Barkhane-Takuba: adieu !

Le 17 février 2022, de façon officielle, le président français Emmanuel Macron a annoncé le retrait des troupes françaises de Barkhane et européennes de Takuba suivi de leur redéploiement dans le Sahel, notamment au Niger dont le président est plus que sensible aux sirènes de la lutte contre ce “terrorisme” et ce “djihadisme” dont l’expansion exponentielle est proportionnelle à l’arrivée massive de troupes pour lui barrer la route dans le Sahel. Avec SERVAL, BARKHANE et TAKUBA, pour la première fois dans l’histoire humaine, c’est l’eau qui, au lieu d’éteindre le feu, l’attise, voire l’allume. Alors s’imposent à nos esprits deux citations, parmi une quantité infinitésimale, par le fait qu’elles sont drapées d’une réalité qui a traversé les siècles. Celle du président Modibo Keïta : “J’ai chassé le colonialisme de chez moi mais il continue de rôder autour de nous. Il risque de revenir un jour avec l’aide d’un mauvais fils du pays “ ; et celle encore plus funeste et nauséeuse du Révérend Père Muller déjà cité dans une précédente intervention : “que l’humanité ne doit pas, ne peut pas souffrir que l’incapacité, l’incurie, la paresse des peuples sauvages laissent indéfiniment sans emploi les richesses que Dieu leur a confiées avec mission de les faire servir au bien de tous”. Ces deux données sont importantes et la première procède de la deuxième. Il est loisible d’arguer du fait que le Révérend père Muller était le fruit de visions sorties de la nuit des temps, des XIXème et XXème siècles, pourtant sa posture intellectuelle demeure incrustée de façon permanente et indélébile dans le génome de certains dirigeants occidentaux pour qui l’Afrique, le continent des ressources du sous-sol par excellence, demeure leur patrimoine perpétuel. Là nous ne sommes plus sur le registre de la colonisation, mais dans celui de la chosification brutale qui extrait de l’homo africanus sa substance humaine. Une fois son humanité niée, on peut sans remord prendre des dispositions pour l’éliminer physiquement à la manière de dignitaires nazis qui donnaient des ordres d’exterminations tout en étant de bons pères de famille chez eux: mister hyde et docteur jekyll. Il leur est essentiel de poser le postulat de départ que l’humanité de l’autre, de l’homme africain, est subsidiaire et ce n’est qu’ainsi qu’on peut lui infliger les pires souffrances sans sourciller. Mais ce n’est pas écrit, pire, c’est admis. Et c’est ainsi que l’on peut raser Ogossagou, bombarder des civils à Bounty et tant d’autres abjections sans couper l’appétit à certains. L’horreur suscitée dans les pays frappés, Burkina Faso, Mali, Niger est très peu reprise en Occident et ceux qui meurent dans certaines contrées “assimilés” à des ersatz d’homme, des sous-produits de l’humanité. Il est difficile de faire mal à l’autre tant qu’il dispose de ses attributs d’homme, alors il importe de les lui nier pour l’anéantir au propre comme au figuré sous couvert de bonnes intentions. En vue d’atteindre cette finalité, on crée, on détourne des notions de leurs acceptions originelles: Djihadisme et terrorisme dans le cas malien ou sahélien. Le dictionnaire, “Le Robert”, définit le djihadisme comme “l’effort que doivent fournir les musulmans pour rester dans le droit chemin et combattre les ennemis de l’islam.” Et dans le sens courant comme une “guerre sainte menée pour propager ou défendre l’islam.” Ceux qui sont appelé djihadiste au Mali fondent sur les populations démunis et désarmés non pas pour les soumettre à l’Islam de force, mais pour les massacrer et raser les villages. Même dans les premiers temps des guerres islamiques, il y avait une tolérance pour les autres religions soumis à un Dieu unique. Ils pouvaient pratiquer leurs religions et devaient juste payer un impôt spécial: la Jyzia, un impôt de capitation institué depuis le califat de Oumar Ibn Khattab entre 634 et 644 après J-C.

