Suspension des ONG financées par la France : une décision folle !

Après l’annonce de la suspension de l’aide publique au développement de la France envers le Mali, les autorités de la transition ont suspendu, à leur tour, toutes les ONG opérant sur le territoire malien sur le financement de l’Etat Français. Quand bien même que l’apport des ONG est fondamental pour les populations, surtout dans les zones de conflit. Donc, c’est une décision qui risque d’affecter sérieusement des ONG aussi bien que leurs bénéficiaires.

C’est une autre décision folle des autorités de la transition, après le divorce entre le Mali et la France. Depuis la phase dite de rectification de la Transition au Mali, les relations entre Paris et Bamako ne se sont jamais améliorées. Au contraire, elles se détériorent toujours les jours.

La plus récente est celle qui concerne l’arrêt de l’aide publique au développement envers le Mali. En effet, depuis le 16 février 2022, la France a annoncé la suspension de son aide publique au développement à destination du Mali aux motifs de la coopération entre le Mali et la Russie et le risque de détournement de cette aide. Des motifs qualifiés  de fallacieux par Bamako qui estime que Paris tente de chanter les autorités de la transition dans son changement de partenaire sur le plan militaire.

La réplique à tout risque de Bamako !

Ainsi, comme réplique à cette décision, les autorités de la transition malienne ont décidé avec effet immédiat la suspension de toutes les activités menées par les ONG opérant au Mali sur financement ou avec l’appui matériel ou technique de la France. « Le gouvernement de la Transition décide d’interdire, avec effet immédiat, toutes les activités menées par les ONG opérant au Mali sur financement ou avec l’appui matériel ou technique de la France, y compris dans le domaine humanitaire. Le gouvernement de la Transition invite le peuple malien à rester serein et à soutenir les Autorités de la Transition dans leur noble mission de refondation de l’Etat et de lutte implacable contre les groupes terroristes », peut-on lire dans le communiqué du gouvernement publié le 21 novembre 2022.

Des ONG plient déjà bagages !

Dès le lendemain du communiqué demandant la suspension des opérations, certaines ONG ont déjà annoncé l’arrêt des activités, tels que Médecins du Monde Belgique. Dans un communiqué, l’organisation internationale déclare : « Suite au communiqué N° 042 du gouvernement de la Transition décidant ‘’d’interdire, avec effet immédiat, toutes les activités menées par les ONG opérant au Mall sur financement ou avec l’appui matériel ou technique de la France, y compris dans le domaine humanitaire’’, nous Médecins du Monde Belgique au Mali procédons à la suspension immédiate de nos activités.»

Bien que cette audacieuse décision du gouvernement ait été justifiée par motif du respect des principes élucidés par les autorités notamment le respect de la souveraineté du Mali ; le respect des choix de partenaires et des choix stratégiques opérés par le Mali ; la prise en compte des intérêts vitaux du peuple malien dans les décisions…, elle risque d’avoir de graves conséquences sur la population, particulièrement dans les zones en conflit.

Pour celui qui connaît un peu le septentrion malien, l’on sait que l’État et ses services sociaux de bases sont absents sur la quasi-totalité des zones de conflits. Au-delà du soutien humanitaire aux victimes de guerre, notamment les déplacés internes, les ONG assurent les services de fonctionnement des districts sanitaires avec des fonds d’accompagnement aux collectivités et à des organisations non gouvernementales maliennes ou étrangères. Parmi ces ONG, il y a bien certaines qui sont financées par l’État malien ou reçoivent l’aide de la France à travers l’Agence française de Développement (AFD).

Quoi qu’il en soit, les conséquences de cette décision pourraient être très lourdes pour la population malienne déjà très affectée par la crise multidimensionnelle qui sévit le pays depuis plus d’une décennie. Surtout quand l’on sait que plusieurs ONG ont déjà exprimé leurs inquiétudes tout en rappelant que 7,5 millions de Maliens ont besoin d’aide humanitaire, soit plus de 35 % de la population en cette période de crise.

Amadou Kodio

Source : Ziré