Forum de Bamako : sortie ratée de l’imam ! 

L’édition de cette année du « Forum de Bamako » s’est tenue, le jeudi dernier, dans notre capitale. Parmi les invités et intervenants, il y avait l’imam Mahmoud Dicko. Occasion pour le leader religieux de… sortir une nouvelle fois de sa mosquée pour se retrouver dans l’arène politique. Visiblement, l’imam Dicko (écarté des sphères décisionnelles de l’État depuis un certain temps) a du mal à digérer d’être à la touche. Lui qui a activement pris part au soulèvement populaire contre le régime de IBK. En venant au Forum, Mahmoud Dicko avait-il un message particulier à faire passer à l’assistance, au-delà, à une certaine communauté internationale ? Le religieux de Badalabougou (siège où il réside) voulait-il se faire entendre des nouvelles autorités ? L’imam est-il chargé d’une mission commanditée ? Voilà autant de questions qui sont posées après certains propos tenus par Dicko contre les autorités de la transition. 

Cette sortie du religieux a provoqué Moult réactions à travers le pays et même au-delà de nos frontières. Du Chérif de Nioro, M’Bouillé Haïdara, au très médiatique imam Mahi Ouattara, en passant par l’ancien Ministre Seydou Traoré, les réactions ont fusé de partout. S’y ajoute celles (plus acerbes) de centaines de personnes qui ont exprimé leur colère sur les réseaux sociaux. En somme, l’on assiste à une véritable levée de boucliers contre cette posture de l’imam contre la transition au moment où certains à l’extérieur s’attaquent aux fondements mêmes du Mali : SON UNITÉ ! 

Hasard de calendrier ou simple coïncidence ? Cette sortie de Dicko est intervenue quelques jours seulement après une entrevue, le 14 mai dernier, entre le même Dicko et le Représentant de la Délégation de l’UE au Mali, Bart Ouvry, également présent au Forum. D’où beaucoup de supputations et de soupçons au sujet du nouveau  » partenariat et d’échanges  » (ce sont les propos de l’imam) que le diplomate entend établir entre eux deux. En attendant, nous vous livrons les réactions du Chérif de Nioro, Seydou Traoré, Ancien ministre, et  Ismaïla ALHASSANE dit Bacho, Ingénieur, Agronome, Sociologue.

 L’ancien ministre Seydou Traoré réplique à Mahmoud Dicko : « Imam, vous avez déçu ! »

Seul Dieu est grand

La constance et l’impartialité ne siéent qu’à lui

Seul dieu n’en veut à personne pour son arrogance ici-bas tant il est vrai que chacun est inévitablement comptable devant lui. A l’heure du jugement dernier.

L’imam Dicko, vénéré et respectable patriarche religieux, votre discours au Forum de Bamako, a juste montré que vous êtes un humain parmi les humains, inconstant comme les humains savent l’être, ambiguë comme n’importe quel mortel.

Mais, d’entre les humains, certains sont des élus de Dieu, et leur inconstance déroute, déprécie leurs paroles. Cela perturbe.

Oui, moi je suis perturbé par votre adresse aux autorités de la transition lors du forum de Bamako, 22ème du genre en mai 2022. Discours tenu dans un contexte géopolitique que vous-même avez contribué à éclairer pour le grand public, un jour de décembre 2015.

Alors, quoi de plus normal que dans cet éclairage, face à une situation d’atteinte caractérisée à notre souveraineté que les autorités de la transition soient intransigeantes et arrogantes pour répondre à l’orgueil de la communauté internationale qui se croit et se prend « propriétaire » du Mali!

Iman Dicko, je suis perturbé, à moins que par Qatar et Arabie Saoudite interposés, la France, l’Union Européenne et L’OTAN n’aient eu raison de vos convictions politiques, géopolitiques et géostratégiques. Dans ce cas, vous êtes libre comme tout citoyen de changer de posture et de discours. Mais je vous dit, cela ne vous va pas, et écorche votre image. Mais alors, cela ne vous va pas du tout !

Imam Dicko, personne ne va vous interpeller.

Nos autorités sont respectueuses des droits constitutionnels et ont une éducation qui ne leur permet pas cela.

Par contre, à charge pour vous de vous excusez publiquement, car nous sommes nombreux à nous sentir insultés par vos propos.

Iman Dicko, comme Macron, Florence Parly, Jean Yves Le Drian, le sénateur français  Christian Cambon, président de la Commission des Affaires Étrangères et de la défense, vous nous avez manqué de respect. Vous avez déçu! LA FRANCE DE MACRON JUBILE !

Imam Dicko, soyez rassuré néanmoins de notre respect, de mon respect. Que Dieu vous garde et vous accompagne dans vos fonctions sociales, politiques et religieuses. LUI SEUL saura trouver pour vous le juste milieu pour le bonheur du Mali.

 Seydou Traoré, Ancien ministre

 L’Imam Mahmoud Dicko, un homme à recadrer

 Mahmoud Dicko était un leader que j’appréciais à cause de ses prises de positions sur certains problèmes d’intérêt national qui auraient été mal gérés par le gouvernement et qui pourraient être potentiellement porteurs de germe de conflictualité.

En effet, sous la troisième République, il était l’un des rares si non le seul qui, face aux Présidents de la République, lors des présentations des vœux du nouvel an à Koulouba, dénonçait les dysfonctionnements de la gouvernance du Pouvoir. Il interpellait directement le Président en exercice pour solutionner des situations qui peuvent dégénérer en crise. Cette particularité m’a fait admirer l’homme de Dieu et le leader qu’il était au nom de toutes les communautés islamiques.

