection », alors que les Tijaniyya le récitent douze fois. Le centre de la Hamalliyya se trouve à Nioro du Sahel et elle est répandue dans toute l’Afrique de l’Ouest. Au Mali, ces confréries restent généralement assez discrètes.

En revanche, la wahhabiyya (ou  Wahhabisme) se pratique également au Mali. C’est un courant du sunnisme qui tranche  avec les confréries. Il s’agit d’un mouvement de réforme initié en Arabie Saoudite  au 18ème siècle (il y a environ 250 ans !) par Mohammed ibn Abd-al- Wahhab (1703- 1791. Ce dernier voulait purifier l’islam, le débarrasser de toutes les pratiques ajoutées au cours des siècles (il fit abattre les arbres sacrés et détruire les tombes des Saints). Il s’agissait de recréer la pratique religieuse et la situation politique qui prévalaient à l’époque du prophète Mohammed, considérée comme un âge d’or. Ce concept religieux de l’Islam sunnite est introduit au Mali, il y a moins de cent (100) ans.

Historiquement, l’islam s’est construit  au Mali à partir de différentes composantes, parfois en compétition. Cet Islam a  toujours  accompagné de grands projets d’organisation socio-spatiale, tels que ceux qui ont permis l’établissement des empires du Ghana, du Mali ou encore du Songhoy. Il s’y est généralement enrichi de connaissances, savoir-faire et pratiques locales.

Mais  actuellement, on assiste à une  réorganisation  du domaine  religieux, notamment autour d’un islam brandi à la fois comme un étendard de la refondation identitaire et comme socle du contrôle territorial. Ce qui contraste avec  l’islam qui prévalait au Mali,  marqué d’empreintes diverses. De sorte que  la cohabitation  pacifique des tendances du sunnisme disparaît. Et  la rivalité s’intensifie  entre elles. Jusqu’à ce que  les dignitaires  des  deux tendances  religieuses  de l’Islam   s’affrontent  vertement. En l’occurrence,   dans  l’interprétation  du  Saint-Coran  ou des  hadiths.  Cette  malheureuse  situation,  qui  contribue  incontestablement à créer  la désunion  au sein de la Umma Islamique, est  hélas  en train de prendre  de l’ampleur.

Plus que jamais, la tendance des confréries  et celle du wahhabisme  évoluent dans une grande adversité. Chacune  lutte en réalité  pour  prendre le leadership de l’Islam au Mali.  Leurs dignitaires  n’hésitent plus  à se lancer, à travers  des supports médiatiques et les réseaux sociaux,  dans une  diatribe  les uns contre les autres.

Toutes choses qui aident  (plutôt) à ternir  la bonne image de l’Islam dans notre pays. A tel point  que les fidèles musulmans se perdent en conjectures, ne sachant  plus à quel saint se vouer. Dans le contexte de crises multidimensionnelles qui perdurent dans notre pays, les dignitaires musulmans  ne devraient-ils pas faire  l’économie d’un  conflit  coreligionnaire ?

Gaoussou Madani Traoré

Source : Le Pélican

 

 

 

Last Updated on 25/05/2023 by Ousmane BALLO