CNT / Gouvernement : Diaw, trop docile

En sa qualité de président de l’organe législatif et de contrôle des actions du gouvernement de la transition, le Conseil national de Transition (CNT), le Col. Malick Diaw, a tenu le 3 avril 2023, à l’occasion de l’ouverture de la session ordinaire dudit Conseil, un discours qui semble être téléguidé. Dans cette allocution très docile ou soumise, le président du CNT fait la part belle au gouvernement, en choisissant d’ignorer des préoccupations des forces vives de la nation que le CNT est censé représenter.

En écoutant Col. Malick Diaw ce 3 avril 2023 au Centre international des Conférences de Bamako, l’on a envie de dire que tout se passe à merveille au Mali. «…Tout en saluant les excellents résultats déjà obtenus, j’encourage davantage le gouvernement dans la mise en œuvre effective et diligente de toutes actions en lien avec l’amélioration des conditions de vie et de travail de nos concitoyens. Sur ce chapitre, je vous donne l’assurance que vous pourrez toujours compter sur le CNT pour vous accompagner dans vos efforts » s’est dressé Malick Diaw au Premier ministre, Choguel Kokala Maïga.

Certes, l’on ne doit pas du tout désespérer, mais il faut le dire, lors de cette cérémonie solennelle qui a mobilisé quasiment tout le gouvernement et qui a été suivie en direct à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, le Col. Diaw, en tant que président de l’organe qui représente l’ensemble des forces vives de la nation, devrait  avoir l’amabilité d’aborder quelques préoccupations du peuple malien et inviter les ministres concernés à les prendre en charge du mieux qu’ils peuvent. Il s’agit, entre autres, de la situation de nos compatriotes en Tunisie ; des grèves dans le secteur de la santé ; de la vie chère ; du délestage de l’EDM-SA ; de la situation des écoles fermées à cause de l’insécurité ; du respect du  chronogramme de la transition.

Au contraire, le président du CNT s’est vite positionné en pompier pour le gouvernement en invitant les forces vives à participer activement et massivement au reste du processus de validation du projet de la Constitution.  « Nous invitons, par conséquent, toutes les forces vives du pays, toutes les couches sociopolitiques, tous les Maliens de l’intérieur et ceux établis à l’extérieur, à s’approprier le document et à participer activement et massivement au reste du processus de validation. Je veux parler notamment du référendum constitutionnel dont la nouvelle date sera bientôt fixée après concertation avec l’AIGE et tous les autres acteurs électoraux. Pour sa part, le CNT se fera l’agréable devoir d’accompagner le président de la Transition et le gouvernement jusqu’au terme du processus, c’est-à-dire jusqu’à l’adoption de la nouvelle Constitution consacrant la IVe République du Mali », a-t-il souligné.

Le CNT sous tutelle du gouvernement ?

Certes, il n’y a pas lieu pour le CNT de s’opposer à ce projet, mais il devrait forcément veiller à ce que le processus soit le plus inclusif possible. Donc, au lieu d’inviter les forces vives à participer activement et massivement au reste du processus de validation de la Constitution, il devrait insister auprès de chaque ministre de la République d’être ambassadeur du projet pour mieux l’expliquer au peuple malien, conformément aux aspirations du chef de l’Etat.

Pire, au lieu de rappeler directement au ministre du Commerce l’incapacité de ses services techniques à pouvoir faire respecter les prix de plafonds des produits de première nécessité qu’ils ont eux-mêmes fixés à l’occasion du mois de ramadan, Malick Diaw s’est contenté de dire : « Je profite de cette occasion pour décrier fortement les comportements de certains de nos compatriotes qui exploitent ces moments particuliers de piété pour s’adonner à la spéculation sur les produits de première nécessité dans les marchés. Les nombreux sacrifices régulièrement consentis par l’Etat et les faîtières des opérateurs économiques que nous apprécions à leur juste valeur visent exclusivement à soulager nos populations. Par conséquent, ils ne doivent nullement être récupérés, voire exploités par d’autres concitoyens à des fins de surenchère ou d’enrichissement illicite. Nous nous réjouissons des initiatives déjà prises par le gouvernement dans ce sens, néanmoins, nous lui demandons de continuer à prendre toutes les mesures qui s’imposent pour enrayer définitivement ce fléau. »

Naturellement, Col. Diaw a salué l’offensive des forces armées maliennes contre les groupes armés terroristes avant de préciser que la session d’avril était la troisième que connaissait le CNT depuis sa mise en place le 5 décembre 2020. Selon lui, elle s’étendra sur une période de 3 mois et compte déjà une trentaine de projets et de propositions de loi inscrits dans son tableau de saisines. « D’autres dépôts viendront certainement enrichir le menu des travaux en cours de session. En tout état de cause, le CNT reste largement disposé à examiner avec toute l’attention et la diligence requises, tout projet ou proposition de loi visant la réussite de la transition, le bon fonctionnement de l’Etat et l’amélioration des conditions de vie et de travail des Maliens », a-t-il ajouté.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Malick Diaw n’a pas été celui que l’on a connu le 17 juin 2022, lors de l’adoption du projet de loi électoral. Tranché et catégorique, ce jour-là, le président du CNT n’a pas hésité à interrompre le ministre de la Refondation, chargé des Relations avec les institutions, Ibrahim Ikassa Maïga, en lui disant : « Monsieur le ministre, excusez-moi de vous interrompre. Je voulais aussi rappeler que l’un des problèmes majeurs de la Transition est le temps. C’est le temps, notre ennemi. Moi, je crois que cette transition ne doit pas aussi être une période d’essai. On l’a dit et on le redit. Nous allons à l’essentiel.» Sommes-nous à l’essentiel ?

Ousmane BALLO

Source : Ziré

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