Nos expatriés : Boubacar dit Boubou Konté, «Je rêve de porter le maillot de Liverpool»

Pour la première fois depuis son transfert à Sarpsborg 08 en Norvège en 2018, l’ancien joueur du Centre Agny-Foot et des Étoiles du Mandé parle. Et pour la première fois, Gabachi, comme l’appellent les supporters, revient sur le sacre historique de la sélection nationale junior en 2019 au Niger, ses débuts au Mali, ses ambitions pour la sélection nationale senior, son amour pour le maillot des Reds de Liverpool

L’Essor : En mars 2019, vous avez quitté l’Académie les Étoiles du Mandé pour Sarpsborg 08. Comment êtes-vous entré en contact avec les Norvégiens ?
Boubacar dit Boubou Konté :
Je suis entré en contact avec l’un des dirigeants de Sarpsborg 08 FF lors du tournoi UFOA en 2018 à Lomé. Lors de ce tournoi, il m’a dit qu’il aime mon style de jeu. Il a alors pris mon numéro de téléphone et a promis de m’appeler. Ensuite, il est venu me voir lors de la dernière CAN U20 à Niamey et Dieu faisant bien les choses, on a remporté le trophée.

Ce jour, il m’a dit que je porterai le maillot qui est le Bleu Blanc de son club. Alhamdoulilah, tout se passe bien avec les dirigeants du club, tout comme avec l’entraîneur, Mikael Stahre qui est vraiment patient avec moi. Je suis très heureux dans cette équipe, les supporters sont chaleureux.

L’Essor : Vous étiez annoncé du côté de la France et de l’Espagne mais finalement, vous avez atterri en Norvège. Que s’est-il passé ?
Boubacar dit Boubou Konté :
Effectivement après le sacre du Mali à Niamey, j’étais convoité par beaucoup de clubs, dont certaines grandes écuries européennes. Mais j’ai choisi ce club parce qu’il venait d’accéder à la première division norvégienne. Le club a été fondé le 15 janvier 2008 et c’est en 2013 que Sarpsborg 08 FF a accédé à la Ligue 1. Je voulais commencer d’abord en bas pour acquérir des expériences afin d’être prêt pour affronter les grandes équipes.

En plus, vu les efforts fournis par le premier dirigeant du club qui m’a contacté, je ne pouvais pas aller dans une autre équipe. Les dirigeants du club sont ambitieux, ils nous mettent dans les meilleures conditions de travail.

L’Essor : Après avoir signé à Sarpsborg 08, vous avez été prêté au FC Nordsjaelland. Pouvez-vous expliquer ce prêt ?
Boubacar dit Boubou Konté :
Oui, l’année dernière, à ma demande, j’étais en prêt au FC Nordsjaelland. Quand je suis venu à Sarpsborg 08, je n’avais pas de temps de jeu, pour un sportif ce n’est pas bon pour la performance. C’est pourquoi, j’ai approché les dirigeants, afin qu’ils me prêtent à un club pour que je puisse garder la forme. Ils n’ont posé aucun problème. Même quand j’étais là-bas, ils gardaient un œil sur moi et prenaient mes nouvelles après chaque match.

Dieu merci, le prêt s’est bien passé au FC Nordsjaelland au Danemark. Maintenant, je suis de retour à Sarpsborg 08 et le championnat a repris ses droits, il y a quelques semaines après une longue interruption pour cause de la Covid-19. L’entraîneur, Mikael Stahre me fait confiance et je joue pratiquement toutes les rencontres.

L’Essor : Comment se passe votre séjour en Norvège où il fait extrêmement froid ?
Boubacar dit Boubou Konté :
Mon séjour se passe à merveille en Norvège. Il fait beaucoup froid, mais en ce moment c’est l’été, la période la plus chaude de l’année. Il y a donc du soleil, ça fait plaisir au Sahélien que je suis (rires). Au Mali, nous sommes plutôt habitués à la chaleur. J’avoue qu’au début, j’avais du mal à faire face au froid en Norvège. C’est une question d’habitude.

L’Essor : Avant de rejoindre l’Académie les Étoiles du Mandé, vous avez débuté au Centre Agny à Torokorobougou. Quels souvenirs avez-vous de ce centre ?
Boubacar dit Boubou Konté :
Je garde de très bons souvenirs du Centre Agny-foot, c’est ce centre qui m’a formé et qui m’a tout appris. J’ai remporté beaucoup de trophées collectifs et individuels dans ce centre. Je rends un grand hommage au promoteur du centre, Adama Fofana dit Agny et à tous mes anciens coéquipiers.

Le Centre Agny-foot est l’une des écoles de foot les plus prisées de Bamako. Environ 200 mômes, toutes catégories confondues, sont pensionnaires du centre et se retrouvent tous les week-end sur le terrain Souleymane Mory Coulibaly de Torokorobougou.

Les jeunes pensionnaires viennent majoritairement des quartiers de la Commune V, mais on y trouve également des enfants d’autres quartiers comme Faladié, Magnambougou, Banankabougou, Kalaban-Coura, Korofina… Je souhaite bon vent à Agny-foot.

L’Essor : Vous n’êtes pas encore titulaire à Sarpsborg 08, pourquoi ?
Boubacar dit Boubou Konté :
C’est vrai, je ne suis pas encore titulaire à part entière, mais je participe à presque toutes les rencontres. Le football ici n’est pas facile, mais on s’habitue de jour en jour. Je vous promets d’être parmi le onze dans un bref délai. Je travaille dur pour atteindre cet objectif et l’entraîneur, Mikael Stahre est satisfait de ma progression. Après chaque match, il me dit que je suis sur la bonne voie. Je suis donc optimiste.

