L'artiste Fatoumata Traoré

L'année académique du Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia Balla Fasséké Kouyaté (CAMM/BFK) s'est bel et bien achevée, il y a quelques jours, avec une série de soutenances en licence professionnelle, dans six filières : musique, danse, théâtre, arts plastiques, multimédia et design. C'était du 23 juillet au 8 août 2019.

Si dans l'ensemble les étudiants ont magistralement fait preuve de leur esprit de créativité et de leur aptitude à être de bons artistes chacun dans son domaine, une présentation a subjugué et émerveillé l'auditoire et le jury du département Multimédia : l'installation de Fatoumata Traoré dénommée Kunnadoni ou Le fardeau.

Un travail novateur, tant par son processus de construction mentale que par sa réalisation technique et sa dimension à la fois symbolique et surréaliste : un arbre portant neuf images dont le tronc est séparé des racines par une paire d'yeux d'où tombent de grosses larmes noires qui pénètrent les racines... Pour l'artiste, « cette installation photographique est la narration à la fois allégorique et métaphorique de l'état d'âme d'un enfant par rapport au travail de la terre. »

Mais que signifie cette installation ? Fatoumata explique : ''La représentation a une double portée symbolique : d'une part elle évoque les résultats du travail de l’Homme qui cultive la terre avec peine, perdant sang et sueur pour produire afin de se nourrir. Le bras en l’air est donc celui du paysan ou de la paysanne. Une personne fière d’exhiber le fruit de son labeur et qui, même quand le fruit n’est pas à la hauteur de son espérance, ne baisse pas les bras, prête à toujours retourner la terre pour avoir gain de cause.''

Concernant les yeux, Fatoumata Traoré dit que d'autre part, elle voulait traduire l'évolution de la peur d'un enfant qui se demande s'il peut faire autant d'effort pour survivre et dont la peur de réussir lui fait couler des larmes noires qui nourrissent les racines de l'arbre.

                                                            Installation KUNNADONI de Fatoumata Traoré

''Ces larmes, selon Fatoumata, représentent l’angoisse, l’inquiétude et toutes les peurs inhibitrices qui nous éloignent de l’action et donc du succès : peur de l’échec, peur de ne pas être à la hauteur, peur d’agir, peur de construire, etc. Les yeux reflètent l’état d’âme de l'enfant qui projette sa propre image ; ils parlent, interrogent et racontent déjà l’histoire de la jeune vie, novice, symbole d’inexpérience et de questionnements sans réponse.''

Chaque photographie représente donc la fin d'un processus de travail agricole. La couleur bleue, fond des images, ''symbolisent à la fois la paix intérieure, la sagesse, la sérénité, le pouvoir, la force de caractère, l'idée du futur...'' explique Fatoumata Traoré.

Le chef du département Multimédia, M. Habib Ballo, a félicité la jeune fille qui a bravé tous les obstacles pour donner un tel résultat. Quant à M. Boureima Fofana, le directeur du Conservatoire, il a dit sa fierté de constater que ses étudiants font de plus en plus d'originalité et souligné le caractère exceptionnel du travail de Fatoumata.

''J'étais très émue et fière parce que cette oeuvre, pour moi, représente plus qu'une performance. Mon but était d'abord de me libérer un peu de toutes ces choses que je gardais en moi, comme un fardeau sur la tête. Les gens ont joué le jeu, chacun a apprécié le travail à sa manière et moi, j'ai eu une sensation de libération '', nous a confié l'artiste qui contenait mal son émotion.

Ce travail célèbre la créativité artistique en sortant des sentiers battus pour explorer de nouveaux horizons. Voilà pourquoi il doit être vu pour encourager cette nouvelle pépite qui signe ainsi son avènement dans l'écosystème artistique malien.

Fatoumata Dicko Diako

Source : Ziré-Hebdo