Au Mali, la situation de l’école devient de plus en plus inquiétante. Le risque d’une année blanche n'est pas encore écarté quand on considère le dernier mouvement de grève de vingt-trois jours lancé depuis le 15 avril 2019 et qui est observé par les écoles publiques du pays. Face à cette situation, une équipe de votre hebdomadaire ‘’ Zire-Hebdo’’ a rencontré, une fois de plus, quelques acteurs du domaine scolaire afin de recueillir leurs avis sur la question qui  met  beaucoup de Maliens dans un total désespoir. Reportage !

Ce 17 avril 2019, nous sommes à Hamdallaye, un quartier de la Commune IV du District de Bamako, à l’école ‘’Le Ciwara’’. Nous rencontrons le directeur de l’établissement, Ibrahima Kalapo. Dans ses explications, il pense que la question d’une année blanche ne doit même pas être posée puisque cela n’arrange ni le gouvernement, ni les enseignants, ni  les parents d’élève, encore moins les élèves. Toutefois, M. Kalapo a rassuré qu’il n’y aura pas d’année blanche pour les élèves de son école. «C’est à l’Etat de déployer les moyens qu’il faut pour résoudre le problème et de sauver une année déjà en péril. Que l’Etat écrête une année blanche ou pas, les élèves de mon établissement passeront en classes supérieures, car étant un établissement privé je me dois de respecter les engagements pris auprès des parents d’élèves de mon école. Certains ayant déjà payé la totalité des sommes pour la scolarité de leurs enfants, il sera difficile de leur demander de payer encore la même classe. Mon avantage à moi est qu’à l’école CIWARA, il n’ya pas de classe d’examen», a-t-il ajouté.

Côté enseignant, l’on n’envisage pas de faciliter la tâche au gouvernement, même s’ils mesurent toutes les conséquences que peuvent engendrer une année blanche. C’est le sentiment qu’on a, en écoutant Issa Sissoko, chargé de cours de Sociologie à l’Institut de Formation en Sciences de la Santé (IFSSA). Selon lui, c’est aux parents d’élèves de prendre leurs responsabilités. « Tout d’abord, ce n’est pas par plaisir que nous, enseignants, nous allons de grève en grève, car nous savons ce que cela peut avoir comme conséquence sur l’avenir des enfants. Mais pour éviter tout risque d’une année blanche, c'est aux parents d’élèves de prendre leurs responsabilités. Pour cela, ils doivent se regrouper derrières les syndicats des enseignants et exiger au gouvernement de répondre favorablement à leurs  différents points de revendications », a-t-il déclaré.

Il va plus loin : « Nous n’oublions pas pour autant que nous sommes nous-mêmes des parents d’élèves et que ce sont nos enfants qui payeront également les pots cassés. Mais, comme nous avons l’habitude de le dire,  il est impossible de faire des omelettes sans casser des œufs.»

Interrogée sur le sujet, Mariam Diarra, élève en classe de 10e année au lycée Mamadou Sarr, est tout simplement animée d’angoisse et reste très perplexe. « Nous les élèves, nous n’avons pas l’habitude de nous plaindre à cause des grèves, mais celles de cette année nous inquiètent tous, surtout avec la possibilité d’une année blanche. Nous sommes presque à la fin de l’année scolaire, alors que nous n’avons même pas pu écouler la moitié du programme de l’année. Nous sommes vraiment inquiets et confus quant à l'issue de cette année », a-t-elle déclaré.

En somme, la solution d’une sortie de crise en milieu scolaire ne semble pas être pour aujourd’hui, car la situation reste toujours tendue. Si d’un côté, le gouvernement affirme avoir fait beaucoup de compromis et accuse les enseignants d'être irréalistes, de  l’autre, les enseignants tiennent toujours le bout de la corde tout en pensant que leur interlocuteur est animé de ‘’mauvaise foi’’. Jusqu'où ira donc cette intransigeance de part et d'autre d'acteurs qui, en définitive, se soucient peu du sort des élèves ?

Fatoumata Dicko Diako, stagiaire

Source : Ziré-hebdo