A Zanfina dans la commune rurale de Kalakè, cercle de Barouéli, Mme Assitan Ballo, ancienne exciseuse de la zone, a abandonné son couteau pour se servir de la houe en consacrant le reste de sa vie uniquement au maraichage. Ce 31 janvier 2019, dans le cadre de la caravane médiatique organisée par Plan International Mali sur le projet de promotion des initiatives en faveur de l’abandon de la pratique de l’excision, nous l’avons rencontrée. C’est une dame tout simplement extraordinaire.

« Dans ma vie d’aujourd’hui, l’excision se trouve dans le passé. J’ai été exciseuse du village pendant plus de 10 ans, mais aujourd’hui j’ai tout arrêté. J’ai jeté le couteau, grâce aux sensibilisations et aux informations de Plan International Mali, à travers le Projet de l’équipe de recherche et d’appui au développement (ERAD) », a témoigné Assitan Ballo avec le sourire sur les lèvres.

Après avoir mutilé des centaines de jeunes filles, soit de 10 à 20 filles excisées par an avant d’abandonner son couteau il y a plus de 8 ans, Assitan Ballo affirme n’avoir eu aucune complication dans son ancien métier d’excision. Mais, elle semblait avoir ses secrets. « Ecoutez, comment l’on peut oser mutiler une fille qu’on ne connaît pas et dont on ne connaît pas non plus les parents, sans être bien préparé. J’avais ma façon de faire et appuyée par des connaissances occultes que je préfère garder pour moi seule. C’est pourquoi pendant plus de 10 ans, j’ai excisé sans avoir aucune complication. Je remettais toujours la partie génitale enlevée à la mère de l’enfant et la plaie était traitée et guérie dans un espace de 3 mois », a-t-elle relevé.

Née à Zirakoudjè dans la commune de Fana, Région de Koulikoro, Assitan Ballo, âgée aujourd’hui de 50 ans, gagne sa vie dans le maraichage à Zanfina. « Lorsque j’ai su que les conséquences de l’excision pouvaient être très dangereuses pour les filles, je n’ai pas hésité à arrêter. Parce que même si j’y gagne des milliards, tant que la pratique est perçue comme un danger et une violation flagrante des droits des enfants, cet argent ne pourrait qu’être sale. Donc pour gagner dignement ma vie sans nuire à la vie humaine, j’ai décidé de me consacrer à mon jardin de maraîchage », a-t-elle souligné.

Dans ce jardin large qu’à peu près un demi hectare, Assitan Ballo cultive de la tomate, de la salade, des oignons, du piment et d’autres légumes. L’on y trouve également de la papaye et  des mangues. Tout est arrosé à l’aide d’une motopompe branchée à un puits de petit diamètre. Par an, elle peut faire des ventes allant jusqu’à plus de 200 milles franc CFA. La seule difficulté à laquelle elle se trouve actuellement confrontée est le manque d’eau. « J’ai besoin d’un puits à grand diamètre pour mener à bien mes activités », a-t-elle témoigné.

Ousmane BALLO, afrikinfos-mali.com