1990. Le discours de la Baule de François Mitterrand impose presque la démocratie en Afrique, selon les normes occidentales. Gouvernants et diplomates occidentaux, observateurs de la scène politique internationale, intellectuels africains, tout le monde applaudit. On jubile et on loue la nouvelle dynamique de la politique africaine. Mais, chassez le naturel, il revient au galop ! Très vite, la démocratie va se transformer en un pot-pourri de toutes les formes de pouvoir au monde : tyrannie, monarchie, oligarchie, ploutocratie, anarchie, etc. Les puissants autocrates, vexés par le ton trop libéré des opposants et parfois d'une société dite civile donc supposée neutre mais qui a toujours un penchant politique, se remettent encore à revisiter leurs constitutions. Dans le sens inverse. Dès lors, les réformes ou modifications constitutionnelles vont devenir le jeu le plus excitant de la phallocratie régnante de l'Afrique francophone. Les lois fondamentales vont même devenir comme des cabines d'essayage de l'intelligence de nos présidents : ils y vont à qui mieux, vrais couturiers modélistes du contorsionnisme  linguistique appliqué à des textes fondateurs, refondateurs et re-refondateurs, se taillant sur mesure, à travers des mots apparemment bénins mais prêtant à confusion, leurs propres costumes de protection contre le changement.

Vu que la démocratie est un principe universel et que les maîtres de l'Occident, nos bailleurs de fonds (oh oui, je connais leur nouvelle appellation plus sexy mais je l'évite à dessein), nous regardent et nous jugent, nous allons subtilement revenir à l'avant 1990, avec plusieurs variantes de la démocratie : démocratie apaisée, démocratie consensuelle, démocratie participative, démocratie à la gondwanaise, etc. Par endroits, le joyeux printemps de la presse inspiré de la Baule va reculer d'un pas et se figer dans un hiver des plus rigoureux, pour mettre au pas les journalistes qui veulent tenter le diable. Ce sont ces démocraties dévoyées et sauvages, véritables dictatures camouflées, qui vont donner naissance à la dictocratie ou démocrature... À suivre

MINGA S. Siddick

Source: Ziré-Hebdo