Mali : l’accès à des toilettes décentes, une situation toujours préoccupante

« Les décideurs et les responsables politiques doivent accélérer les progrès en matière d’assainissement et veiller à ce que le lien entre l’assainissement et les eaux souterraines soit pris en compte dans la législation et les directives connexes à tous les niveaux: international, national et local. Il convient d’accroître les ressources à allouer à l’eau et à l’assainissement sur le budget d’Etat. Des efforts ont été consentis par le Mali dans ce sens avec l’allocation de 3,58 % du budget national à l’eau et à l’assainissement, mais on peut mieux faire. De même, les pays donateurs doivent également doubler leurs financements en faveur de l’assainissement ». C’est là l’un des plaidoyers de WaterAid en faveur de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement de qualité, mené le 18 novembre 2022, lors sa traditionnelle conférence de presse, organisée avec le Ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable, dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale des toilettes.

La Journée mondiale des toilettes est célébrée chaque 19 novembre dans le monde. Cette année, le thème retenu au niveau international est «Eaux souterraines et Assainissement ? » et avec un slogan « Rendre visible l’invisible». Ce thème met en lumière l’impact de la crise de l’assainissement sur les eaux souterraines.

« Lorsque les systèmes d’assainissement sont inadaptés, les déchets humains sont répandus dans les rivières, les lacs et les sols, polluant les ressources en eau qui se trouvent sous nos pieds. Toutefois, ce problème semble être invisible. D’une part parce qu’il se déroule sous terre. D’autre part parce qu’il touche en premier lieu les communautés les plus pauvres et les plus marginalisées. Un système d’assainissement géré en toute sécurité évite que les eaux souterraines ne soient polluées par les déchets humains. En adoptant l’objectif de développement durable n ° 6.2, les pays du monde entier se sont engagés à garantir un accès universel à des toilettes sûres d’ici à 2030. Cela signifie que chacun doit pouvoir accéder à des toilettes reliées à un système d’assainissement qui élimine et traite efficacement les déchets humains. Malheureusement, nous sommes encore très loin d’atteindre cet objectif. Il va falloir quadrupler les efforts pour que chacun dispose de toilettes sûres d’ici à 2030. Le lien entre l’assainissement et les eaux souterraines ne peut être négligé. Le temps presse. Nous devons rendre visible l’invisible »,  a souligné l’organisation internationale, WaterAid, dans un document remis à la presse.

Selon le même document, l’accès à des services d’assainissement correctement gérés, associé à des services d’eau potable sûrs et à des installations et des comportements hygiéniques, est à la base même de la santé publique et constitue l’une des conditions essentielles à la réalisation de tous les autres droits de l’homme. « Les toilettes contribuent à améliorer la santé publique, l’égalité des sexes, l’éducation, l’économie et l’environnement. Avoir des toilettes à la maison, à récole et au travail aide notamment les femmes et les jeunes filles à réaliser leur potentiel et à jouer pleinement leur rôle dans la société, indépendamment des menstruations et des grossesses », peut-on lire dans le document.

45 % des Maliens ont accès à des toilettes décentes

Dans son intervention, le représentant du ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable, M. Drissa Traoré, a précisé que pour une nappe phréatique polluée, il faut cinq mille ans pour qu’elle soit dépolluée. Parlant de la protection de l’environnement, il précise : « Le gouvernement ne peut avoir des résultats tangibles qu’avec l’appui des partenaires. »

Selon M. Alassane Maïga, Directeur du département Programme et Plaidoyer à WaterAid, la journée mondiale des toilettes est salutaire. Après avoir salué les efforts du gouvernement, il ajoute que la célébration de cette journée sous le thème «Eaux souterraines et Assainissement ?» est significative et interpelle tous. « Les eaux souterraines, on ne le constate pas, mais elles sont souillées par les eaux de toilette non protégées », précise-t-il.

Le Directeur du département Programme et Plaidoyer à WaterAid a également souligné qu’il ressort du rapport 2021 de JMP (Joint Program Monitoring) que seulement 45 % des Maliens ont accès à des toilettes décentes. « WaterAid travaille dans les écoles et centres de santé, elle accompagne l’Etat. Mais, son  intervention est une goutte d’eau dans la Mer. Donc, il faut l’accompagnement de tous », souligne-t-il.

Après avoir rappelé qu’il  ne reste que huit ans de l’Objectifs de Développement Durable N° 6 (ODD6) qui prévoie un accès universel à l’eau potable et à l’assainissement d’ici à 2030, M. Alassane Maïga a réitéré l’engendrement de WaterAid et a invité les autorités maliennes à accorder plus de financement au secteur.

Principe pollueur-payeur…

Quant à M. Ousmane Kida de la Coalition National-Campagne Internationale pour Eau, Hygiène et Assainissement (CN-CIEPA/WASH), il a déploré l’absence d’infrastructures au niveau individuel et collectif, ainsi que le manque des ressources financières et humaines. « Aucun système connecté n’existe à Bamako pour acheminer les eaux usée et les boues de vidange pour traitement », souligne-t-il.

Ainsi, M. Ousmane Kida propose le principe ‘’pollueur-payeur’’ comme l’une des solutions pour le financement du secteur  « Nous polluons tous l’environnement. Donc, chacun de nous doit payer », précise-t-il. Il propose également à ce que les frais du traitement des eaux usées soient  incorporés aux factures d’eau à tous les niveaux. Le même système est applicable, selon lui, sur les produits de téléphonie. « Ce sont des propositions de la société civile. Mais, le dernier mot revient toujours aux autorités », a-t-il lancé.

Avec seulement 45 % d’accès à des toilettes décentes, les acteurs du secteur eau, hygiène et assainissement pensent que les autorités et tous les partenaires doivent quadrupler leurs efforts, s’ils veulent réellement que le Mali soit au rendez-vous de l’ODD6.

Ousmane BALLO / Afrikinfos-Mali

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