Gabon: «Il n’y a aucune inquiétude à avoir sur l’état de santé du président Ali Bongo»

Conséquence de la maladie qui a frappé Ali Bongo il y a deux ans, le projet de révision constitutionnelle présenté en Conseil des ministres vendredi propose désormais, en cas de vacance du pouvoir, que l’intérim du chef de l’État soit assuré par un triumvirat composé du président de l’Assemblée, du président du Sénat et du ministre de la Défense. Pourquoi le ministre de la Défense ? Le régime gabonais est-il en train de se militariser ? Jessye Ella Ekogha, porte-parole du président Ali Bongo, répond questions de RFI.

RFI : Ce projet de réforme, est-ce le signe que « l’après Ali Bongo » est sérieusement envisagé, et qu’il y a de nouvelles inquiétudes au sujet de la santé du chef de l’État ?

Jessye Ella Ekogha : Aucune inquiétude du côté de la santé du chef de l’État, il a un agenda national et international très chargé, il vient de mener à bien la réforme de la Communauté économique des États d’Afrique centrale, il a reçu de nombreux pairs à Libreville. Le seul signe à voir dans cette modification, c’est qu’on a eu une situation en octobre 2018, qui a amené une contestation, il fallait régler cette situation, et si je peux prendre une image, c’est l’image du toit de la maison pendant qu’il y a la pluie. On a eu la pluie, il y a eu quelques fuites, le président aujourd’hui a décidé qu’il faisait beau et qu’il fallait réparer le toit, tout simplement.

Donc jusqu’à présent l’intérim était assuré par le Président du Sénat, est-ce que cette réforme n’est pas une marque de défiance à l’égard de l’actuelle Présidente du Sénat, Madame Lucie Milebou-Aubusson ?

Non, pas du tout. Si vous voulez, la réflexion, c’est de se dire qu’on ne peut pas avoir un Président de la République qui a été élu par le peuple, et donner ses prérogatives à une personne qui n’a pas de mandat direct par le peuple, donc c’est pour ça qu’on a formé ce collège-là.

Oui mais depuis l’Antiquité, depuis l’époque romaine, les triumvirats, ça finit mal en général…

Écoutez, on a d’autres pays qui ont ces mêmes dispositions, je crois que les États-Unis ont la même avec le secrétaire d’État à la Défense qui participe au collège décideur si jamais il y a une vacance, le tout c’est d’avoir des décisions qui sont prises pour la continuité de l’État et la sauvegarde des institutions du pays.

Alors ce qui frappe beaucoup d’observateurs, à commencer par l’ancien président de la Chambre Guy Nzouba-Ndama, c’est qu’à côté des présidents des deux chambres, est prévu donc ce ministre de la Défense et pas le Premier ministre. Pourquoi l’ordre protocolaire du gouvernement n’est-il pas respecté ?

Pour une raison toute simple. Le chef de l’État est le chef suprême des forces armées. S’il y a une période de vacance ou d’indisponibilité du président de la République, le gouvernement doit continuer de travailler, donc doit garder son chef, raison pour laquelle ce n’est pas le Premier ministre qui est intégré, mais le ministre de la Défense, qui est vraiment là pour assumer la sûreté du pays.

Avant d’arriver au pouvoir en 2009, Ali Bongo a été ministre de la Défense, lui-même, pendant dix ans. Est-ce à dire qu’à ses yeux, le ministre de la Défense est le pilier du gouvernement ?

Non, pas le pilier du gouvernement, mais dans ses missions, ça reste un ministère régalien, et c’est dans les périodes d’instabilité ou d’incertitude qu’on est le plus à même d’être attaqué par des puissances extérieures, ou même qu’il puisse y avoir des soulèvements ou des événements à l’intérieur du pays. Donc le tout, c’est que cette notion de sécurité et de stabilité au sein du pays est importante.

En août 2016, on se souvient, lors de l’assaut meurtrier du quartier général de l’opposition à Libreville par l’armée gabonaise, le ministre de la Défense de l’époque Mathias Otounga Ossibadjouo a fait preuve d’une fidélité sans failles à Ali Bongo contre Jean Ping, son adversaire. Est-ce à dire qu’en temps de crise, le ministre de La Défense est de facto le numéro deux du régime gabonais ?

Non, il ne s’agit pas ici de prendre le parti d’un candidat ou d’un autre, il s’agit ici d’assurer que les populations soient protégées, qui n’y ait pas de heurts tout simplement.

Mais le 31 août 2016, quand l’armée a attaqué le quartier général de l’opposition, est-ce qu’elle n’a pas pris parti de facto ?

Elle ne prend pas parti de facto. À l’époque le ministère de La Défense et le commandement ont analysé la situation, et ont décidé qu’il était justifié que cette opération soit menée. Selon le commandement à l’époque, il y avait un risque possible au quartier général de Jean Ping où il y avait eu quelques heures auparavant des heurts dans la ville, et il apparaissait que certains des malfrats ou indélicats étaient allés se réfugier à l’intérieur de ce QG. Ce qui a justifié l’intervention de la Défense nationale.

Michael Moussa Adamo, l’actuel ministre gabonais de la Défense, était le directeur de cabinet d’Ali Bongo quand celui-ci était ministre de la Défense, avant 2009. Peut-on dire que le chef de l’État a plus confiance dans son actuel ministre de la Défense, Michael Moussa Adamo, que dans son actuelle Première ministre, Madame Rose Raponda ?

Pas du tout. Surtout que Madame Rose Raponda a été son ministre de la Défense et a été appelée à de plus hautes fonctions, devenant chef du gouvernement.

N’est-ce pas le signe tout simplement que le chef de l’État de façon générale a plus confiance dans son ministre de la Défense que dans son Premier ministre ?

Pas du tout. Il a tout à fait confiance en madame le Premier ministre avec qui il échange très régulièrement et avec qui il travaille très régulièrement, et ce n’est en rien une défiance ou une compétition entre le Premier ministre et le ministre de la Défense.

Mais tout de même, avec cette promotion du ministre de la Défense à la tête de l’État en cas d’intérim, est-ce qu’on ne peut pas parler d’une militarisation du pouvoir exécutif, comme dit Tournons la page ?

Pas du tout, il n’y a aucune volonté de garder ou de capter le pouvoir en intégrant le ministre de la Défense. Ce sera toujours aux populations gabonaises de choisir le président de la République et le collège qui est mis en place est là seulement en cas de vacance pour s’occuper de la transition, ils ont selon les textes 60 jours pour organiser l’élection présidentielle, et aucun de ces trois membres du collège ne peut se présenter à l’élection présidentielle.

Source: RFI