Mali : des toilettes pas commodes pour les déplacés à Sénou et Faladiè

Dans les camps de déplacés internes à Sénou et à Faladiè en Commune VI du District de Bamako, les habitants disposent, certes, de toilettes, mais elles ne sont pas toutes praticables. Pire à Faladiè, la plupart des latrines sont pleines et les usagers, n’ayant pas les moyens pour les évacuer, se débrouillent. Une situation très difficile et pénible  à vivre. Reportage !

Lundi, 21 novembre 2022. Il est 8 heures 43 minutes au camp de déplacés internes à Sénou, en Commune VI du District de Bamako. Tout est calme. Le soleil est toujours clément. A l’entrée du camp, des enfants, torse nu, se défoulent et se pourchassent. Nous nous adressons à l’un deux : « Bonjour ! Nous voulons parler à un responsable du camp.»

L’enfant se retourne vers ses camarades, il échange avec eux en peulh, puis, sans un feed-back, il file entre les tentes. Une minute après, il revient, accompagné d’un vieil homme visiblement âgé de plus de soixante ans. Ce dernier nous salue en peulh et nous sert la main. Nous lui déclinons l’objet de notre visite en bambara : « Nous sommes en train de réaliser un reportage dans le cadre de la célébration de la journée mondiale des toilettes, édition 2022. Donc, nous sommes là pour échanger avec les responsables du camp ». Le vieux est resté immobile. Il ne comprend que le peulh et il fait recours à un jeune qui lui traduit notre message.

Après des échanges en peulh, le jeune nous confie : « Nous avons compris. Sauf qu’ici, les choses ont un peu changé. Nous avons des représentants qui parlent au nom de nous tous. L’un d’eux s’appelle Oumar Dicko. Il se trouve de l’autre côté du camp. Venez, je vais vous y conduire.»

Nous traversons le camp. C’est un lieu bien assaini. Les tentes sont joyeusement installées. C’est un véritable quartier peulh, érigé à l’est du quartier de Sénou. Nous arrivons sous la grande tente qui abrite Oumar Dicko. Ici, c’est le quartier général où tout se gère et se décide au nom de l’ensemble des habitants du camp.

Couché sur sa longue chaise de porte-parole, Oumar Dicko se redresse et nous invite à prendre place. Après les salutations et les présentations d’usage, nous lui déclinons l’objet de notre visite. Il prend un peu son temps, certainement pour se faire une idée, puis il demande à voir nos pièces. Nous les lui filons et il les lit, puis nous les retourne.  Il est maintenant convaincu.

C’est ainsi que nous avons engagé les échanges. « Ici, 368 foyers, soit 5 500 personnes, habitent ce camp depuis le 25 mai 2018. Aujourd’hui, nous disposons de trente-deux toilettes publiques toutes construites par des partenaires et de personnes de bonne volonté », nous confie-t-il. Il s’agit précisément des toilettes construites en dur et d’autres faites de feuilles de tôle, dont la plupart sont dotées de latrines traditionnelles.

Selon lui, ces toilettes sont suffisantes pour les habitants du camp. « Ces trente-deux toilettes sont vraiment suffisantes pour nous. Le seul problème auquel nous faisons face aujourd’hui, c’est leur entretien. Nous n’avons pas suffisamment de kits d’entretien, tels que savon, eau de javel et autres matériels de nettoyage », ajoute-t-il.

Oumar Dicko, nous raconte également que le camp dispose de deux forages d’eau réalisés toujours par des partenaires et qui ont tous besoin aujourd’hui d’entretien. « Mais aujourd’hui, ces forages ne donnent pas assez d’eau. Nous pensons qu’ils ont besoin d’être entretenus », précise-t-il.

35 toilettes sur 50 impraticables à Faladiè !

A Faladiè, des déplacés internes sont également là. C’est un site qui rivalise avec les parcs à bétails. Ici, l’on marche sur les excréments de vaches dans les différentes ruelles des tentes. « Nous sommes habitués à tout ça », nous dit Hama Diallo, porte-parole du camp. Selon lui, ce site abrite,  depuis quatre ans, 336 foyers pour cinquante toilettes, dont trente-cinq sont sales ou même impraticables.

« Venez vous-mêmes voir ces toilettes », nous invite-t-il. Nous acceptons. C’est ainsi qu’une visite guidée est initiée à l’intérieur des tentes toutes ornées de poussière. Sans gêne, Hama Diallo ouvre les toilettes.  « Rentrez.. ! Filmez… ! », dit-il à chaque fois qu’il ouvre une toilette. A l’intérieur de certaines de ces toilettes, il est pratiquement impossible de passer trente secondes, à cause des odeurs pestilentielles. Par endroits, des dalles sont cassées et on sent l’abandon.

« Ce sont des partenaires et des personnes de bonne volonté qui nous ont construit ces toilettes. Après, nous avons mis en place une commission pour leur entretien. Mais aujourd’hui, nous n’avons pas les moyens pour entretenir toutes ces toilettes, surtout celles dont les latrines sont déjà pleines », nous confie-t-il.

Hama Diallo n’a pas non plus manqué de déplorer le difficile accès des habitants du camp à l’eau potable. « Ici, nous avons accès à deux forages, dont l’un est payant. Parfois le seul qui est gratuit, tombe en panne. Ce qui rend souvent très difficile l’accès des habitants du camp à l’eau, surtout quand on sait que tout le monde n’a pas les moyens de payer l’eau tous les jours », précise-t-il.

Au camp de Sénou comme dans celui de Faladiè, l’accès des déplacés internes à des toilettes décentes n’est pas encore une réalité. C’est une situation qui interpelle vivement les autorités maliennes, engagés dans l’atteinte de l’Objectif de Développement Durable numéro 6 (ODD6) qui prévoie l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement d’ici à 2030. Mais pour l’heure, l’urgence est là. Il s’agit de faire en sorte que ces toilettes ne soient une autre source de maladies pour les usagers déjà affectées par la guerre qui les a faits déplacer du centre du pays.

Ousmane BALLO / Afrikinfos-Mali