Le déroulement chaotique de l'année scolaire passée a donné des sueurs froides et on peut même dire qu'on a frôlé le pire. Heureusement, la sagesse a fini par gagner les cœurs pour éviter une année noire, que dis-je, une année blanche ! Les examens se sont déroulés. Avec un grand retard certes, mais l'essentiel c'était de sauver l'année et on ne peut pas dire qu'elle ne fut pas sauvée. Il y eut beaucoup de rumeurs de fraude ici et là. Plusieurs épreuves furent découvertes, corrigées à l'avance. Mais là, il n'y avait rien d'extraordinaire puisqu'il n'y a pas d'examen qui se déroulent sous nos cieux sans fuite et c'est toujours sans suite. En dehors de la traque du menu fretin. Bref, 2018-2019 a été une année grièvement blessée mais qui a survécu pour le bonheur des dirigeants mais, comme toujours, pour le malheur des parents, des apprenants et des enseignants. Peu importe la somme des lacunes que les enfants accumulent d'une année tronquée à une année escamotée, l'essentiel ici, c'est l'image saine et sauve du pouvoir aux yeux de la si précieuse communauté internationale.

Nous voici à trois mois du début de l'année 2019-2020. A peine commençait-on à espérer une année moins agitée que le naturel est revenu au galop. Les enseignants du public qui avaient paralysé l'année passée avec leurs revendications reviennent à la charge. Après une dizaine de jours de grève, ils ont repris la craie pour une semaine avant de projeter un nouvel arrêt de cours. Jusqu'où iront-ils ? Et jusqu'où ira le gouvernement qui menace d'intégrer 15 000 sortants de l'Institut de Formation des Maîtres (IFM), pour remplacer les enseignants grévistes ?

Une chose est sûre, l'école malienne, comme l'école dans la plupart des pays francophones, est devenue, depuis des décennies, l'école de la loterie, l'école du hasard, l'école de l'incertitude où l'on cultive la peur du lendemain et l'angoisse de l'avenir. Il ne peut en être autrement quand cet espace que Henri Rolland de Villarceaux considérait, à juste titre, dans son œuvre L'écolierparue en 1840, comme ''le creuset où s'élabore l'avenir d'une génération'', devient plutôt le prolongement d'un champ de batailles politiques. Oui, nous construisons chez nous l'école de la désespérance qui déconstruit l'humain. Au grand dam de l'éducation et de la sauvegarde des valeurs sociétales. Et cette école, qui ne nous fait pas honneur, a encore de beaux jours devant elle. Malheureusement pour certains, mais heureusement pour d'autres. A bon entendeur...

MINGA S. Siddick

Source : Ziré