Avec le recul du temps et son implication dans certains dossiers, j’ai appris à mieux cerner l’homme dans des contextes différents, ce qui m’a permis de l’analyser dans sa constance ou non avec la vérité, s’il est philanthrope ou égocentriste, défenseur du bien commun ou du mieux-être individuel. Progressivement, j’ai découvert en l’homme un coté véritablement plus tribun mais aussi des facettes selon l’enjeu et l’acteur en face. J’ai réalisé in fine, que sur le compte de l’homme, je me suis trompé. L’homme de foi est aussi un fin stratège politique, et un manipulateur hors pair.

En effet, lorsque le M5-RFP l’avait mis au-devant de la scène dans leur combat contre le régime de IBK, j’avais fait un article d’alerte dans lequel je dénonçais la pratique. J’ai qualifié de collusion inappropriée, ce regroupement des religieux et des politiques qui dans tous les cas sera contreproductive pour le Mali à long terme. Les acteurs du M5-RFP avaient récusé évidemment mon analyse en son temps en disant qu’il n’y avait aucun problème. Aujourd’hui, le résultat est là, patent et sans appel de Kaou Djim à Mahmoud Dicko.

Je ne me donne aucune prétention démesurée pour porter un jugement sur un Imam de la trempe de Mahmoud Dicko, pour ternir son image de quelque manière qu’elle soit ; cependant à mon avis, il n’a pas la sagesse qu’il devrait avoir de par son âge et sa connaissance de la science islamique. Je peux me tromper mais je pense qu’il n’a pas non plus la retenue du malien de son âge et l’intelligence dont les maliens le créditent. Il est plutôt nombriliste, pernicieux et avide, sinon, il se serait abstenu de prendre certaines positions dans le contexte actuel du Mali, son pays qu’il dit tant chérir. Considéré comme tel, je pense que Mahmoud Dicko est un danger public à surveiller de près.

Il reste l’un des rares grands acteurs du changement à ne rien voir de positif dans ce que réussit la transition, y compris les succès militaires. Sur ce registre, Mahmoud est-il différent de l’Elysée ? Non, il en est le prolongement qui libère ses attaques séquentiellement, et à dose homéopathique.

Il est toujours dans l’attaque et la dénonciation, jamais dans la proposition, c’est d’ailleurs pourquoi il n’a pas participé aux Assises Nationales pour la Refondation ; Monsieur se considère comme le Centre de gravité de la décision au Mali.

Le tribun veut qu’on change une équipe qui donne au Mali sa dignité, qui fait l’espoir de tout un continent. Aujourd’hui, les maliens sont respectés partout où ils sont en Afrique et ailleurs, les peuples africains respectent le Mali, parce qu’il incarne un idéal jusque-là inassouvi. Travaillons à ne pas perdre cet avantage, et c’est dans l’union et le travail acharné, chacun au niveau où il se trouve, que ce challenge sera gagné. Il n’y a pas de victoire sans peine.

L’Imam doit rester dans sa mosquée désormais s’il veut s’appeler Imam, ou il ôte la toge de l’Imamat pour la politique qu’il semble tant adorer. Mahmoud Dicko doit se ressaisir avant qu’il ne perde les moyens de son ressaisissement. Il faut être futé pour savoir arrêter de traire la vache pendant qu’elle donne encore du lait, pour le bénéfice du veau.

Personne ne peut faire l’aveugle devant les difficultés actuelles du Mali, qui se justifient d’ailleurs du fait des sanctions de la CEDEAO. Cependant, si tous ensemble les maliens soufflent dans la trompette, peu à peu le pays se relèvera, et nous aurons un pays à nous, où notre culture, notre agriculture, les ressources minières profiteront à notre économie. On ne peut pas manger du fromage sans se passer du lait.

La refondation du Mali est un vaste chantier qui exige de chaque malien un engagement. Personne ne peut dire que tout va bien en ce moment, il sera également malhonnête de ne pas reconnaitre qu’il y a de grosses avancées dans tous les secteurs, et chacun se retrouve justement à un niveau dans un secteur donné.

Aujourd’hui, le sillon est tracé pour le Mali, il est perfectible, et c’est l’Afrique toute entière qui veut s’en saisir.

Pendant ce temps, si l’inaction de certains est un droit que le Mali peut leur concéder, le sabotage de la volonté collective ne sera pas toléré au nom de la raison d’Etat.

Du Nord au Sud, d’Est en Ouest, nous n’avons que le Mali comme Patrie et Destin commun, personne de l’extérieur ne viendra nous le faire. Que le bon Dieu aide le Mali à se libérer !

Ismaïla ALHASSANE dit Bacho

Ingénieur, Agronome, Sociologue

ismailaditbacho@gmail.com

Bamako – Mali.

 Nioro du Sahel : M’Boouyé apporte son soutien à la transition

 Lors de sa traditionnelle prêche, le vendredi dernier, Mohamed Ould Cheicknè a apporté son soutien aux autorités de la transition. Voici ses propos.

« Partout, dans le monde, les dirigeants se font toujours respecter à travers les pouvoirs qu’ils détiennent. Aucun pays n’aime être humilié ou vilipendé par une autre puissance quelconque, quelle que soit la richesse ou la diplomatie de cette dernière.

Moi, Bouyé, ma position reste intacte face à ces dirigeants tant qu’ils continuent à sauver l’honneur et la dignité des Maliens.

Nous avons été humiliés aux yeux du monde entier à travers nos propres dirigeants. Aujourd’hui, notre pays connaît un régime militaire qui donne un nouvel élan et une nouvelle dignité à son peuple.

Raison pour laquelle je réitère, une fois de plus, mon soutien et mon accompagnement à cette transition. Et je demande à mes fidèles et sympathisants de soutenir cette transition ».
Cheick Coulibaly

Chargé de communication

Source : L’Aube

 

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