Lutte contre la corruption : retour sur le serment de Bah N’Daw

Le Président de la Transition, Bah N’Daw, s’est engagé dans son discours d’investiture à mener une lutte sans merci contre les délinquants financiers.  Il a réitéré le même discours de fermeté lors de la remise du Rapport annuel 2019 du Vérificateur Général, le vendredi dernier. Certes, cette déclaration d’intransigeance face au fléau de la corruption et de l’impunité du Président de la transition est louable.  Cependant, la réalité est là : ce discours volontariste de Bah N’Daw est loin de se traduire en actes. De nombreux dossiers consécutifs aux scandales sous le régime défunt dorment toujours dans les tiroirs. Et les auteurs des détournements de deniers publics (nullement inquiétés) se pavanent dans les rues, à Bamako, à l’intérieur et extérieur du pays.

Lors de son investiture, le 25 septembre 2020, le Président de la Transition, Bah N’Daw, a affiché ses ambitions de remettre le pays sur la voie de l’ordre constitutionnel normal. Et l’une de ces ambitions est que le Mali doit en finir avec un mal à l’origine de ses difficultés économiques, sociales et même sécuritaires : LA CORRUPTION. Elle est courante et le pot-de-vin est devenu si systémique que les citoyens s’y sont habitués. La lutte sera implacable contre ce fléau, à travers une gestion rigoureuse de nos maigres ressources : promesse du Président N’Daw qui s’est montré très ferme, n’hésitant pas à parler d’impunité zéro. Elle sera la norme. Il s’est engagé à être intraitable contre les délinquants financiers, notamment ceux qui ont détourné les moyens mis à la disposition de l’Armée.

« J’en prends ici le serment… » 

« Les moyens de l’Armée iront désormais totalement à l’Armée et seulement à l’Armée. Chaque centime investi pour la défense et la sécurité de ce pays sera surveillé et évalué, tant que je présiderai les destinées de la Transition. J’en prends ici le serment… », a-t-il alerté solennellement.

Selon le Président de la Transition, la gestion rigoureuse des ressources de l’Etat sera désormais la norme : « La bonne gestion de nos ressources, de nos maigres ressources est, en effet, une obligation. Ce sera là un chantier de la Transition. Il sera quotidien. Il sera renforcé et ne sera pas négligé un seul instant. Générer des ressources optimales au niveau national n’est pas un luxe. C’est une exigence et celle-ci passe par l’utilisation judicieuse de nos maigres deniers publics. Je ne peux pas promettre zéro corruption, mais je ferai tout pour que l’impunité zéro soit la norme. L’argent public est sacré et je ferai en sorte qu’il soit dépensé de manière traçable et raisonnable. Avec tous les sacrifices que cela comporte, en termes de mesures systémiques et de répression des crimes et délits économiques ».

Pragmatique, le nouveau Chef de l’État promet que « tous les dossiers d’enquêtes ficelés par nos structures de vérification seront transférés au Juge, au besoin. Il m’appartiendra de garantir à la justice les moyens de diligenter leur traitement ».

Un mois plus tard, lors de la remise du Rapport annuel 2019 du Vérificateur Général, le Chef de l’Etat a réitéré sa détermination à mener une lutte sans merci contre les délinquants financiers : « comme c’est le cas depuis plusieurs années, vous avez su mener de front, des audits de régularité, des audits de performance ainsi que des missions de suivi de mise en œuvre des recommandations de bonnes pratiques formulées pour certaines des structures vérifiées. Vous déplorez le faible progrès dans la mise en œuvre des préconisations précédemment faites par vous dans le seul souci d’améliorer la gouvernance publique. Le constat est d’autant plus triste que ces recommandations ont été formulées pour une saine gestion de nos entreprises et de notre administration ; elles ont été formulées pour le bien-être du Peuple malien. Soyez certain alors, Monsieur le Vérificateur Général, que la situation ne restera pas en l’état ! Car, dès ce lundi, les Départements ministériels concernés seront mobilisés pour que les Responsables des entités incriminées sachent que la performance n’est pas facultative mais obligatoire. Il n’y a pas d’hésitation possible : c’est soit le Mali, soit la porte ! Monsieur le Premier Ministre, en tant que Chef de l’Administration publique, la balle est dans votre camp. Et vous savez à quoi vous en tenir ! »,a assené le Chef de l’Etat. Avant d’ajouter : « Vos recommandations concernant le secteur minier sont d’une pertinence qui m’interpelle. Je puis vous assurer que tout sera fait pour que l’Etat assume ses responsabilités et reçoive de ce secteur vital ce qui lui est dû. Certes, le contrat qui lie notre pays à ses partenaires ne doit léser personne, à commencer par nos partenaires. Cela est notre honneur…Il est hors de question pour moi que l’or du Mali ne brille pas pour le Mali. L’or du Mali brillera aussi pour le Mali. L’or du Mali brillera surtout pour le Mali.Monsieur le Vérificateur général, vos recommandations sont, pour moi, une instruction. Pour le gouvernement, cela vaudra exécution. Je combattrai l’impunité de toutes mes forces. On réussira parfois, sous le prétexte de l’urgence, à tromper ma vigilance. Et parfois, je serai victime de nos faibles capacités d’investigation. Mais, chaque fois que la preuve est établie, je corrigerai l’erreur et la sanction tombera. Personne n’y échappera. Tous ceux qui voudront se servir du Mali, au lieu de le servir, le feront à leurs risques et périls. Qu’ils le sachent ! Oui, je sais que le temps joue contre nous. Oui, je sais que nous n’avons aucun droit à l’erreur. Le peuple, je l’entends, est fatigué des discours et il réclame des actes. Qu’il sache que je suis entièrement d’accord avec lui. ».

Aux actes !

Il avait également déclaré : « à la date d’aujourd’hui, le procureur est saisi de tous les rapports de contrôle. C’est à lui d’apprécier l’opportunité des poursuites sur la base du droit. Et tout ce qui doit être fait, le sera pour renforcer les moyens de la justice dans la lutte contre la corruption, car là est notre salut. La corruption est notre cancer. Elle ne doit pas le rester. Il nous incombe de nous unir contre elle. Nous devons nous entendre contre elle, sans faiblir un seul instant. Nous devons lui barrer la route. Ce combat n’est pas impossible. Il est à notre portée. Si nous ne le faisons pas, c’est à l’avenir de notre jeunesse que nous barrons la route. Cette jeunesse que nous avons le devoir de protéger, ne mérite pas que nous ne lui laissions d’autre choix que le chômage, la drogue et les chemins incertains de l’émigration. La bonne gouvernance est notre chance. »

Mais, au-delà des mots, les Maliens attendent surtout des actes. L’engagement du Président de la Transition dans la lutte contre la corruption et la délinquance financière n’est pas encore perceptible. En effet, en dépit de ces discours, aucun acte concret n’a été posé, pour l’instant, contre les délinquants financiers. Or, le souhait de la majeure partie du Peuple est le retour à la justice sociale et la lutte contre l’impunité. Donc, il est temps d’entamer des procédures judiciaires contre toutes les personnes physiques accusées de corruption, de détournement des biens ou des fonds publics. Cela sans complaisance aucune.  Il ne doit y avoir d’état d’âme dans l’application des textes. La loi est dure, mais c’est la loi (dura lex sed lex) ; elle doit être appliquée dans toute sa rigueur. C’est la seule voie qui pourrait mener certainement à la refondation.

Mémé Sanogo

Source : L’Aube