Mali : l’application de l’Accord en question

Le bureau exécutif du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) a tenu, le dimanche 27 février 2022, à Kidal, une réunion extraordinaire pour faire le point de la situation actuelle du Mouvement et du Pays, en vue proposer les actions idoines à court et à moyen termes.  À l’issue de cette réunion, le mouvement politico-armé appelle le Chef de l’État et le gouvernement à clarifier leur position quant à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali (APR), issu du processus d’Alger.

Cette prise de position de la principale organisation de la Coordination des mouvements de l’Azawad sonne comme un retour à la case départ sur deux points presque « inconciliables » : d’abord, la velléité d’auto détermination, voire indépendantiste ; ensuite, la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, soulève a contrario la crainte chez bon nombre de nos concitoyens sur ce point précis.

En effet, l’APR parle de l’Azawad comme étant une « entité historique, géographique et mémorielle ». Reconnu comme tel, l’Azawad peut permettre à ses populations de revendiquer le droit à l’autodétermination. Or, aujourd’hui, la prise de position du HCUA est en contradiction avec les préoccupations exprimées par les populations de Kidal lors des dernières manifestations dans la ville. Au cours de ces rassemblements, les populations ont clairement appelé au retour de l’État et des services sociaux de base.

Alors, on peut se demander si le désamour du HCUA n’a pas un lien avec le désengagement de Barkhane. Ce qui est clair, c’est que la France, via la force Barkhane au Mali, est accusée par le Premier ministre Choguel Kokalla MAIGA de vouloir diviser le Mali. On se rappelle que dès le debout de la crise en 2012, la France avait accordé son soutien au séparatiste du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).

Est-ce à dire que le HCUA compte se délier de ses engagements fondateurs : défendre la cause d’un Mali « un et indivisible », pour défier les FAMa dont la montée en puissance est une réalité depuis décembre dernier ?

En effet, plusieurs témoignages crédibles font état du succès des FAMa contre les groupes armés terroristes(GAT) à Niono, Sikasso, dans le pays dogon, mais également, dans la zone des 3 frontières (Mali, Burkina Faso, Niger).

En tout était de cause, le HCUA/MNLA brandit l’Accord comme un document sacré alors que la situation sécuritaire, depuis sa signature, en 2015, s’est détériorée au point que l’insécurité a gagné 80% du territoire national, au point également de déborder sur les pays voisins comme le Niger et le Burkina Faso.

Cette détérioration de la situation sécuritaire a vu apparaître de nouveaux acteurs sur le terrain, porteurs d’insécurité, contribuant au déplacement massif des populations, sans oublier les morts qui se comptent désormais par dizaines, si ce n’est par centaines dans le pays.

En d’autres termes, la nouvelle donne sécuritaire doit être prise en compte dans l’analyse globale de la situation sécuritaire pour des solutions idoines et adaptées à cette évolution.

Or, le HCUA/MNLA a toujours pratiqué la politique de la chaise vide en boycottant les fora nationaux consacrés au diagnostic de la situation sécuritaire d’ensemble du pays pour des solutions concertées et consensuelles, le dernier en date étant les Assises nationales de la refondation (ANR), à l’exception notable du Dialogue national inclusif (DNI) où ils ont pris le train en marche et dont ils rejetteront les conclusions. De ce point de vue, c’est une mauvaise foi que de demander au Gouvernement de clarifier sa position sur l’APR qui a été débattu lors de ces foras.

En clair, la position des populations maliennes est sans ambiguïté : l’APR doit être relu et adapté à la nouvelle situation pour une application « ’intelligente et consensuelle ».

Or, le HCUA/CMA exige l’application intégrale du dit Accord, sans tenir compte justement de l’évolution de la situation sur le terrain.

D’ailleurs, le signataire de cet Accord n’est plus de ce monde, à savoir Ibrahim Boubacar KEITA dit IBK (Paix à son âme).  On nous rétorquera que l’État est une continuité, ce qui est d’ailleurs vrai. Ce qui est également vrai et indéniable, c’est l’évolution de la situation sécuritaire sur le terrain et même celle de l’environnement comme évoqué ci-dessus. En définitive, le défi consiste à concilier ces deux réalités et la posture radicale du HCUA/CMA n’aide pas dans ce sens.

Abdoulaye OUATTARA / Afrikinfos-Mali