Fana : l’éducation sexuelle à l’épreuve des coutumes

Fana est une zone rurale, située entre Bamako et Ségou. Elle est devenue très fréquentée par les transporteurs, mais, n’a pas pu perdre sa ruralité. Les ONG recensent annuellement beaucoup de grossesses non désirées et de maladies sexuellement transmissibles. Quels sont les freins à l’éducation sexuelle à Fana ?

Située à quelques kilomètres de Bamako, la ville de Fana malgré qu’elle soit devenue une grande bourgade semble encore ancrée dans les coutumes et les anciennes habitudes. Bachi Berthé, retraité, affirme : « En temps normal, la femme ou la jeune fille ne devrait pas du tout connaitre l’homme et tout ce qui tourne autour de la féminité. C’est à la veille d’aller chez son promis qu’elle recevait la formation adéquate, la formation à la vie de femme. Mais, si on nous dit que la vie change et que les choses changent, c’est peut-être nous qui sommes en retard ou en déphasage avec la réalité. Prévenir ou former les filles à la santé sexuelle et reproductive est une bonne chose si cela se limitait à la question du savoir. Force est de dire que c’est comme si en voulant former, on autorise la débauche ».

Il poursuit : « Ce que l’on voit aujourd’hui et que je déplore surtout, c’est le fait que les jeunes filles, sous prétexte de je ne sais quoi, s’adonnent à du n’importe quoi. Toutes nos filles maintenant ont des enfants hors mariage. C’est à la fois écœurant et désolant ! »

Le vieux Bachi accuse la télévision et les ONG qui réduisent à néant les efforts des parents et de la société. « L’éducation que l’on donnait à nos enfants ne leur sert plus. Car pour elles, tout ce qui est important, c’est de reproduire les mêmes choses qu’elles voient à la télévision, d’écouter les ONG qui viennent leur apprendre comment jouir de la chaire, en somme comment mener une vie de débauche. Quand je vois des parents qui ne font rien au contraire qui attendent de leurs enfants qu’elles prennent en charge toutes les dépenses de la famille, ça, ça me donne des maux de tête ».

Selon Aminata Cissé, étudiante. « J’ai la chance d’avoir une maman qui me parle de la santé sexuelle et reproductive car elle est engagée dans des associations. Sinon, à l’école on ne nous parle pas de ça. Le seul cours pendant lequel est abordée la question, est sous l’angle de la biologie. J’attends parler souvent les gens dire qu’il y a des séances d’échanges avec les filles mais je n’y ai jamais pris part ».

Fatoumata Traoré va dans la même lancée en disant que dans son école, on n’en parlait pas. « J’ai 16 ans. J’ai un enfant. J’ai arrêté d’aller à l’école cette année. C’est facile pour les parents d’accuser les enfants, la télévision et tout. C’est facile de dire que ce n’était pas comme ça avant. Maintenant, c’est à peine si on voit nos parents. Ils ne savent rien de nous en fait. On tombe dans les pièges et c’est seul Dieu qui peut nous sauver ».

« Si j’avais suivi des cours ou des formations sur les questions de santé sexuelle et reproductive, je ne pense pas que je me serais retrouvée avec un enfant aujourd’hui », dit avec regret la jeune fille.

Toutes ces jeunes dames disent n’avoir pas reçu de cours sur les questions de Santé sexuelle et Reproductive (SSR). Madame Sidibé enseignante affirme que dans son école, des séances d’échanges se font tout le temps avec les jeunes filles comme garçons. Des ONG et des associations aident les écoles pour informer et sensibiliser les jeunes.

« Pour moi, les questions de SSR restent importantes car beaucoup de jeunes abandonnent l’école suite à des grossesses précoces. Si les jeunes sont imprégnées du danger qu’elles courent et surtout des avantages que ces informations pourront leur apporter, elles seront plus sages à mon avis », déclare-t-elle

Awa Ba, qui travaille pour l’ONG Plan, dans la zone, affirme que le grand frein reste la tradition. « Les parents éprouvent de la pudeur à parler de sexualité avec les enfants. Quand elles tombent enceinte, ont fait tout pour les faire avorter pour éviter le qu’en dira-t-on des voisins. C’est ce qui amène tous les drames des maladies sexuellement transmissibles, des avortements clandestins, des bébés abandonnés, des filles-mères qui animent au quotidien l’actualité de Fana », dit-elle.

Aminata Agaly Yattara

Cet article a été publié avec le soutien de JDH journalistes pour les Droits Humains et FIT en partenariat avec la coalition des OSC/PF et WILDAF.

Source: Mali Tribune