Insécurité, famine… : mon colonel que faire ?

Investi président de la Transition et chef de l’État, le  7 juin 2021, à la suite d’un nouveau coup d’Etat appelé  la rectification de la trajectoire de la Transition, le colonel Assimi GOITA est l’homme sur qui toutes les confiances ont été placées. Mais dix-huit 18 mois après, des  défis demeurent toujours.

Généralement, la transition est une période courte, durant laquelle l’on travaille à rétablir le retour à l’ordre constitutionnel avec l’organisation des élections libres et transparentes. Mais tel n’est pas le cas avec cette transition dirigée en majorité par des militaires en qui une confiance aveugle est accordée par le peuple malien, désormais déçu par la classe politique.

Certes, l’armée a été suffisamment dotée d’armements de guerre, mais le peuple  reste impatient du retour définitif de la sécurité, surtout dans le centre et le nord du pays, où, dans certaines localités, les populations manquent toujours de tous les services sociaux de base. Au niveau des institutions, la gouvernance de rupture annoncée par les autorités et voulu par les Assises nationales de refondation reste de simples illusions.

Du coup, s’il y a un défi à relever pour cette transition, c’est bien celui de l’insécurité, pour lequel le colonel Assimi Goïta et ses compagnons ont été sollicités et soutenus contre un régime démocratique le 18 août 2020. Aujourd’hui encore,  cette même insécurité règne dans la quasi-totalité du pays. Après avoir attaqué et empêché des paysans  aux travaux champêtres dans des localités au centre du pays, les terroristes n’hésitent pas actuellement à réduire en cendres  toutes les récoltes qu’ils trouvent sur leurs chemins.

Il y a juste une semaine, l’on a vu des récoltes de plusieurs villages totalement brûlées, dont celles de Beredougou dans la commune rurale de Lanfiala et Anlèdaga dans le cercle de Bankass, région de Mopti, tout comme à Niarocoura et à Loutan, dans la commune de Kolongo, cercle de Ke-Macina. Les assaillants, après leurs forfaits, se sont enfuis avec des sacs de riz et un engin. Cette zone est toujours sous l’influence des groupes armés terroristes qui ont pour cible les récoltes des paysans.

Dans cette même zone, des hommes armés ont incendié 24,5 hectares de champs de riz, entre le 6 et le 10 novembre 2022 dans le village de Bamako-coura, un village situé dans la commune de Dogofry, cercle de Niono. « Suite à cette situation, nous avons sommé les paysans de ne plus rassembler leurs épis aux mêmes endroits, sinon ils reviendront y mettre le feu », a confié un élu local sous couvert d’anonymat  au Studio Tamani.

Des accords de non-agression

Face à l’insoutenable pendant plus d’une décennie en l’absence de l’État, des populations de plusieurs localités du centre du pays ont été contraintes de signer des accords de non-agression avec ces forces obscurantistes. Ces accords, pour beaucoup de villages, sont signés parce que les habitants n’ont aucun autre moyen pour se protéger, ainsi que leurs biens, même s’ils savent que ces accords ne sont qu’une soumission au diktat des maîtres des lieux.

« Aujourd’hui beaucoup de villages au centre du Mali ont signé des accords avec les djihadistes pour se protéger. Presque dans les 70% de nos villages au centre du pays et dans les zones de Niono, les gens ont signé des accords avec les djihadistes parce que l’armée, dont je salue les efforts, n’arrive pas à les protéger. Cela est une réalité », a déclaré la semaine  dernière Housseini Amion Guindo, président de la CODEM. Voilà des faits qui doivent amener la hiérarchie militaire à revoir la stratégie d’intervention sur le terrain.

Au même moment, la Croix Rouge malienne note quelque 2,8 millions de personnes souffrent de la faim au Mali, dont 1,8 millions ont besoin d’une assistance alimentaire d’urgence, en raison des effets combinés de la crise climatique et de l’insécurité. Pire, il est très difficile aujourd’hui d’apporter une assistance à certaines de ces populations vulnérables en raison de l’insécurité. « De nombreuses communautés n’ont pas reçu d’assistance, en raison d’une faible mobilisation des ressources financières et des difficultés d’accès dans certaines zones. Les pénuries alimentaires amènent de nombreux ménages pauvres à recourir à des stratégies d’adaptation néfastes », a déclaré Mme Assitan Coulibaly, présidente de la Croix-Rouge malienne.

Malgré les efforts fournis par les autorités de la transition dans le cadre de la sécurisation du pays, il faut reconnaître que beaucoup restent à faire. Il s’agit de faire en sorte que la sécurité revienne dans le pays et que les échéances électorales se tiennent dans le délai et sur l’ensemble du territoire national.

Amadou Kodio

Source : Ziré