Un an après le 18 Août 2020 : que reste-t-il de l’espoir du changement sous la Transition ?

Après sept ans d’exercice du pouvoir politique, une plateforme de partis et regroupements politiques en plus d’organisations de la société civile, appuyée de l’intervention des forces de sécurité et de défense a eu raison du Président IBK en le faisant non seulement démissionner de son poste mais aussi dissoudre son gouvernement et l’Assemblée Nationale pour créer un vide institutionnel. 

De toutes les annonces, de nombreux maliens notamment ceux qui ont été au-devant de la lutte pour l’avènement d’une meilleure gouvernance ont fondé leur espoir sur le MALIKURA. Après une année de mise en route de la Transition, chaque malienne et malien où qu’il soit doit se poser les questions ci-après : Qu’est ce qui a été fait ? Que reste-t-il à faire ? Quelle chance, avons-nous encore pour réussir à faire ce qui reste ?

Il est inutile de s’accrocher à une argumentation pour convaincre sur l’idée que du début de la Transition à maintenant, un acte majeur a été posé en faveur de l’hypothétique refondation qu’on crie sur tous les toits. Ne nous lassons jamais à le laisser entendre, de l’élaboration des termes de références des concertations nationales à l’organisation de ces dernières en passant par la mise en place du Conseil National de Transition, rien n’a été fait de manière rigoureuse comme on peut s’y attendre légitimement dans un élan de renouveau. Tout a été à la fois précipité et bâclé.

Les observateurs avertis ont cessé depuis ces moments à retirer toute confiance en les autorités de la première phase de la Transition. Il est apparu par plusieurs évènements que ceux qui sont arrivés au pouvoir par effraction étaient plus portés sur des calculs de positionnement au sein du pouvoir de Transition qu’une dynamique sincère à permettre aux maliens de voir prendre en compte leurs préoccupations et attentes de la Transition.

Les voies d’opposition du M5 RFP sur des dispositions de la Charte de la Transition et les évènements de fin mai 2021 en attestent largement. Tout semble arrangé conformément à aux desideratas de ceux qui nous dirigent. Et les maliens doivent se satisfaire de belles paroles et accepter de se perdre dans des jeux de mots à l’exemple de relecture intelligente, de mise en œuvre intelligente ou encore de relecture consensuelle.

Par ailleurs, l’élan de rectification de la trajectoire de la Transition entrepris par le M5 RFP en dit long sur les insatisfactions notoires des populations ayant balisé le terrain aux militaires qui ont parachevé l’action de contestation face à un régime à bout de souffle.

Aujourd’hui, l’alliance entre le M5 RFP et les membres de l’ex CNSP traduite par la nomination du Président du Comité Stratégique dudit mouvement en qualité de Premier ministre est en soi une expression de regret pour Assimi et ses compagnons de n’avoir pas travaillé depuis le départ avec le M5…et également un aveu d’impuissance à mieux cerner les enjeux de la Transition jusqu’aux évènements de fin mai 2021. Que de temps perdu !

Cette phase 2 de la Transition en cours a voué aux gémonies Bah N’DAW et Moctar Ouane pour avoir été responsables du triste bilan des premiers 8 mois de la Transition. Le M5 RFP à l’œuvre actuellement à la tête du gouvernement à travers Choguel K Maiga s’illustre de la manière la plus décevante qui soit.

Les premiers actes posés par le M5 et le Premier ministre Choguel K MAIGA ont permis de dévoiler les secrets d’une lutte. Un poste de Premier ministre et quelques portefeuilles ministériels suffisent-ils pour renoncer à un idéal de combat structuré autour de 10 points ?

C’est bien, ce à quoi, on est tenté de penser, après avoir vu le M5 RFP accepter le poste de Premier ministre promis par le Président de la Transition sans aucune garantie même de forme déclarative sur la prise en compte des fameux 10 points. Pourtant, il avait refusé de coopérer avec la première équipe de Transition dirigée par Bah N’DAW après une rencontre à Koulouba sous ce prétexte.

Curieusement la dissolution du CNT n’est plus à l’ordre du jour. On s’en défend qu’une procédure est en cours et il faut rester derrière la loi. Ce qui est tout à fait vrai. Cependant, la mise en place ou la composition du CNT est venue d’un décret du Président de la Transition. De ce fait, il est susceptible d’être abrogé par la même autorité si la volonté y est. Telle est la voie alternative à caractère politique pour recomposer le CNT. Mais, le M5 RFP préfère flouer l’opinion publique en dissipant ses pitoyables incohérences dans une procédure devant la justice.

Sur la relecture de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation, nous sommes réduits à des jeux de mots comme pour dire que la question n’était aussi importante. Trois concepts ci-dessus mentionnés ont vu le jour à ce sujet en trois mois. Dommage !

Quant à la refondation, on nous ramène à la case de départ en donnant l’impression que les discussions antérieures n’ont pas réussi à vider toutes les grandes questions de la Nation et aujourd’hui, il devient nécessaire d’aller à des assises nationales de refondation avec un budget de plus de 2milliards. Quel est le projet ? Pendant ce temps, le Premier ministre brandit la réforme de l’organe unique comme étant un passage obligé pour organiser de bonnes élections. Pourtant cette nouvelle structure est une recommandation des travaux du Dialogue National Inclusif. Où allons-nous et comment ?

Au regard du tableau actuel, nous convenons ensemble que les incertitudes sont plus importantes sur les perspectives d’un changement qui fait toujours l’objet d’une grande soif des maliens. Alors, il est plus que nécessaire aujourd’hui de sortir de la dispersion et de se résumer à réunir les conditions d’un retour à la normale dans notre pays par l’organisation d’élections précédées d’un accord avec tous les acteurs sur les mesures prioritaires à ce sujet.

Pour le reste des travaux pour l’édification d’un État digne de ce nom, il y a lieu de se conformer aux propos du 06 mai 2021 de l’actuel Premier ministre Choguel K Maiga, je cite : or pour nous, cette transition doit durer 18 mois, pas plus, et les missions et tâches qui ne seront pas exécutées dans ce laps de temps devraient être transférées à des équipes plus légitimes et plus compétentes »

Ousmane DAO, Midi-Info du vendredi 20 Août 2021