Un djihadisme fabriqué

Les fidèles des autres religions soumis à cet impôt étaient protégés même contre les exactions des musulmans. Qui a vu cela au Mali? Donc, au Mali, il s’agit d’un djihadisme fabriqué par ceux qui y ont intérêt. Il s’agit de créer des zizanies, déplacements de populations, des massacres pour justifier une implantation durable pour piller les ressources. Comme si le djihadisme ne suffisait pas, il fallait trouver un autre mot qui provoque la peur panique, l’horreur absolue dans les esprits en Occident: le terrorisme. Au nom de la lutte contre ce concept les populations occidentales sont disposées à apposer leur contreseing, leur accord à toutes actions peu importe qu’elles soient vraies ou mensongères. Un des gros premiers mensonges, les dignitaires de l’Union Européenne rivalisent d’arguments pour dire aux populations européennes que le temps est venu de protéger les frontières sud de l’Europe contre le terrorisme. Et paf, ils ont trouvé le Mali. Pourtant, dans nos études géographiques, il nous avait été donné de comprendre que la Mer Méditerranée séparait l’Europe du sud et l’Afrique du nord. Sautant par-dessus cette mer et les pays de la façade méditerranéenne, voilà que par magie la frontière sud de l’Europe se retrouve au Mali, que diable! La bonne affaire, ce sont les Maliens qui ont déversé des armes en Libye et que les “terroristes” ont récupéré. Ce sont aussi ces Maliens qui ont déclaré que Mouammar Kadhafi massacre son peuple à Bengazi et ont mis en place un faux mouvement de libération contre Kadhafi, ce sont encore eux, ces Maliens qui ont demandé à ces terroristes qu’ils ont armés contre Kadhafi de se retourner contre leur propre pays, le Mali. Fantasmagorique? Je vous l’accorde. Mais pas plus que l’apparition spontanée du djihadisme et terrorisme au Mali. Alors, le djihadisme, le terrorisme ont bon dos. Ce sont des fabrications circonstancielles pour se donner le beau rôle alors que le but ultime n’est autre que l’usurpation de biens d’autrui, d’autres pays. Pour revenir aux propos de Modibo Keïta, le colon est sorti par la porte le 22 septembre 1960 pour revenir par la fenêtre avec SERVAL en 1992, ensuite BAKHANE, en enfin TAKUBA. A la manière de Gorgibus dans “Le médecin volant” de Molière, sortant par la porte pour s’engouffrer aussitôt par la fenêtre dans le bus de tromper. Je pars mais je suis reste là. Heureusement, la population malienne, suivie par son armée a mis le holà. Il n’y a pas eu échec et mat. Sous pression, il est parti se faire une virginité chez un des facilitateurs africains des basses œuvres, un de ces nouveaux collabos. Ces facilitateurs qui ont bien manœuvré à la CDEAO et l’UEMOA pour infliger des sanctions sans aucun fondement juridique au Mali. Et le reste du monde est resté muet, comme dans un état de sidération. Les grands de ce monde font, des textes fondateurs des grandes institutions, ce qu’ils veulent, ils les interprètent selon leur humeur du moment et, au besoin, changent les directives des décisions prises aux Nations Unies, Union Africaine, Union Européenne, CEDEAO… Ils peuvent dire que le jaune est bleu et nous applaudissons à toute vapeur. Les institutions africaines sont les plus risibles par le fait qu’elles sont tributaires de financements extra-africains. Et ceux qui financent sont les maîtres du jeu. Selon les chiffres, le financement de la CEDEAO serait assuré à plus de 60% par des acteurs situés hors du continent et nos présidents entrainés dans ce maelstrom n’essaient même pas de s’en dégager. Ils croient peut-être à la malédiction de Canaan faisant des noirs des entités frappées de malédiction indéfinies, descendants du mauvais fils de Noé. Fabrication de gros mensonges et manipulation de masse, le temps que l’on comprenne la supercherie ils sont passés à autre chose. Les “démocraties” occidentales sont devenues les fossoyeurs de la liberté dans le monde. Mais elles ont fait en sorte que les médias globaux, qui leur sont dévouées, mettent les curseurs sur la Chine et les Ouighours; la Russie et l’Ukraine; le terrorisme dans le Sahel; patati patata… Elles ont, par cupidité, appât du gain facile, fait de la Chine la quasi première puissance commerciale du monde en y transférant leurs technologies et usines. Mandela en son temps disait que l’Occident risque de mourir à cause de sa cupidité. On y est. Maintenant elles, ces puissances occidentales, rameutent le reste du monde contre cette Chine qu’elles ont propulsé aux avant-postes. Une politique d’arrière-garde. Elles veulent installer l’OTAN en Ukraine alors que Mikhaïl Gorbatchev, l’ancien chef d’État de l’URSS, quand il acceptait l’indépendance de ce pays le 24 août 1991 considérait qu’une telle initiative serait un casus belli. Elles veulent imposer l’OTAN aux portes de la Russie alors que les Étasuniens n’ont jamais voulu d’un pays socialiste aux frontières de leur pays. Cuba en paie le prix depuis 1958. Et le choix de l’Ukraine n’est pas anodin, ce pays aussi regorge de ressources naturelles. Comme par hasard, mais bien sûr, bon sang ne saurait mentir. Bon sang de sous-sol. Les pires dictatures sont celles des pays occidentaux dits “démocratiques”. Ce sont eux qui inventent des mensonges démentiels pour envahir d’autres pays. Les médias globaux, le lobby militariste, les réseaux sociaux vulgarisent ces fausses informations fabriquées dans des cabinets noirs de ces grands pays. Dernière chose: il faut préparer de la cendre à épandre sur les places tenues par BARKHANE pour assurer un départ éternel.

Yamadou Traoré, Analyste politique

Source : L’Aube