L’Essor : Quelles sont vos ambitions pour cette équipe?
Boubacar dit Boubou Konté :
Mon ambition est de tout faire pour que l’équipe se maintienne en Ligue 1. Au classement, nous sommes 12è avec 17 points, ce n’est pas fameux et nous en sommes tous conscients. Nous savons tous que l’équipe doit améliorer ses performances pour espérer sauver sa place dans l’élite. C’est notre objectif majeur de la saison et nous allons tout faire pour rester en première division.

L’Essor : Y a-t-il d’autres joueurs maliens en Norvège ?

Boubacar dit Boubou Konté : Le seul joueur malien que je connais ici, c’est Ibrahim Koné qui évolue à Ossomme Odd. Son équipe est troisième du championnat avec 31 points, contre 34 pour le deuxième du classement, Molde et 44 pour le leader, Bodø Glimt. J’ai de très bonnes relations avec mon frère et ami, Ibrahima Koné, nous échangeons tous les jours à travers les réseaux sociaux. Tout va bien pour lui aussi.

L’Essor : Avez-vous des contacts avec d’autres clubs européens ?
Boubacar dit Boubou Konté :
Oui, j’ai des contacts avec d’autres clubs européens, notamment en France, en Espagne, en Turquie et en Belgique. Mais j’ai un contrat de 4 ans avec Sarpsborg 08 et vu l’évolution des choses, je vais rester ici jusqu’en 2022. Je ne me concentre que sur mon club.

L’Essor : Dans quel pays aimeriez-vous jouer après la Norvège ?
Boubacar dit Boubou Konté :
Après la Norvège, je souhaite partir jouer en Angleterre précisément à Liverpool. C’est une grande équipe, en plus il possède un des plus beaux palmarès européens avec six Ligues des champions, trois Coupes de l’UEFA quatre Super coupes de l’UEFA, et une Coupe du monde des clubs.

Sur le plan national, le club est l’un des plus titrés d’Angleterre avec dix-neuf titres de champion, sept Coupes d’Angleterre, huit Coupes de la Ligue et quinze trophées de Community Shield. C’est un grand rêve pour moi de porter un jour le maillot de ce club mythique.

L’Essor : Vous avez été champion d’Afrique U20 en 2019 au Niger et votre génération a été la première de l’histoire du football malien à soulever ce trophée continental. Comment avez-vous vécu ce moment historique ?
Boubacar dit Boubou Konté :
Si je pense à la nuit du dimanche 17 février 2019 mes larmes coulent. L’équipe a tout donné dans cette finale contre le Sénégal pour remporter le trophée. Avant le début du match, on a reçu l’appel de l’ancien président, Ibrahim Boubacar Keïta, il nous a dit de tout faire pour ramener le trophée à la maison.

Il a ajouté qu’il a confiance en nous pour honorer le Drapeau national. Cela nous a fait chaud au cœur. Sur le terrain, on ne pensait qu’aux propos du président IBK. Après la rencontre, il nous a appelés pour nous féliciter et dès notre retour au pays, on a été reçu à Koulouba. Le soir du match, on a passé la nuit à chanter et à danser avec l’encadrement technique et aussi des supporters. Personne n’a dormi ce jour-là à l’hôtel. C’était tout simplement magnifique.

L’Essor : Selon vous, quelle a été la force de cette sélection qui, quelques mois plus tard, a participé à la Coupe du monde en Pologne ?
Boubacar dit Boubou Konté :
On était une équipe soudée, on faisait tout ensemble, on se comprenait bien et chacun de nous jouait pour le pays. En plus, on avait la chance d’avoir un bon entraîneur, Mamoutou Kané «Mourlé» que je salue au passage. Il nous a mis sur le bon chemin et il mérite d’être félicité pour tout ce qu’il a fait pour le pays en général et notre génération en particulier. Nous lui serons toujours reconnaissant. C’est un grand entraîneur, l’un des meilleurs de l’histoire du football malien. On peut toujours compter sur lui pour offrir d’autres trophées au Mali.

L’Essor : Quelles sont vos ambitions pour la sélection nationale senior ?

Boubacar dit Boubou Konté : Mon objectif est clair : c’est jouer le plus rapidement possible dans la sélection nationale. Je sais que l’équipe regorge de joueurs de talent qui ont émerveillé l’Afrique lors de la dernière CAN, mais je suis optimiste et prêt à tous les sacrifices pour intégrer le groupe. Pourquoi pas dès la prochaine CAN ?.

L’Essor : D’où vient votre surnom Gabachi ?
Boubacar dit Boubou Konté :
Rires… Quand j’étais enfant, il y avait un Monsieur qui était dans notre maison et qui m’appelait Gabacourini (petit cailloux). Il m’appelait comme ça, en raison de ma petite taille. Au début, mes parents s’étaient opposés à ce surnom et ont demandé au Monsieur d’arrêter.

Non seulement il a refusé, mais il a également décidé de transformer Gabacourini à Gabachi. Mes parents ont accepté malgré eux-mêmes et depuis, on m’appelle Gabachi. Ça peut paraître bizarre, mais aujourd’hui, je suis fier de ce sobriquet.

L’Essor : Un petit message pour le public sportif malien ?
Boubacar dit Boubou Konté : 
Je salue tous les supporters maliens, ils me manquent beaucoup. Je dis un grand merci au Centre Agny-foot, à mon ancien club, l’Académie les Étoiles du Mandé, au président du club, Alpha Sylla, sans oublier l’encadrement technique et les supporters.

Interview réalisée par Djènèba BAGAYOKO

Source: L’Essor