Mali: bientôt un colloque sur la résistance coloniale du pays dogon, cas de Tabi

Un colloque sur le centenaire de la résistance coloniale de Tabi au Pays Dogon se tiendra le 21 janvier 2021 à Bamako. L’annonce a été faite ce 26 décembre 2020 au palais de la culture Amadou Hampaté Ba au cours d’une conférence.

Organisée par le Collectif des Associations des Jeunes du Pays Dogon, cette conférence a enregistré la présence des différentes associations du pays dogon, notamment Ginna Dogon, Union de l’Association des Jeunes de Douentza, le Mouvement Baguinè-Sô etc…

A travers ce colloque, il s’agira de rétablir toute la véracité de l’histoire de la résistance des dogons de Tabi face aux colons. Selon les récits, il y a 100 ans, soit le 20 décembre 1920, prenait fin la dernière résistance des soudanais a travers la révolte des dogon de Tabi soutenue par les villages de Toupere et Tegua qui, pendant plusieurs semaines, ont tenu face aux colons pour préserver leur terre. «C’est un récit à connaître, car c’est tout simplement glorieux pour l’ensemble du peuple malien. Pour faire connaitre les œuvres magnifiques de nos braves ancêtres de l’époque, un travail scientifique de grande ampleur est en cours et fera l’objet d’un colloque qui se tiendra en fin Janvier 2021 à Bamako au Mali », a expliqué Adaman Diongo, représentant de l’ensemble du conglomérat dogon pour le colloque.

Ce projet de colloque, porté par le CAJPD, est réalisé avec la collaboration de la Jeunesse Ginna Dogon (JGD), le Mouvement Baguine So (MBS) et l’Union des Association des Jeunes de Douentza (UAJD). Selon la commission d’organisation, l’activité sera portée à la connaissance du ministère en charge du patrimoine historique et de celui en charge de l’éducation.

 Bataille de Tabi, une histoire à clarifier !

L’histoire continue de maintenir le flou autour de cette résistance dogon à Tabi. Cent ans après, des chercheurs (majoritairement dogons) en collaboration avec les différentes Associations de la localité veulent faire la lumière sur cette affaire dont l’héroïsme est à louer.

Selon un récit officiel, les habitants de Tabi refusaient de payer l’impôt et de faire enrôler les jeunes hommes dans les rangs des tirailleurs et cela a nécessité l’envoi d’une mission pour soumettre le village considéré comme rebelle et soutenu par les villages de Toupéré et Tégua.

 Mais quand est- il réellement ?

Cette question trouvera certainement sa réponse au cours de ce colloque. Mais avant les conclusions de ladite rencontre, il faudra prendre connaissance de cet écrit de Bakary Kamian sur Tabi qui précise : «Le 7 Octobre 1920 débute l’emblématique résistance coloniale du village dogon de Tabi face à un détachement militaire venu de Tombouctou et placé sous le commandement du colonel Mangeot. Le détachement militaire comprenait 90 tirailleurs, 20 artilleurs, 10 gardes montés, 20 gardes à pieds, 2 canons, 1 mitrailleuse. L’ardeur des assiégés (les habitants de Tabi) à se défendre fut telle qu’il fallut attendre un nouvel approvisionnement en munition pour  poursuivre l’attaque qui prit fin le 20 décembre 1920. L’esprit qui animait les dogons et pour lesquels l’attachement à la terre de leurs ancêtres était une valeur primordiale. Aux tentatives de conciliation menées par le colonel français, avant l’attaque, le patriarche des dogon répondit : Nous ne pouvons pas quitter notre village et tes canons ne peuvent rien contre nous. Tu pourras peut-être nous tuer mais nous ne voulons pas abandonner les lieux où nos pères ont vécu. C’était la dernière bataille coloniale sur le territoire du soudan en décembre 1920. »

Selon le récit, les combats ont fait 17 tués parmi les dogon et 15 chez les colons. Donc, cet évènement est très révélateur de bilan de la résistance. Ousmane Guindo, le représentant du village de Tabi, a remercié lors de cette conférence tous ceux qui ont voulu faire de la lumière sur l’histoire de la résistance de Tabi face aux colons. Car, dit-il, la vérité est trop longtemps restée dans l’ombre.

Le rendez-vous est donc pris pour le mois de janvier prochain pour donner la vraie version de cette histoire qui explique toute la capacité de résistance, le courage et la ténacité du peuple dogon.

Amadou Kodio / Afrikinfos-Mali